France
État de l'Europe occidentale ; capitale Paris. La préhistoire De la conquête romaine à l'avènement de Charlemagne Charlemagne et l'Empire carolingien Les premiers Capétiens (987/1180) L'apogée de la monarchie médiévale (1180/1328) La guerre de Cent Ans et le relèvement français (1328/1483) La France et l'Europe de Charles VIII à Henri II (1483/1559) Les guerres de Religion et la pacification sous Henri IV (1559/1610) De la minorité de Louis XIII à la Fronde (1610/61) L'impérialisme français sous le règne de Louis XIV (1661/1715) L'« Europe française » au siècle des Lumières (1715/74) La fin de l'Ancien Régime (1774/89) Les débuts de la Révolution et la chute de la monarchie (mai 1789/sept. 1792) La Convention. De la Terreur à la réaction thermidorienne (sept. 1792/oct. 1795) Le Directoire (oct. 1795/nov. 1799) L'époque napoléonienne (1799/1814) La Restauration (1814/30) La monarchie de Juillet (1830/48) La IIe République et le second Empire (1848/70) La IIIe République de 1871 à l'affaire Dreyfus De la victoire du Bloc des gauches à la Grande Guerre La guerre de 1914/18 et la paix manquée Du Front populaire à la Seconde Guerre mondiale La défaite de 1940 et la fin de la IIIe République Le gouvernement de Vichy et la collaboration De Gaulle et la Résistance De la Libération à la naissance de la IVe République (août 1944/déc. 1946) La IVe République (1946/58) La Ve République. Le premier septennat (1958/65) Le second mandat du général de Gaulle (1965/69) La présidence de Georges Pompidou (juin 1969/mars 1974) La présidence de Valéry Giscard d'Estaing Les présidences de François Mitterrand Les présidences de Jacques Chirac La préhistoire La France est un des pays où l'évolution humaine est connue avec le plus de continuité. Les vestiges humains les plus anciens retrouvés en France sont ceux de la Caune de l'Arago, à Tautavel, ainsi que la mandibule de Montmaurin, qui sont des prénéandertaliens vieux de 300 000 à 400 000 ans. Mais une dent découverte à Vergranne dans le Doubs pourrait être encore plus ancienne. Cependant, les industries mises au jour dans la vallée de la Somme et surtout dans la grotte du Vallonet (Alpes-Maritimes) sont bien antérieures à ces fossiles (celles du Vallonet se situent vers 900 000 ans). Les industries du paléolithique inférieur sont assez variées. L'acheuléen (v.) regroupe des industries riches en bifaces. Étendu sur une très longue période (vers - 400 000/- 85 000 ans), il est bien connu par de riches gisements stratifiés du nord de la France et, dans sa phase finale, le micoquien, par le gisement éponyme de La Micoque (Dordogne). Au paléolithique moyen (vers - 200 000/- 35 000 ans), la France était peuplée par les néandertaliens (v.) qui ont laissé des restes nombreux dans le sud-ouest de la France, en Dordogne (Le Moustier, La Ferrassie), en Corrèze (La Chapelle-aux-Saints), dans les Pyrénées, en Charente (La Quina), mais aussi dans le nord-est (Arcy-sur-Cure). Toutes les industries du paléolithique moyen se rattachent au groupe du moustérien (v.). Les néandertaliens enterraient leurs morts, comme en témoignent les sépultures découvertes dans de nombreux gisements (La Chapelle-aux-Saints, La Ferrassie, Le Regourdou...). 