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Frédéric-Guillaume IV (Berlin 1795-château du Sans-Souci, Potsdam, 1861) ; roi de Prusse [1840-1861].

Frédéric-Guillaume IV (Berlin 1795-château du Sans-Souci, Potsdam, 1861) ; roi de Prusse [1840-1861].

L'arrivée au pouvoir de F. était attendue avec beaucoup d'espoirs au-delà des frontières de la Prusse. Ces espoirs semblent se réaliser lorsqu'il succède en juin 1840 à son père Frédéric-Guillaume III. Il met fin au conflit entre l'Église catholique et l'État prussien à Cologne (Kirchenstreit) et aux poursuites contre les « démagogues » (Amdt, Jahn), allège la censure et, poursuivant l'action qu'il avait entreprise en 1823 comme prince héritier, il favorise le développement des États provinciaux en donnant à leurs réunions un caractère périodique et public (1842). Son règne voit aussi les débuts de l'industrialisation en Allemagne, germe de changements sociaux non encore accomplis. Entièrement différent de son père, peu martial et replet, F. a des dons intellectuels et artistiques éminents (parmi ses amis, on compte Alexandre von Humboldt, Savigny, des sculpteurs et des architectes), une imagination fertile et un brillant talent d'orateur. Mais ces qualités vont de pair avec un tempérament peu équilibré et versatile, et une certaine indécision. Élève du prédicateur et homme d'État J.P. Ancillon (1767-1837), il a été élevé dans une philosophie conservatrice et romantique influencée par les théories de Haller et imprégnée de références au Saint-Empire romain germanique médiéval. Il voit dans la grâce divine le noyau mystique de sa souveraineté et rejette, dans une exaltation très romantique de l'enracinement historique, les postulats de la Révolution française. Formé également par l'expérience des guerres de libération, il a pour idéal politique, fondé sur une vision quelque peu embellie de la réalité médiévale, la formation en Europe centrale d'un grand empire allemand organisé en ordres, englobant les territoires allemands de l'Autriche et ressuscitant la vieille dignité impériale des Habsbourg. Dans cet empire, la Prusse doit occuper le premier rang en matière militaire et son souverain se voir offrir la dignité d'un « maréchal d'Empire héréditaire ». Cet idéal sera, à l'intérieur comme à l'extérieur, pris à contre-pied par l'épreuve des faits, expression d'une nouvelle logique de l'histoire. Le déséquilibre et l'irrésolution du roi romantique éclatent peu de temps après son arrivée au pouvoir. Lorsqu'enfin il se décide à répondre à la revendication déjà ancienne d'une Constitution pour la Prusse en convoquant en 1847 la « Diète unie », c'est sous la forme d'une assemblée aux compétences limitées, émanation des seuls États provinciaux, et qu'il renvoie dès qu'elle prétend contrôler les dépenses de l'État. L'effervescence de l'opinion publique est alors déjà tellement forte que la révolution de mars 1848 trouve un terrain particulièrement fertile à Berlin. Pris de court par les émeutes du 18 mars, F. accepte toutes les revendications libérales et fait procéder à l'élection d'une Assemblée constituante. Cependant, n'ayant cédé que sous la pression des événements, il fait machine arrière dès qu'il en a la possibilité, dissout l'Assemblée nationale de Berlin et s'octroie lui-même fin 1848 une Constitution, qu'il modifie en 1850 dans un sens plus autoritaire et moins démocratique. Même déception en avril 1849 pour les libéraux patriotes du Parlement de Francfort, auquel F. porte le coup décisif en refusant, pour des considérations religieuses et absolutistes mais aussi historiques et politiques (l'opposition de l'Autriche exclue de cet ensemble), la couronne impériale qu'on lui offre et qu'il ne veut pas devoir à une assemblée révolutionnaire élue. Au même moment, il retire son soutien aux mouvements indépendantistes du Schleswig-Holstein. Radowitz, son homme de confiance, tente alors de constituer par accord direct entre souverains une Union restreinte à laquelle l'Autriche contraint la Prusse à renoncer lors de l'humiliante « reculade d'Olmütz ». Après l'échec de ces tentatives d'union, les dernières années du règne sont marquées, en politique intérieure comme en politique extérieure, par la prédominance de la réaction. Faites d'une succession de décisions sans consistance, elles constituent une des périodes les plus sombres de la politique prussienne. En 1857 le roi est victime d'une attaque, suivie des premiers signes d'une maladie mentale. Son frère Guillaume (Guillaume Ier), prince de Prusse, assure la réalité du pouvoir en octobre 1857 et la régence un an plus tard. F. meurt au palais de Sans-Souci en 1861.

Bibliographie : H. Castille, Frédéric-Guillaume IV, 1857.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV (Berlin, 1795-château de Sans-Souci, 1861). Roi de Prusse (1840-1861). Surnommé le « Roi romantique », très irrésolu dans les affaires politiques, il incarna la haine des libéraux allemands de 1848. Fils de Frédéric-Guillaume III, d'abord très hostile à toute évolution institutionnelle du régime, Frédéric-Guillaume IV dut, sous la pression de la révolution berlinoise de 1848, accorder une Constitution libérale qu'il s'empressa de modifier, une fois le danger passé. Lorsque le Parlement de Francfort lui proposa la couronne impériale, il refusa de l'accepter des mains d'une Assemblée populaire, mais tenta de reprendre à son compte le mouvement de l'unité en groupant les princes allemands en une « union restreinte » dans le cadre d'une « Petite Allemagne » (Allemagne du Nord). Cependant, l'Autriche, inquiète, fit échouer son projet, infligeant à la Prusse l'humiliation d'Olmütz (novembre 1850). Atteint d'aliénation mentale, Frédéric-Guillaume IV fut contraint en 1858 de laisser la régence à son frère, le futur Guillaume Ier. Voir Révolutions de 1848.

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