GAULLE Charles de. Homme d'Etat et écrivain français
GAULLE Charles de. Homme d'Etat et écrivain français. Né le 22 novembre 1890 à Lille, mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises (Aube). Fils d'un professeur, préfet des études, et directeur de l'Ecole Fontanes, il fait des études primaires et secondaires à l'Ecole Saint-Thomas-d'Aquin de Lille, puis à l'Ecole de l'Immaculée Conception où enseigne son père, et enfin à Paris, au Collège Stanislas, où il entre en 1908. Il est reçu à Saint-Cyr en 1909 et il est promu sous-lieutenant en 1912, lieutenant en 1913. Il fait la guerre de 1914 et il est blessé à la jambe près de Dinant le 15 août 1914. Promu capitaine en 1915, il sert dans le troisième régiment d'infanterie à Arras. Blessé pour la quatrième fois lors de la bataille de Verdun, à Douaumont, il est fait prisonnier le 2 mars 1916 et il est interné en Allemagne, notamment à Ingolstadt, où il tentera plusieurs fois de s'évader. Après l'armistice, Charles de Gaulle est détaché auprès de l'armée polonaise, en 1920, avec le grade de commandant, et il participe à l'offensive contre les armées de l'Union Soviétique en Volhynie. Cité à l'ordre de l'armée par deux fois, une première fois par le maréchal Pétain pour sa conduite à Verdun, une seconde fois par le général Weygand pour son action en Pologne, il devient en 1921 professeur d'Histoire militaire à l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. L'année suivante, en 1922, il est admis à suivre les cours de l'Ecole Supérieure de Guerre. Deux années plus tard, il publie son premier ouvrage, La Discorde chez l'ennemi (1924), qui comporte cinq études où Fauteur tente d'expliquer comment les chefs militaires allemands, dominés par un excès de volonté de puissance, ont pu être vaincus, et il s'emploie également à définir les qualités indispensables à un véritable chef de guerre, dont il trace le portrait idéal. Affecté en 1924 à l'Etat-Major de l'armée du Rhin à Mayence, il entre l'année suivante au cabinet du maréchal Pétain, vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre. 11 prononce des conférences très remarquées à l'Ecole Supérieure de Guerre et à la Sorbonne et fait paraître des articles de stratégies et de tactiques militaires dans La Revue militaire française. Commandant du 19e bataillon des chasseurs à pieds en 1927, chargé de mission en Irak, en Iran et en Egypte de 1929 à 1931, comme membre de l'Etat-Major des troupes du Levant à Beyrouth, il est affecté en 1931 au Secrétariat du Conseil Supérieur de la Défense Nationale et il fait paraître son second livre, Le Fil de l'épée (1932). qui est dédié au maréchal Pétain, lequel veille de très près à la carrière de son ancien subordonné à Verdun. Dans cet ouvrage, Charles de Gaulle exprime avec son goût de la concision, de la formule frappante, de la syntaxe à la fois ample et incisive, ses idées sur le rôle de la France dans le monde, sur l'indépendance qu'elle doit farouchement défendre et sur les hommes de caractère qui doivent veiller sur elle et dont la devise devrait pouvoir tenir en trois mots : « réserve, caractère, grandeur ». Lieutenant-colonel en 1933, Charles de Gaulle fait paraître en 1934 son troisième ouvrage, Vers l'armée de métier, où il attaque implicitement la conception, à ses yeux périmée, de la stratégie défensive, comme celle de la ligne Maginot, alors en honneur à l'Etat-Major de l'armée française, encore influencé par la guerre de 14-18. Il prône, en revanche, une armée à la fois rapide, puissante et