000200000DC400000CD4 DBE,Au paléolithique supérieur (vers - 35 000/- 8 000 ans), les néandertaliens, complètement disparus, sont remplacés par les Homo sapiens sapiens (hommes de Cro-Magnon). Le paléolithique supérieur est marqué par la multiplication des outils en os et par la finesse des outils de pierre (« feuilles de laurier » solutréennes). On distingue en France cinq phases qui sont le châtelperronien à Arcy-sur-Cure et à Saint-Césaire), l'aurignacien, le gravettien (ou périgordien), le solutréen et le magdalénien. C'est encore dans le sud-ouest que l'on a découvert le plus grand nombre de gisements, en particulier dans la région de la Dordogne (Combe-Capelle, abri Cellier, La Ferrassie, Laugerie-Haute, La Madeleine), dans l'Ariège (Mas-d'Azil), le long des Pyrénées (Isturitz), mais aussi dans le sud-est et, au magdalénien, dans la frange méridionale du Bassin parisien. L'art pariétal, qui apparaît dès 35 000 ans (grotte Chauvet), est particulièrement bien représenté au solutréen récent (bas-reliefs de Bourdeilles, en Dordogne ; du Roc-de-Sers, en Charente) et au magdalénien avec les figures de Lascaux, de Font-de-Gaume, des Combarelles, de Rouffignac. Les hommes du paléolithique supérieur tiraient essentiellement leur subsistance de la chasse - surtout celle du renne, qui resta le principal gibier entre - 30 000 et - 10 000 ans. La plupart des sites d'habitat étaient des abris-sous-roche. La fin de la période glaciaire (vers - 10 000 ans) et l'établissement progressif des conditions climatiques actuelles entraînèrent la diversification des moyens de subsistance. Les hommes s'installèrent près des cours d'eau, sur les rivages des lacs et des marais, et on vit apparaître les traces d'activités de pêche, de ramassage de coquillages et d'escargots. Les industries du mésolithique (vers - 8 000/- 6 000 ans), caractérisées par la présence d'outils de taille très fine ou microlithes, sont divisées en France en azilien, sauveterrien et tardenoisien. La néolithisation apparaît en France vers le Ve millénaire sous l'influence de courants venus de la vallée du Danube et de la Méditerranée. L'industrie cardiale, le couronnien de Provence, le chasséen de Bourgogne, de Franche-Comté et du Bassin parisien sont d'origine méditerranéenne, alors que le rubané d'Alsace, le poinçonné (dont les traces se retrouvent jusqu'en Armorique), le michelsberg de l'est de la France relèvent d'influences danubiennes. Le néolithique est marqué notamment par les premiers défrichements et par un fort essor démographique. La civilisation du métal fait ses débuts en France au début du IIIe millénaire. Les premiers objets de cuivre (haches, objets de parure) précèdent la céramique campaniforme et proviennent, dans certaines régions, d'industries locales, notamment dans le Midi. La diffusion du bronze, à partir de l'Europe centrale, atteint d'abord l'est de la France, le Jura, la vallée du Rhône, mais aussi, par la voie maritime de la mer du Nord et de la Manche, l'Armorique ; avant - 1 400 ans, elle voit s'épanouir une civilisation du bronze qui a sans doute une origine commune avec celle du Wessex en Angleterre. Depuis le IVe millénaire, la civilisation mégalithique s'était répandue, de la Bretagne au Bassin parisien et au S.-O. du Massif central ; un total de 7 000 monuments, menhirs, dolmens et allées couvertes ont été dénombrés. Enfin, la civilisation du fer s'est largement répandue à l'époque de Hallstadt (à partir du VIIIe s. av. J.-C.) puis à l'époque de La Tène (à partir du milieu du Ve s. av. J.-C.). 00020000104200001A92 103B,De la conquête romaine à l'avènement de Charlemagne Le territoire de la France au Ier millénaire av. J.-C. était déjà occupé par une population de langue et de culture indo-européennes, celle des Celtes, dont la densité devait augmenter, entre le VIe et le IIe s. av. J.