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FUSTEL DE COULANGES Numa Denis

FUSTEL DE COULANGES Numa Denis. Historien français. Né à Paris le 18 mars 1830, mort à Massy (S.-et-O.) le 12 septembre 1889. Fils d'un officier, mais ayant perdu son père tout jeune, il connaît une enfance difficile. Une bourse lui permet cependant de faire ses études secondaires, et à vingt ans il est reçu à l'Ecole Normale, puis enseigne quelque temps à Lyon avant d'être nommé membre de l'Ecole française d'Athènes. Rentré en France en 1855, il reprend sa carrière professorale à Amiens et à Paris, passe l'agrégation et, en 1860, quitte l'enseignement supérieur. On le nomme à Strasbourg, où il reste dix ans; ayant fondé un foyer, père de trois enfants, suscitant les premiers disciples, il y passera la meilleure partie, sans doute, de sa vie, et pourra y commencer son oeuvre. La Cité antique , en 1864, soulève de vives polémiques : on reproche à Fustel de Coulanges son esprit de système, son dédain pour l'habituel appareil d'érudition universitaire, mais aussi sa méthode qui, faisant a priori confiance au témoignage, prétendait mener la découverte du passé à partir des textes et des traditions des Anciens, et enfin sa conception même de l'Histoire : Fustel place en effet au premier rang le fait religieux. Il s'est aperçu que toutes les cités grecques et italiennes antiques présentaient les phénomènes d'une évolution analogue : même mode de naissance et de croissance, mêmes crises, mêmes symptômes de décadence; et la cause générale qui détermine cet immuable processus, Fustel de Coulanges croit la trouver en des traditions et des croyances religieuses semblables. Vers la fin du Second Empire, Fustel rêvait d'une plus vaste synthèse, intégrant l'histoire moderne et, pour la facilité de ses recherches, il se décida à demander sa mutation à Paris. En 1870, il fut nommé maître de conférences à l'Ecole Normale. Mais, avec la guerre, cet homme de cabinet de travail va tout à coup se transformer en combattant; non seulement il sert pendant le siège comme garde national, mais il engage des polémiques avec les historiens allemands sur la question alsacienne, opposant aux arguments de Mommsen fondés sur la géographie historique, la race et la langue, une conception beaucoup plus nuancée de la patrie comme « communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances ». Dans ses articles de 1871 et 1872, il critique aussi nos propres historiens romantiques, prompts à minimiser le rôle de la France en face de l'étranger. Mais il reste d'abord historien; il rappelle que si « le patriotisme est une vertu, l'histoire est une science. Il ne faut pas les confondre ». Sa tâche propre, c'était de restaurer le respect et l'amour du passé. Au patriotisme romantique fondé exclusivement sur l'attachement au sol, Fustel opposait « le respect pour les générations qui nous ont précédés » et délivrait ainsi l'histoire de ce ton hostile à la France pré-révolutionnaire, que lui avait donné Michelet. En 1875, Fustel de Coulanges fut nommé professeur à la Sorbonne et membre de l'institut; le 17 février 1880 il devint directeur de l'Ecole Normale. En 1874, poursuivant l'oeuvre de La Cité antique, il avait publié le premier volume de VHistoire des institutions politiques de l'ancienne France , où, toujours contre l'école romantique, il diminuait le rôle des invasions germaniques dans la constitution juridique de la France et dans l'établissement du système féodal, dont il trouvait les premiers éléments dans les institutions gauloises adaptées et maintenues par le conquérant romain. Fustel de Coulanges n'eut toutefois pas le temps d'achever ce travail, et les volumes suivants ne parurent qu'après sa mort, grâce au dévouement de son disciple Camille Jullian. Il mourut solitaire, si l'on excepte quelques élèves, un peu amer de voir combien ses doctrines originales le séparaient des thèmes en honneur dans la pensée officielle. ? «La grandeur de l'oeuvre de Fustel de Coulanges vient de ce qu'elle est un modèle de méthode : l'histoire retrouve avec lui l'objectivité et la froideur d'imagination qu'elle avait perdues avec Michelet. La documentation se fait scrupuleuse et exhaustive; les conclusions ne s'élaborent qu'avec prudence; les systèmes s'esquissent plutôt qu 'ils ne s'affirment; le style enfin serrant au plus près la réalité du fait et la précision de l'idée, joint à l'absolue clarté la vigueur et la plénitude ». P. Van Tieghem.

FUSTEL DE COULANGES, Numa Denis (Paris, 1830-Massy, 1889). Historien français. Sa méthode, qu'il avait notamment définie dans les Questions historiques, reposait sur la stricte objectivité de l'historien et l'exploitation rigoureuse des documents écrits. Il fut notamment l'auteur de La Cité antique ( 1864) et de l'Histoire des institutions politiques de l'ancienne France (1875-1892).