surtout mobile, constituée d'unités de combats cuirassées et motorisées - telle que le général Estienne l'avait déjà préconisée. Il réclame pour la France une organisation de la défense nationale qui ne compte pas à priori sur l'alliance des autres nations, toujours aléatoire. Cet ouvrage provoque une polémique entre ceux qui soutiennent ces conceptions révolutionnaires, notamment Paul Reynaud, au Parlement, et les membres de l'Etat-Major qui ne comprennent pas que la mécanisation est en train de transformer toutes les stratégies. Cet ouvrage, qu'on a dit prémonitoire, inspirera le général allemand Gudcrian, organisateur des fameuses divisions Panzer. Mais, Vers l'armée de métier est également un livre d'écrivain formé à la littérature du classicisme français, un ouvrage de grand style. Du moins, s'il est peu écouté dans les sphères politiques, Charles de Gaulle sera placé à la tête de régiments de chars, à Metz en 1937, en qualité de colonel. En 1938, après une polémique avec le maréchal Pétain qui s'en prétend l'auteur, le colonel de Gaulle fait paraître un nouveau livre, La France et son armée. Il y retrace les grandes étapes de l'histoire militaire de la France depuis les origines jusqu'à la Grande Guerre de 1914-1918, il étudie l'armée de l'Ancien Régime, en particulier celle de la Révolution, celle de Napoléon Bonaparte et celle de la IIIe République. Il montre que cette armée n'a été victorieuse que lorsqu'elle a été soutenue par la nation et qu'elle a su obéir à quatre critères généraux : l'unité, la foi, le progrès, le chef. Nommé au début de la guerre de 1939 commandant des chars de la Ve Armée en Alsace, le colonel de Gaulle participe ensuite, à la tête de la 4e division cuirassée à Montcornet, à Crécy-sur-Seine, et à Abbeville à des contre-offensives et réussit un moment à refouler l'ennemi. Promu le 1er juin 1940 général de brigade, il entre le 6 juin dans le ministère Paul Reynaud comme sous-secrétaire d'Etat à la Défense Nationale. Mais la défaite se lit à la fois sur le terrain et dans les esprits. Le 17 juin, le général de Gaulle regagne Londres où il a effectué diverses missions par deux fois et il y lancera le 18 juin son célèbre appel à la Résistance, marquant son refus de l'armistice et de la capitulation, parce que cette guerre est une guerre mondiale et que la France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre, comme il le dira quelques jours plus tard. Inlassablement Charles de Gaulle reprendra ses thèmes dans les Discours et Messages (1940-1946) par lesquels il soutiendra la volonté et le patriotisme des hommes qui se sont ralliés à lui et engagés derrière « la France libre » qui deviendra en 1944, le 4 juin, à Alger, le Gouvernement provisoire de la République Française dont il sera le président. Ce gouvernement sera transféré à Paris à la fin d'août 1944, après la libération de la capitale où le général de Gaulle fera son entrée le 25 août 1944. Devant l'impossibilité de faire adopter une constitution qui éviterait le retour des erreurs de la IIIe République et d'un Parlement omnipotent, il donne sa démission le 20 janvier 1946 et se retire à Colombey-les-Deux-Églises. Là il rédigera ses Mémoires de guerre, divisés en trois tomes, L'Appel (1954), L'Unité (1956), Le Salut (1959). Il y raconte les péripéties et les luttes qu'il a eu à soutenir, notamment contre ses alliés anglais et américains, pour faire admettre au monde que la France était toujours combattante entre 1940 et 1945. Il continuera ses Mémoires en 1969, mais