-C., avec l'arrivée d'autres peuples celtiques originaires d'Europe centrale. Les Celtes se sont mêlés ou ont coexisté avec des populations antérieures, comme les Ligures dans le sud et le sud-est, les Ibères et les Aquitains, de la basse vallée du Rhône à l'Atlantique. Jusqu'à la conquête romaine, il n'a pas existé de séparation nette entre peuples celtes et peuples germaniques de part et d'autre du Rhin. Ce sont les conquêtes de Jules César, puis l'échec des campagnes menées au-delà du Rhin par les légions de l'empereur Auguste qui ont fait du fleuve la limite du territoire de la Gaule (v.), le nom employé par les Romains pour désigner les territoires des Celtes, du Rhin au Pyrénées et à la Méditerranée. À partir du IIIe s. apr. J.-C., les invasions de peuples germaniques dans la Gaule romaine se sont multipliées. Les armées romaines les ont refoulées, quand c'était possible, et cantonnées dans les régions rhénanes où beaucoup ont reçu le statut de fédérés : ces Germains recevaient des terres et se sédentarisaient, en même temps qu'ils servaient d'auxiliaires à l'armée romaine pour maintenir à distance les peuples germaniques d'au-delà du Rhin. En 406, ce dispositif s'est effondré ; des peuples entiers ont franchi le Rhin gelé et se sont répandus sur le sol de la Gaule et au-delà. Les Suèves, les Vandales et les Alains passèrent jusqu'en Espagne. En 418, les Wisigoths, jouissant du statut de fédérés, fondèrent un royaume en Aquitaine ; en 443, les Burgondes furent établis par Aetius en Savoie, d'où ils pénétrèrent, sans rencontrer de résistance, dans les vallées de la Saône et du Rhône. Dans le nord de la Gaule, le peuple des Francs (v.) s'installa de la Meuse à la mer du Nord. Après une période de désordres, de violences et de pillages, ce qui subsistait des cadres politiques et administratifs gallo-romains réussit à mobiliser les contingents de ces différents peuples germaniques pour constituer une armée qui arrêta les Huns aux champs Catalauniques, en 451. Après la chute de l'empire d'Occident (476) se constituèrent en Gaule, comme en Espagne et en Italie, des royaumes barbares où les souverains germaniques gouvernaient aussi bien les Gallo-Romains que leurs propres guerriers. Le royaume wisigoth s'étendait sur toute la Gaule au S. de la Loire et à l'O. du Rhône ; le royaume burgonde, le long de la Saône et du Rhône, de Besançon environ jusqu'à la Durance. Pendant ce temps, des Bretons chassés de la (Grande-) Bretagne par l'invasion anglo-saxonne s'installaient en Armorique. Le dernier représentant du pouvoir romain en Gaule, Syagrius, ne régnait plus que sur un petit État compris entre la Loire et la Seine. Mais les régions du Nord avaient vu les progrès d'un autre groupe de peuples germaniques, les Francs, installés entre la Meuse et l'Escaut depuis 358. Leur intervention en Gaule, dans les vingt dernières années du Ve s., devait être décisive. Clovis (481/511), après avoir battu successivement Syagrius, les Alamans et les Wisigoths, se rendit maître de toute la Gaule, à l'exception de la Septimanie (Languedoc et Roussillon) et du royaume burgonde (que ses fils devaient conquérir en 534). Les Francs n'étaient pas plus nombreux que les Wisigoths ou les Burgondes - à peine quelques dizaines de milliers de guerriers - et, comme tous les peuples germaniques, ils étaient minoritaires dans la population gallo-romaine. Mais l'État franc, dont le noyau, au N. et à l'E., s'étendait sur des régions frontières peu romanisées, devait beaucoup mieux maintenir ses caractères germaniques que les autres États barbares. D'autre part, la conversion de Clovis, avec ses guerriers, à la foi catholique (et non au christianisme arien pratiqué par les autres peuples germaniques), lui acquit le soutien capital des évêques gallo-romains et de la majorité de la population (v. FRANCS, peuple et Empire, MÉROVINGIENS et CAROLINGIENS). 