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Gaston Miron

Né en 1928, Gaston Miron publia un premier recueil, Deux sangs, en 1953 et bientôt s‘imposa comme l’un des premiers poètes du Canada, chef de file de toute une génération à la fois par la perfection de ses poèmes et son engagement politique pour le Québec : au reste plutôt que par des livres — il mettra longtemps avant de rassembler une partie de son œuvre dans L’homme rapaillé — il préfère assurer sa présence par la publication régulière de poèmes — ou de textes — dans les revues et journaux. Avec son ami Olivier Marchand, co-signataire de Deux sangs, avec Jean-Guy Pilon, Jacques Godbout , Gatien Lapointe, Paul Chamberland et Lucien Francœur, Gaston Miron est l’un des grands artisans d’une poésie québécoise qui n’est plus à la traîne des modes de Paris mais qui s’affirme comme l’expression d’une époque et d’un pays, qui s’ancrant dans une terre et se donnant des racines, du même coup accède à l’originalité et à l’universalité. De tous les poètes québécois Gaston Miron est sans doute le plus singulier. Le plus riche. Celui dont l’œuvre est le plus abouti, qui peut tout dire : son aventure individuelle avec ses angoisses, ses amours et celle de son peuple avec son histoire, ses revendications et ses luttes. Celui qui s’engage dans les mots et se bat avec eux pour donner à ses poèmes une essentielle rigueur, faire de ses chants de véritables cycles (La vie agonique, L’amour en sursis) comme il s’engage dans sa vie ou dans le combat politique. Au vrai il est à l’écoute de tout et sa parole répercute sa connaissance ou sa passion du monde, son ouverture à une sensibilité cosmique :
« je suis au centre du monde tel qu ’il gronde en moi Avec la rumeur de mon âme dans tous les coins Je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang. »
Mais s’il voyage (en Europe notamment) ou s’il rêve poétiquement le monde, c’est pour mieux revenir dans son pays, l’habiter et le recréer. « Je n’ai jamais voyagé / Vers autre pays que toi mon pays » et pour se retrouver lui-même : « Me voici en moi comme un homme dans une maison/ qui s'est faite en son absence ». Cependant, la maison qui reste à faire, c’est pour Miron la liberté et l’avenir du Québec. Et ses poèmes ne se contentent pas de dire son appartenance à une terre «chauves d’ancêtres », ils sont dans leur lyrisme imagé, ramassé, efficace, à la fois prophétie et programme : « Nous te ferons, terre de Québec lit des résurrections et des mille fulgurances de nos métamorphoses de nos levains où lève le futur de nos volontés sans concessions les hommes entendront battre ton pouls dans l’histoire c’est nous ondulant dans l’automne d'octobre c’est le bruit roux de chevreuils dans la lumière l’avenir dégagé l'avenir engagé. » Bibliographie
Deux Sangs (en collaboration avec Olivier Marchand), 1953, Éd. de l'Hexagone. L'Homme rapaillé, Presse de l'Université de Montréal.