de ce nouveau travail ne paraîtra qu'un tome seulement, Mémoires d'Espoir, où il raconte son retour aux affaires à partir de juin 1958, à la suite du drame algérien, l'adoption d'une nouvelle constitution qui donne à l'exécutif un rôle primordial, rôle qui sera encore renforcé par l'élection du Président de la République au suffrage universel. Chef de l'Etat, le général de Gaulle entreprend de nombreux voyages dans le monde où il se montre farouchement attaché à l'« indépendance nationale ». Il termine la guerre d'Algérie, reconnaît la Chine populaire de Mao Tsé-toung, s'élève contre la guerre que mènent les Américains au Vietnam. Réélu Président de la République au second tour en 1965, il démissionnera de ses fonctions un an après Mai 1968 et après le rejet par référendum d'une loi qui entendait notamment supprimer le Sénat. Il meurt à Colombey-les-Deux-Églises, sans avoir pu achever ses Mémoires, qui resteront comme le reflet, selon la formule célèbre, d'une « certaine idée de la France » que se forgea dès son enfance Charles de Gaulle et qui tendait à la placer, par son rôle exemplaire et par son influence, au premier rang des nations. Mais c'est surtout l'écrivain qui doit, après l'homme politique que l'Histoire n'a pu encore juger dans son ensemble, retenir l'attention et sans aucun doute aussi l'admiration : sûreté du verbe, concision de la syntaxe, efficacité du choix des mots, romantisme des sentiments lié à un pessimisme actif et à une volonté de vaincre qui constituent les deux axes apparemment contradictoires de l'action du militaire et du politique. Sa phrase est parfois très proche de celle des Mémoires d'Outre-tombe (à la fin desquels ressemble la fin des Mémoires de guerre), proche de celle de Chateaubriand et des romantiques par le sentiment de la grandeur, par le goût de l'universalité et de la prophétie. Mais l'écrivain Charles de Gaulle sait aussi tempérer son lyrisme par une sobriété qui l'apparente aux penseurs du XVIIe siècle, comme La Rochefoucauld, du XVIIIe siècle, comme Vauvenargues, ou du XIXe siècle comme Joubert. Le soin qu'il mettait à écrire, les nombreuses ratures que portent ses manuscrits, prouvent qu'il faisait sienne la formule classique de Boileau : « souvent sur le métier, remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez ». Mais c'est aussi une tradition militaire de la France que ses officiers généraux et ses maréchaux soient souvent de grands écrivains et d'importants mémorialistes : le général de Gaulle ne fait pas exception à cette tradition.
? « Ce qui est le grand vice du style écrit de De Gaulle, c 'est la tendance à accumuler des cascades d'adjectifs et de substantifs là où il devrait y avoir normalement des verbes et des propositions subordonnées indiquant des actes et des mouvements. » Jean-François Revel. ? « Quel accent de France de Gaulle n'aura-t-il pas fait sien ? Tous lui appartiennent, quoiqu'il ne les maîtrise pas tous également : les moralistes lui conviennent mieux que les romantiques et, parmi ces derniers, Chateaubriand l'inspire mieux que Barrés. » François Mauriac. ? « Son goût naturel le portait vers le style noble, sinon pompeux vers Bossuet et Malraux, plutôt que vers Diderot et Sartre; vers l'oraison funèbre et la plaidoirie, plutôt que vers l'épigramme et la sotie, Vauvenargues, Chateaubriand et Péguy furent ses modèles, après les Latins. » Jean Lacouture.
Gaulle, Charles de (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970) ; président de la République française [1958-1969].