000200000E7600002ACD E70,Charlemagne et l'Empire carolingien Succédant à celle des Mérovingiens, l'époque carolingienne est celle de la rupture (au moins d'un grave recul) des relations commerciales et culturelles en Méditerranée du fait de la conquête musulmane. Ainsi s'expliqueraient la raréfaction de la monnaie et la prédominance de la richesse foncière et de l'économie domaniale. Au cours de leur ascension (VIIIe s.), les Carolingiens n'ont eu d'autre moyen de s'attacher leurs officiers qu'en leur distribuant des terres, d'abord sous forme de bénéfices viagers, qui devinrent rapidement héréditaires. Comme Clovis, les Carolingiens ont tiré parti de l'appui de l'Église. Aux prises avec la menace lombarde et abandonné par Byzance, le pape se tourna vers le fils de Charles Martel, Pépin le Bref, légitimant la déposition du dernier Mérovingien et l'accession au trône de Pépin (752). En échange, ce dernier descendit par deux fois en Italie pour réduire les Lombards (754, 756) et assura au Saint-Siège la possession de l'exarchat de Ravenne et du duché de Rome (« donation de Pépin » et création de l'État pontifical en 756). Cette alliance du trône et de l'autel resta le fondement de la puissance de Charlemagne (768/814) qui voulait, en nouveau roi David, créer une monarchie chrétienne. De nouveau appelé par le pape, Charles détruisit le royaume lombard (774). Il reprit à l'égard de la Germanie la politique conquérante des premiers Mérovingiens ; après de longues guerres, les Saxons furent soumis et convertis de force (772/804). Les Avars furent anéantis dans la plaine danubienne. Malgré plusieurs échecs, Charles réussit encore à créer, entre les Pyrénées et l'Èbre, face à l'islam, une marche d'Espagne (795/811). Sacré empereur à Rome par le pape Léon III (Noël 800), Charlemagne apparaissait comme le maître de l'Occident. Sa domination s'étendait de l'Èbre à l'Elbe, de la mer du Nord à l'Adriatique. L'empereur fut reconnu par le calife de Bagdad, Haroun el-Rachid, et par l'empereur byzantin (812). Son uvre législative (publication des capitulaires), juridique (création des plaids, rédaction du droit public) et financière (assainissement monétaire ; institution de la dîme) est considérable ; une renaissance intellectuelle (Alcuin, Paul Diacre, abbaye de Saint-Gall) vint illustrer le règne. Pourtant, dès le début du IXe s. se précisent les traits fondamentaux de la féodalité (constitution de puissantes seigneuries rurales, hérédité des bénéfices, appropriation des fonctions publiques, laïcisation de l'Église). L'institution spectaculaire des missi dominici ou inspecteurs impériaux ne gêna pas longtemps les comtes (les agents royaux de haut rang, disposant localement des pouvoirs civils et militaires) qui, de plus en plus, administraient pour leur compte et non plus pour le souverain. Avec le capitulaire de Quierzy-sur-Oise (877), le principe de l'hérédité des charges comtales était acquis. La rupture définitive avec l'économie antique et l'instauration d'une économie domaniale rendaient impossible une renaissance durable de l'Empire romain. Le traité de Verdun (843) partagea l'Empire carolingien entre les petits-fils de Charlemagne : Charles II le Chauve (843/77) obtint la Francie occidentale, limitée à l'E. par la Meuse, la Saône et le Rhône ; Lothaire eut la Francie médiane, de la Hollande à l'Italie centrale ; Louis le Germanique, la Francie orientale, entre le Rhin et l'Elbe. Les premiers traits d'identité nationale commencèrent à apparaître : tandis que les sujets de Charles le Chauve parlaient le roman, dérivé du latin, ceux de Louis le Germanique s'exprimaient en tudesque et leur pays cessa bientôt d'être la Francie orientale pour devenir la Germanie. 