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GASSENDI (Pierre Gassend, dit abbé)

GASSENDI (Pierre Gassend, dit abbé). Philosophe français. Né à Champtercier (Basses-Alpes), le 22 janvier 1592; mort à Paris le 24 octobre 1655. Fils de simples cultivateurs, il va faire ses humanités au collège de Digne, et y fait preuve d'une telle précocité qu on lui confie, à l'âge de seize ans, une chaire de rhétorique. Docteur de l'Université d'Avignon en 1614, à vingt-quatre ans il enseigne déjà la philosophie et la théologie à Aix. Entré dans les ordres en 1617, il devient, en 1623, prévôt de la cathédrale de Digne, charge pourvue d'une prébende importante qui lui permet de se consacrer tout entier à des travaux scientifiques. Mais, en querelle avec son chapitre, il doit s'installer à Grenoble où il publie, en 1624, ses Exerci-tationes paradoxicae advenus Aristolelaeos, critique de la philosophie de l'École, qui lui fait naturellement beaucoup d'ennemis, mais appelle l'attention sur lui. En 1630, il publie une satire contre les cabalistes : Epistolica exercitatio, in qua principia philosophiae Roberti Fluddi, medici, releguntur. Il fait ensuite un séjour dans les Pays-Bas et, après avoir refusé, en 1641, les fonctions d'agent général du clergé, puis en 1645, la charge de l'éducation du jeune Louis XIV, il accepte pourtant, la même année, la chaire de mathématiques au Collège de France. Physicien, mathématicien, astronome (il fut le premier à observer le passage de Mercure sur le Soleil), lié avec les plus grands savants de son époque : Kepler, Hobbes, Mersenne et surtout Galilée, Gassendi fut avant tout un philosophe, et c'est surtout grâce à sa querelle avec Descartes que son nom continue de vivre. Les Méditations métaphysiques, de Descartes, étaient parues en 1641; avec Hobbes, Mersenne et Arnauld, Gassendi avança, en 1644, contre la nouvelle philosophie, d'assez nombreuses objections dans sa Disquisitio metaphysica, seu Dubitationes et instantiae adversus Renati Cartesii metaphysicam et responsa. Les raisons de cette hostilité n'étaient pas toutes très avouables : ainsi, la susceptibilité de Gassendi avait-elle été blessée de ce que Descartes n'avait pas fait écho à ses travaux dans son traité des Météores. Surtout, il existait entre Descartes et Gassendi une double rivalité, en tant que savants et en tant que philosophes, encore excitée de part et d'autre par des coteries, et en particulier par Samuel Corbière, ami de Gassendi, et par l'ironie courtoise, l'aisance dans la plaisanterie que Gassendi apportait dans la discussion, ce dont Descartes se montra très irrité. Les deux adversaires se réconcilièrent grâce à l'abbé d'Estrées, en 1648, sans que les désaccords intellectuels eussent été effacés. Comme Descartes cependant, Gassendi est l'adversaire d'Aristote, il affirme les droits de la raison contre l'autorité et les superstitions. Mais il est aussi un empiriste : ce qu'il refuse chez Descartes — qu'il nomme ironiquement une « âme pure » — c'est avant tout la distinction absolue de l'âme et du corps, la thèse des idées innées, d'une raison séparée des sensations. Gassendi se réclame d'Epicure, auquel il a consacré plusieurs livres, rassemblant toutes les citations des Anciens concernant la vie et la doctrine de son philosophe — dont il ne partage d'ailleurs pas l'impiété. Ce furent : De la Vie et des moeurs d'Epicure [Lyon, 1647]; Animadversiones in decimum librun Diogenis Laertii (Lyon, 1649); et Manuel de la philosophie d'Epicure (La Haye, 1659). Sous l'influence de Galilée, sans doute, il reprend la théorie antique de l'atomisme; mais il n'est pas matérialiste : la théorie de l'atomisme ne lui plaît que parce qu'elle affirme (contre Descartes encore et sa doctrine de l'étendue) la discontinuité de la matière et l'existence du vide. A vrai dire, c'est de Leibniz qu'il convient de rapprocher Gassendi, puisqu'ils tendent tous deux à substituer un dynamisme au mécanisme cartésien. Mais Gassendi se rattache plus immédiatement à ce courant empiriste et scientifique, un peu en marge du XVIIe siècle et qui, par l'intermédiaire de Fontenelle, aura une grande influence sur l'époque suivante. ? « Un des hommes qui font le plus honneur à la philosophie et à la nation. » Diderot.