Fils d’un professeur dreyfusard de l’enseignement catholique, il sort de Saint-Cyr en 1912, est affecté au 33e régiment d’infanterie du colonel Pétain ; prisonnier en 1916, il tente cinq fois de s’évader, puis est, après 1918, capitaine en Pologne face à l’Armée rouge, en 1921 professeur d’histoire à Saint-Cyr, en 1925 membre du cabinet de Pétain alors vice-président du Conseil supérieur de la guerre, est affecté en 1927 à Trêves, en 1929 en Syrie, et en 1931, au secrétariat du Conseil supérieur de la défense nationale. Ses écrits insistent sur le rôle du chef et, contre la doctrine officielle, sur l’offensive, la guerre de mouvement, les unités blindées autonomes. Mais La Discorde chez l'ennemi en 1924, Le Fil de l'épée en 1932, Vers l'armée de métier en 1934, La France et son armée en 1938 trouvent peu d’échos, et le dernier le brouille avec Pétain, qui entendait le signer. Proche de la démocratie chrétienne, collaborant à L’Aube, adhérant aux « Amis de Temps présent » (catholiques, antifascistes et anti-munichois), il veut rallier le monde politique à ses théories, se lie à Marcel Déat, Philippe Serre, Léo Lagrange, et surtout Paul Reynaud, mais ces appuis pèsent peu face aux certitudes de l’état-major. Dans la débâcle de 1940, à la tête de la 4e division cuirassée, il remporte des succès locaux (Montcornet, Abbeville), devient général de brigade à titre temporaire en mai, puis sous-secrétaire d’État à la Guerre de Reynaud, le 6 juin. Il refuse l’idée d’armistice, part à Londres, et le 18 juin, à la BBC, appelle les Français à continuer le combat. Son Comité de la France libre, appuyé sur une partie de l’Empire colonial, soutenu malgré des tensions par le gouvernement anglais, se heurte à l’hostilité de Roosevelt qui voit en lui un aventurier. Il est écarté de la préparation du débarquement au Maroc en novembre 1942. Darlan puis Giraud lui sont préférés par les Alliés, mais il sait passer du strict patriotisme à la défense d’une République rénovée, ce qui lui permet de s’appuyer sur la Résistance intérieure fédérée par son représentant, Jean Moulin. Ainsi, il partage en juin 1943 la direction du Comité français de libération nationale avec Giraud, puis le marginalise et l’écarte. En 1944, incarnation de la France combattante, il dirige le gouvernement provisoire, évite au pays une administration militaire alliée, s’attache à assurer l’autorité de l’Etat et le rang de la France dans le monde, préside à l’épuration et à une série de nationalisations. Irrité par le poids des partis politiques reconstitués et par les limites que l'Assemblée constituante met à son autorité, il démissionne le 20 janvier 1946, ne peut imposer ses vues constitutionnelles exposées à Bayeux le 16 juin (stricte séparation des pouvoirs, force et stabilité de l’exécutif), s’oppose à la IVe République naissante, et crée le 7 avril 1947 le RPF, Rassemblement du peuple français, pour changer le régime et le mettre en état d’affronter un troisième conflit mondial jugé imminent. Le succès est considérable aux élections municipales d’octobre, près de 40 % des voix, mais la République résiste aux grandes grèves de 1948, et la tension internationale ne débouche que sur la Guerre froide. Le RPF n’a qu’un cinquième des députés en 1951, et certains rejoignent la droite traditionnelle incarnée par Pinay. En 1953, G. se met en sommeil, quitte la vie politique, et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre. Son nom est mis en avant le 13 mai 1958 par le général Salan, lors de l’insurrection des Européens d’Alger. Entre menace de coup d’Etat militaire et intrigues politiques, il s’impose comme seul capable de résoudre la crise. De fait, il est alors appuyé et par les tenants de l’Algérie française et par ceux qui voient en lui l’homme de la décolonisation. Président du Conseil le 1er juin, il considère que l’urgence est de réformer le régime, et obtient pour cela les pleins pouvoirs. La Constitution de la Ve République est approuvée par référendum le 28 septembre. L’Assemblée élue en novembre se réclame de lui, il devient