000200000F210000393D F1B,L'équilibre que le traité de Verdun avait essayé d'établir autour de la Lotharingie ne dura guère. Après la disparition de la Lotharingie au traité de Mersen (870), le traité de Ribemont (880) fixa, légèrement à l'O. de la Meuse et sur l'Escaut, la frontière qui devait rester celle de la France et de l'Allemagne durant tout le Moyen Âge. Chez les Carolingiens occidentaux ou français, la dislocation féodale fut beaucoup plus rapide qu'en Germanie. Charles le Chauve vit d'abord lui échapper la Bretagne et l'Aquitaine. À la fin de son règne, son autorité ne s'exerçait plus au-delà de la Loire. L'Empire carolingien fut réunifié pour la dernière fois sous Charles III le Gros, de 884 à 887, mais la faiblesse de l'empereur provoqua sa déposition. Depuis 840, la France était soumise aux raids des Normands. Après s'être établis aux embouchures de la Seine et de la Loire, ils multiplièrent les expéditions le long des fleuves et, notamment, assiégèrent Paris (885/86) que le souverain carolingien fut incapable de secourir. Cette carence fut compensée par l'action des seigneurs locaux : en Ile-de-France, par exemple, la lutte contre les Normands porta au premier rang la famille de Robert le Fort, dont le fils, Eudes, comte de Paris, devait être élu roi par les grands, bien qu'il ne fût pas un Carolingien (888/98). Dès la fin du IXe s. s'esquissait un changement de dynastie. Sans doute les nobles, jugeant Eudes trop énergique, lui donnèrent-ils comme successeur un Carolingien, Charles III le Simple (898/923). Tout le sombre Xe s. allait être occupé par la rivalité des Robertiens (ancêtres des Capétiens) et des Carolingiens : les descendants d'Eudes et ceux de Charlemagne alternèrent sur un trône branlant. À Charles le Simple s'opposèrent puis succédèrent des Robertiens, Robert Ier (922/23) et Raoul de Bourgogne (923/36), suivis par les Carolingiens Louis IV d'Outremer (936/54), Lothaire (954/86) et Louis V (986/87). Malgré leur valeur réelle, Louis IV et Lothaire ne parvinrent pas à secouer la tutelle du tout-puissant descendant de Robert le Fort, Hugues le Grand, dont le fils, Hugues Capet, élu roi en 987, grâce aux intrigues de l'archevêque de Reims, Adalbéron, allait inaugurer la dynastie des Capétiens. Les premiers Capétiens (987/1180) Le royaume d'Hugues Capet (987/96) correspondait approximativement à la Francie occidentale attribuée à Charles le Chauve au traité de Verdun. Dans ce royaume, le premier Capétien n'était pas un souverain mais un suzerain. Son domaine propre ne débordait guère l'Île-de-France avec un palais à Paris, quelques villes héritées des Carolingiens (Attigny, Compiègne, Verberie...) et quelques villes du patrimoine robertien (Orléans, Dreux, Étampes, Poissy, Senlis, Montreuil-sur-Mer). Même dans cet étroit domaine, il devait compter avec des vassaux directs turbulents qui hérissaient leurs terres de châteaux redoutables, tels les seigneurs du Puiset, de Montlhéry, de Marles... Le reste du royaume était divisé en de nombreuses seigneuries dont les principales étaient : le comté de Flandre ; le duché de Normandie (concédé par Charles le Simple au chef normand Rollon, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911) ; le duché de Bretagne, pratiquement indépendant ; les comtés de Champagne, de Blois et d'Anjou, qui enserraient le domaine capétien ; le duché de Bourgogne, gouverné par une branche de la famille capétienne à partir du XIe s. ; enfin, au S. de la Loire, à peu près complètement séparés de la France septentrionale, les duchés d'Aquitaine et de Gascogne et les comtés de Toulouse et de Barcelone. Sur ces féodaux, souvent plus riches et plus puissants que lui, le roi capétien avait l'ascendant d'un suzerain sur des vassaux qui lui avaient prêté hommage. Plus important encore, le roi avait reçu le sacre qui donnait