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Frustration

Frustration État du sujet à qui est refusée ou qui se refuse la satisfaction d’une demande pulsionnelle. Pour Freud, la névrose s’origine dans une frustration, celle-ci ouvrant la voie de la régression. « Les êtres humains deviennent névrosés par suite de frustration. » Dans la pratique analytique, la règle d’abstinence, qui vise à ce qu’une satisfaction substitutive ne vienne pas clore prématurément le processus, doit permettre la régression jusqu’au point où s’est nouée la névrose. Lacan réinterprétera la notion de frustration en la mettant en série avec les notions de privation et de castration constituant ainsi les trois catégories principales du manque. Si la castration ressort du Symbolique et la privation du Réel, la frustration est pour lui Imaginaire. Elle est imaginaire car la demande qui la sous-tend est insatiable. C’est pourquoi, paradoxalement, la tentative de combler déclenche tout aussi bien la frustration, puisque l’objet donné n’est pas et ne peut pas être par définition l’objet demandé.

frustration, état de celui qui est privé d’une satisfaction légitime, qui est trompé dans ses espérances.

La frustration peut être due à l’absence d’un objet (manque de nourriture) ou à la rencontre d’un obstacle sur la voie de l’assouvissement des désirs. Les difficultés sont dites externes quand elles sont issues du milieu (des fruits sont sur l’arbre, mais le garde champêtre veille), internes quand elles dépendent de l’individu (son sens moral lui interdit de marauder). La frustration ne se définit cependant pas par l’obstacle, car, en réalité, rien ne nous permet de savoir ce qui sera apprécié comme tel par le sujet. Une même situation peut être, ressentie comme favorable par une personne et vécue comme frustrante par une autre. La guérison, par exemple, n’est pas toujours gratifiante, car certains trouvent plus d’avantages à être malades (ils n’ont plus de responsabilités, on s’occupe d’eux...) que bien portants. Nous ne savons donc s’il y a frustration pour un individu qu’en étudiant son comportement. Les réactions à la frustration sont variables : elles dépendent de la nature de l’agent frustrant et de la personnalité de celui qui y est soumis. D’une façon générale, la réponse est agressive. L’hostilité peut être dirigée vers l’obstacle (le petit enfant se met en colère contre sa mère), déplacée sur un substitut (il frappe son ours) ou retournée contre soi (certains suicides d’écoliers, consécutifs à une réprimande, s’expliquent par ce mécanisme). Dans d’autres cas, l’agression, totalement inhibée, est remplacée par la régression à un stade antérieur du développement (réapparition de l’énurésie...). Selon leur importance et le moment où elles se produisent, les frustrations entraînent des conséquences plus ou moins durables chez ceux qui les subissent. Elles sont d’autant plus graves qu’elles se manifestent précocement. J. Mac V. Hunt a montré que le comportement d’amassage était plus intense et prolongé chez des rats privés de nourriture dans leur jeune âge que chez ceux qui avaient toujours reçu une alimentation abondante. Le développement général est aussi affecté par les carences affectives précoces. Expérimentant sur deux chevreaux jumeaux allaités par leur mère, l’un en étant séparé chaque jour pendant une heure et les deux privés de lumière, H. S. Liddell observe que le chevreau non séparé s’adapte, tandis que le second meurt. Dans une nursery modèle, R. Spitz a constaté que les enfants privés de leur mère présentaient une sensibilité accrue aux infections banales (37 % de mortalité) par rapport à ceux d’une maison maternelle (aucun décès) qu’il suivait simultanément. Des frustrations moins massives, telles que la privation de la douceur maternelle, ont des conséquences caractérielles : l’enfant devient égoïste, hypersensible et dépendant de ses parents. L’éducation ne consiste pas à supprimer les frustrations, mais à les doser, en fonction de la résistance de l’individu.

frustration (test de), technique projective destinée à évaluer la personnalité d’un sujet à partir de ses modes de réaction à la frustration. Le Picture Frustration Study a été conçu et mis au point par S. Rosenzweig, en 1944, aux États-Unis. Il consiste en un cahier de 24 dessins représentant des personnages placés dans une situation frustrante (par exemple, une voiture éclabousse un piéton), sur lequel le sujet examiné doit inscrire ses propres réponses. Celles-ci sont ensuite codifiées et interprétées en se référant à la théorie générale de la frustration de l’auteur.