chef de l’Etat le 21 décembre, et son prestige personnel infléchit les institutions dans un sens présidentiel. Sous ses auspices, est lancé le plan Pinay-Rueff d’assainissement économique, et surtout, après de nettes promesses en sens contraire, est décidée l’indépendance de l’Algérie, effective le 1er juillet 1962, et qui lui vaut des haines tenaces. La résolution de la crise algérienne et son opposition à une Europe intégrée font voler en éclats sa majorité parlementaire. Dissolvant le 10 octobre l'Assemblée, qui a renversé le gouvernement de Georges Pompidou le 5, et est hostile à l’élection du président de la République au suffrage universel, il impose celle-ci par référendum, et la majorité de la nouvelle Chambre lui est favorable. Dans une période de forte expansion économique, il s’attache alors à une politique d’indépendance nationale face aux États-Unis, même s’il les appuie dans une crise majeure comme celle de Cuba en 1962. Il reconnaît la Chine de Pékin en 1964, blâme l’intervention américaine au Vietnam en 1966, appuie l’indépendantisme québécois, condamne Israël et achève de désengager la France de l’OTAN en 1967. Et s’il ne freine pas la mise en place du Marché commun, il refuse son extension à l’Angleterre, trop attirée par le «grand large ». En revanche, ses conceptions sociales, fondées sur la « participation » et l’association du capital et du travail, ne trouvent guère de traduction concrète. En même temps, commencent les difficultés politiques, il est mis en ballottage par François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965, ses partisans n’ont qu’une courte majorité aux législatives de 1967, et le mouvement de contestation de mai 1968 ébranle le régime. Les législatives anticipées de juin 1968 sont un succès moins pour lui que pour le Premier ministre Georges Pompidou ; il le remplace par Maurice Couve de Murville, relance l’idée de « participation », et tente de lancer un grand mouvement de réforme, à travers un référendum, le 17 avril 1969, sur la régionalisation et l’élection du Sénat. Certains de ses partisans l’abandonnent, le non l’emporte, il démissionne, se retire de la vie publique, et commence à rédiger ses Mémoires d’espoir, interrompues par la mort le 9 novembre 1970.
Bibliographie : J. Lacouture, De Gaulle, t. 1. Le rebelle 1890-1944, t. 2. Le politique 1944-1959, t. 3. Le souvenir 1959-1970, 1984-1986 ; A. Peyrefitte, C’était de Gaulle, 1994.
GAULLE, Charles André Joseph Marie de (Lille, 1890-Colombey-les-Deux-Égli-ses, 1970). Général et homme politique français. Symbole de la Résistance française lors de la Seconde Guerre mondiale, il marqua profondément la vie politique comme fondateur et président de la Cinquième République. Issu d'une famille bourgeoise catholique et nationaliste, nourri très tôt de la lecture de Barrés et Péguy, il sortit de Saint-Cyr en 1912 et fut nommé au 33e régiment d'infanterie commandé par le colonel Pétain. Durant la Première Guerre mondiale, il fut fait prisonnier à Douaumont (1916). Plusieurs tentatives d'évasion le conduisirent au fort d'Ingolstadt où il rédigea son premier ouvrage, La Discorde chez l'ennemi (publié en 1924). Après l'armistice, de Gaulle participa à la guerre de la Pologne contre la Russie soviétique (1920) puis enseigna l'histoire militaire à Saint-Cyr et fut successivement nommé, à l'état-major de l'armée du Rhin, membre du cabinet Pétain -alors vice-président du Conseil supérieur de la guerre (1925-1927)-, commandant du 19e bataillon de chasseurs à pied à Trêves (1927-1929) et enfin à l'état-major de Beyrouth (1931). Mais plus qu'à travers les divers postes qu'il occupa, de Gaulle se fit connaître par ses écrits d'histoire politique (Le Fil de l'épée, 1932) et surtout comme théoricien militaire. Dans Vers l'armée de métier (1934), partisan de la guerre de mouvement, il préconisa une armée motorisée et blindée, composée de spécialistes, théorie déjà défendue en France par le général Estienne, en Angleterre par le général Fuller et à la même époque par des théoriciens allemands comme