à sa personne une autorité exceptionnelle, venue de Dieu lui-même. 000200000C7700004858 C71,Hugues Capet, en inaugurant la coutume de faire sacrer de son vivant son fils aîné, une pratique qui fut reprise par ses successeurs, dota la monarchie française d'une légitimité et d'une continuité que n'eurent jamais les empereurs germaniques du Moyen Âge. Après Hugues Capet, les premiers Capétiens : Robert II le Pieux (996/1031), Henri Ier (1031/60), Philippe Ier (1060/1108), à peu près impuissants devant l'indiscipline de leurs féodaux, ne jouèrent aucun rôle dans les grands événements politiques de leur temps (conquête de l'Angleterre, querelle des Investitures, première croisade). Le « réveil de la royauté » ne s'amorça qu'avec Louis VI le Gros (1108/37). S'appuyant sur l'Église et assumant cette fonction essentielle de justicier qui fut celle des rois de France au Moyen Âge, il réussit à consolider et à accroître le pouvoir royal. Son fils, Louis VII (1137/80), eut la chance d'être assisté d'un remarquable conseiller, Suger, abbé de Saint-Denis ; c'est sous ce règne que parurent les premières ordonnances capétiennes. Louis VII fut assez fort pour participer à la deuxième croisade. Son mariage avec Aliénor d'Aquitaine pouvait créer des liens nouveaux entre la monarchie et le midi de la France ; mais le roi la répudia (1152). Aliénor se remaria presque aussitôt avec Henri Plantagenêt, comte d'Anjou, qui devint roi d'Angleterre deux ans plus tard, lui apportant la suzeraineté sur tout le sud-ouest de la France. L'apogée de la monarchie médiévale (1180/1328) Fils et successeur de Louis VII, Philippe II Auguste (1180/1223) allait mener la lutte contre les Plantagenêts dont l'empire franco-anglais menaçait la France. Il soutint les fils d'Henri II d'Angleterre, révoltés contre leur père, notamment Richard Cur de Lion avec qui il partit pour la troisième croisade. Mais, brouillé avec ce dernier, il se hâta de revenir en France (1191), laissant le roi anglais aux prises avec les infidèles puis prisonnier en Autriche et commença à mettre la main sur les possessions continentales des Plantagenêts. Servi par les erreurs du successeur de Richard, Jean sans Terre, le roi français put confisquer la Normandie, le Maine, l'Anjou, le Poitou et la Touraine. Par son mariage, Philippe Auguste ajouta encore au domaine royal divers territoires dans le Nord du royaume, notamment l'Artois, le Boulonnais, une partie du Vermandois et le Valois. Ses ambitions étaient plus vastes encore et il voulut réduire l'indépendance des comtes de Flandre. L'alliance du comte de Flandre, du roi d'Angleterre et de l'empereur Othon IV fut brisée à Bouvines (27 juill. 1214). Autant par son administration que par ses conquêtes, Philippe devait accélérer le développement de l'État monarchique : contre ses grands vassaux, la monarchie se fit l'alliée du mouvement communal (v. COMMUNE) né du renouveau commercial et économique ; la politique royale de centralisation, appuyée sur la bourgeoisie et la petite noblesse, se manifesta par la création des premiers fonctionnaires royaux, les baillis (ou sénéchaux), au moment même où la Grande Charte (1215), limitait les pouvoirs de la monarchie anglaise, qui avait été, jusqu'alors, la plus puissante de l'Europe occidentale. 