FRUSTRATION. Au-delà d’un certain seuil la frustration, c’est-à-dire le non-accomplissement d’un désir ou d’un besoin, peut être pathogène en suscitant une forte agressivité et de l’angoisse ; le développement du Moi, néanmoins, repose sur la frustration. Le contraire de la frustration est la gratification.


La frustration, c’est ce qui empêche que soit effectuée la décharge mettant fin à la « tension » du désir. La frustration est ainsi un obstacle sur la voie du principe du plaisir. Lorsque l’objet nécessaire à réaliser le but pulsionnel est absent de l’environnement, la frustration équivaut à une privation ; si l’objet est présent, mais qu’il soit éloigné du Sujet qui le convoite, il y a « déprivation ». Ce sont là les modes de la frustration externe. La frustration interne tient, quant à elle, une place des plus importantes en psychanalyse. Elle consiste dans l’empêchement à la satisfaction, du fait d’un « investissement contraire » (contre-investissement), consécutif à un signal d’angoisse. On se trouve alors dans la condition du conflit. Plus accessoirement, il peut y avoir frustration interne du fait d’une incapacité (manque de don, arriération affective, etc.).

1. Les façons par lesquelles le Sujet tente de résoudre ses frustrations interviennent de façon déterminante dans la structuration de la Personnalité, compte tenu de l’immaturation et de la dépendance infantiles. Ces méthodes sont celles de la transformation des buts et des pulsions, de l’identification, de la sublimation, de la défense... Ce n’est que dans un stade plus avancé de l’évolution que, tranchant avec les procédés auto-plastiques des premières phases, des méthodes allo-plastiques peuvent être employées pour surmonter la frustration (travail intellectuel et manuel, transformation des conditions extérieures dans le sens de la satisfaction possible du désir).

2. Dans la causalité des névroses (névrogénèse) la frustration fait système avec la fixation et la régression. Une privation externe n’est pas en soi pathogène, à moins de porter sur la seule satisfaction que le sujet exige. Par contre la nécessité (défensive) de maintenir une frustration interne, engendre le paradoxe de « ceux qui échouent dans le succès ». En mettant en œuvre l’investissement contraire du refoulement, le Moi suit habituellement les ordres du Surmoi : celui-ci agit alors comme un facteur intériorisé de frustration ; la privation extérieure n’est finalement pathogène que sur la base d’une frustration interne, résultant du conflit entre le Moi et la fixation libidinale...

3. La frustration s’impose dans la technique de la cure psychanalytique : il convient de refuser au patient toute forme de satisfactions ou d’agissements substitutifs. L’analyse exige de se dérouler dans une atmosphère « d’abstinence » : il faut laisser subsister le besoin et le désir pour qu’il y ait levée du refoulement, prise de conscience, élaboration et possibilité de changement.

4. Dans son élaboration théorique de la « relation d’objet », Lacan a reformulé le concept de la frustration en l’articulant avec ses conceptions personnelles sur la privation et la castration. La frustration serait alors une opération imaginaire (portant sur un objet réel et dont l’agent est symbolique). La privation, une opération réelle (portant sur un objet symbolique et dont l’agent est imaginaire). La castration, une opération symbolique (portant sur un objet imaginaire et dont l’agent est réel)...


FRUSTRATION État du sujet quand il se trouve dans l’impossibilité de satisfaire une pulsion, soit qu’il en soit empêché par un élément extérieur, soit qu’il se l’interdise. La frustration entraîne plusieurs conséquences possibles : soit la substitution d’un objet à un autre, soit la sublimation de la pulsion, soit encore, dans le cas des névroses, la fixation et la régression comme seule solution de satisfaction.

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