Guderian. Il se heurta pourtant à l'incompréhension des milieux militaires français qui considéraient toujours les chars comme soutien de l'infanterie et qui plaçaient leur confiance dans la ligne Maginot, alors en construction. Le seul qui le soutint fut Paul Reynaud qui tenta vainement d'obtenir la création de divisions cuirassées. Nommé colonel en 1937, de Gaulle fut à la tête de la 4e division cuirassée lors de l'offensive allemande de 1940, remporta quelques contre-offensives (Montcomet, Abbeville, mai 1940) et fut promu général à titre temporaire. Nommé par Paul Reynaud sous-secrétaire d'État à la Défense nationale (16 juin 1940), il proposa, alors que la défaite française était inévitable, que le gouvernement se repliât hors de la métropole pour continuer la lutte mais s'opposa aux partisans de l'armistice (Weygand, Pétain). Après la constitution du gouvernement Pétain, il rejoignit l'Angleterre où il lança à la radio le fameux appel du 18 juin, demandant aux Français de poursuivre le combat aux côtés de la Grande-Bretagne. Refusant de rentrer en France, le gouvernement Pétain le fit juger par contumace et condamner à mort (1940). De Gaulle organisa progressivement les Forces françaises libres, s'efforça de rallier à sa cause les colonies françaises et constitua le Comité de défense de l'Empire (octobre 1940). Il échoua dans sa tentative de débarquement à Dakar (septembre 1940) mais obtint, grâce au concours du gouverneur du Tchad, Félix Éboué et du capitaine Leclerc de Hau-tecloque, l'adhésion de l'AÉF et du Cameroun à la France libre. Les FFL, encore très peu nombreuses, se battirent aux côtés des Anglais en Libye et en Éthiopie, et les différentes colonies (Syrie et Liban en 1941 ; Madagascar, la Réunion et Djibouti en 1942) se rallièrent à de Gaulle. Soutenu épisodiquement par Staline depuis 1942, de Gaulle se heurta à la méfiance de Roosevelt qui voyait en lui un général ambitieux, peu attaché à la démocratie. Afin de renforcer sa position auprès des Alliés, de Gaulle s'appuya sur la Résistance française de l'intérieur dont il chercha à diriger et à coordonner l'action. Ses efforts aboutirent grâce aux missions du préfet Jean Moulin puis à la création du Conseil national de la Résistance (1943). Cependant, il fut tenu à l'écart du débarquement allié en Afrique du Nord (1942), les Anglo-Américains préférant s'entendre avec Dar-lan, puis, après son assassinat, avec le général Giraud, accord dénoncé par de Gaulle comme une compromission inadmissible avec un régime originellement favorable à l'Allemagne. Toutefois, après la conférence de Casablanca (janvier 1943), une rencontre organisée entre Giraud et de Gaulle aboutit à la constitution d'un Comité français de libération nationale (juin 1943) sous la coprésidence des deux hommes. Après l'effacement de Giraud, de Gaulle provoqua la réunion d'une Assemblée consultative (novembre 1943), appelant auprès de lui d'anciens parlementaires de la Troisième République et transforma le Comité de libération en Gouvernement provisoire de la République française (juin 1944) afin de faire respecter les droits de la France auprès des Alliés. Ce fut à la même époque qu'il définit l'orientation à donner à la politique coloniale, annonçant l'émancipation des territoires coloniaux dans le cadre de l'Union française (conférence de Brazzaville, janvier-février 1944). Après le débarquement allié en Normandie (juin 1944), de Gaulle arriva à Bayeux puis fit une entrée triomphale dans Paris libéré (août 1944). S'imposant comme chef politique incontesté, il entreprit rapidement le rétablissement de l'autorité du pouvoir central, fit dissoudre les milices patriotiques (communistes), reconstitua en hâte l'armée française qui participa aux derniers combats aux côtés des Alliés et organisa l'épuration des collaborateurs. Il appliqua enfin partiellement le programme économique du CNR mais refusa les sévères mesures monétaires demandées par Mendès France qui démissionna du gouvernement. Élu unanimement président du Gouvernement provisoire de la République française (novembre 1945) par la première Assemblée nationale constituante, de Gaulle proposa un projet de Constitution avec un renforcement de l'exécutif destiné à éviter le retour au parlementarisme de la Troisième République. En désaccord avec la plupart des partis, il démissionna (20 janvier 1946) puis s'opposa, dans son discours de Bayeux (juin 1946), à la Constitution de la Quatrième République adoptée en octobre. À l'écart de la vie politique officielle, il constitua néanmoins le Rassemblement du peuple français (RPF, 1947) qui dénonça avec vigueur le « régime des partis » mais qui fut dissous en 1953 après son échec aux élections législatives de 1951. Retiré à Colombey-les-Deux-Églises, de Gaulle se consacra à la rédaction de ses Mémoires de guerre ( 1954-1959). À la suite des événements d'Algérie (putsch d'Alger, mai 1958), se développa une campagne, appuyée par les partisans de l'Algérie française, en faveur du retour au pouvoir de De Gaulle qui fut appelé par le président Coty à prendre la tête du gouvernement. Investi par l'Assemblée nationale (1er juin 1958), de Gaulle prépara d'abord la réforme des institutions. La nouvelle Constitution, approuvée par référendum, le 28 septembre 1958, instaura en France un régime de type présidentiel avec renforcement du pouvoir exécutif (article 16) et recours fréquents au référendum. Après la victoire de l'UNR (Union pour la nouvelle République) aux élections législatives de novembre, de Gaulle fut élu président de la Cinquième République (décembre 1958) et choisit Michel Debré pour Premier ministre (1959-1962). Après l'assainissement financier du plan Pinay-Rueff et les débuts de l'émancipation de l'Afrique noire (autonomie au sein de la Communauté française, 1958), le difficile règlement de la question algérienne marqua le début du régime gaulliste. Après avoir semblé défendre l'Algérie française («Je vous ai compris», Alger, 4janvier 1958 ; « Vive l'Algérie française », Mos-taganem, 7 juin 1958), de Gaulle modifia radicalement sa politique algérienne qui aboutit aux accords d'Évian (mars 1962) et à l'indépendance de l'Algérie, ce qui lui valut d'échapper de justesse à l'attentat du Petit-Clamart (août 1962). Le problème algérien réglé, de Gaulle s'attacha sous le gouvernement Pompidou (1962-1968) à réaliser les grands desseins qu'il nourrissait pour la France. Refusant catégoriquement la bipolarisation de l'après-guerre (division du monde en deux blocs centrés autour des États-Unis et de l'URSS), il revendiqua avec force l'indépendance nationale -retrait de la France de l'OTAN (1966) et création d'une force de frappe atomique - et se posa en champion des pays non engagés : aide aux nations africaines, reconnaissance de la Chine populaire (1964), voyages en Amérique du Sud (1964), discours de Phnom-Penh contre l'intervention américaine au Viêt-nam (1966), voyages en Pologne (1966) et en Roumanie (1968), au Québec, «Vive le Québec libre» (1967) et condamnation d'Israël lors de la guerre des Six-Jours (1967). Favorable à une Europe unie économiquement et indépendante (réconciliation avec l'Allemagne par un traité de coopération franco-allemand, 1963), de Gaulle s'opposa cependant à l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne et refusa tout abandon de la souveraineté nationale. À l'occasion de la première élection présidentielle au suffrage universel (nouveau mode d'élection approuvé par référendum en 1962), de Gaulle fut élu au second tour, mis en ballottage par François Mitterrand (1965). Les élections législatives de 1967 ne donnèrent que d'extrême justesse la majorité aux gaullistes. Le malaise économique et social éclata en Mai 68 et malgré le succès des élections de juin 1968 après la dissolution de l'Assemblée, le régime gaulliste fut ébranlé. Après l'échec du référendum (avril 1969) sur le double projet de régionalisation et de réforme du Sénat, de Gaulle se démit de ses fonctions de président de la République et se retira à Colombey-les-Deux-Églises où il rédigea ses Mémoires d'espoir. Voir Algérie (Guerre d'), Constitution de 1946.