000200000D5A000054C9 D54,Cette politique de centralisation, qui avait soulevé la Flandre, donna un caractère politique marqué à la croisade des albigeois (v.), de 1209 à 1229. Provençaux, Languedociens et Toulousains ne combattirent pas seulement pour défendre leur foi, mais aussi pour maintenir leur vieille indépendance et la civilisation d'Occitanie, alors plus raffinée que celle de la France du Nord. Préparant la confiscation des terres de son vassal, le comte de Toulouse, Philippe Auguste laissa saccager le Midi par Simon de Montfort et le traité de Paris (1229) assura aux Capétiens l'héritage du comté de Toulouse. Ainsi le règne de Philippe Auguste met en lumière les traits particuliers de la formation de l'unité française : uvre essentiellement royale, scellée progressivement, en dépit de longues résistances, par une politique de centralisation monarchique assez ferme pour déposséder peu à peu des responsabilités politiques la grande noblesse locale, assez souple aussi pour maintenir une diversité de coutumes, de franchises et de privilèges où les particularismes régionaux et communaux pouvaient trouver quelque compensation. Après Louis VIII (1223/26) qui consolida l'uvre de son père, la monarchie médiévale française atteignit un fort rayonnement international. Louis IX (1226/70) s'employa à liquider le conflit franco-anglais et, par le traité de Paris de 1259, restitua à Henri III Plantagenêt toutes les conquêtes dont la légitimité lui semblait douteuse, le Limousin, le Périgord et la Guyenne. Le roi de France se fit un tel renom d'équité que, de toutes parts en Europe, on lui demanda d'arbitrer les conflits : c'est lui qui rétablit la paix entre les héritiers du comté de Flandre (1256) ou entre le roi et les barons d'Angleterre (« mise d'Amiens », 1264). À cette France universaliste devait succéder, après le règne de consolidation de Philippe III le Hardi (1270/85), l'État de Philippe le Bel (1285/1314), dominé par des légistes (Pierre Flotte, Nogaret, Marigny) inspirés du droit romain et précurseurs du pouvoir absolu du roi en son royaume. La décadence du Saint Empire (Grand Interrègne, 1256/73) laissait l'idée médiévale d'universalisme politique frappée à mort. L'échec de la formule impériale d'un État multinational fondé sur des bases à la fois religieuses et politiques faisait place à une conception de l'État qui n'acceptait déjà aucune ingérence. Entre le pape Boniface VIII, attaché aux prétentions théocratiques d'Innocent III, et Philippe le Bel, le conflit ne pouvait manquer d'éclater. En ce début du XIVe s., la France apparut comme le champion de la politique « moderne », fondée sur la séparation du temporel et du spirituel. Désireux de manifester l'unité du royaume autour de lui, Philippe le Bel convoqua pour la première fois les états généraux (1302). Après l'attentat d'Anagni (sept. 1303) auquel Boniface VIII ne survécut pas, Philippe le Bel obtint l'élection d'un pape français, Clément V, qui vint s'installer à Avignon, sous surveillance française (1309). La notion d'hégémonie française se substituait à celle de l'empire chrétien. Non content d'accroître le domaine royal de la Champagne, de Lyon, et de devenir roi de Navarre, Philippe le Bel tenta de confisquer la Flandre. Battu par les milices flamandes à Courtrai (1302), il prit sa revanche à Mons-en-Pévèle (1304) et put du moins annexer presque toute la Flandre wallonne avec Lille, Douai et Béthune. 00020000105C0000621D 1055,La guerre de Cent Ans et le relèvement français (1328/1483) Les trois fils de Philippe le Bel montèrent successivement sur le trône : Louis X le Hutin (1314/16), Philippe V le Long (1316/22) et Charles IV le Bel (1322/28). Chacun ne laissa que des filles (Jean Ier le Posthume, fils de Louis X, ne vécut que quelques jours) : c'est alors que fut adoptée la coutume, confirmée par les états généraux, d'écarter les femmes du trône. En 1328, à la mort de Charles IV, s'éteignit la branche des Capétiens directs. Le roi d'Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, pouvait prétendre au trône mais le sentiment national était déjà assez fort pour qu'Édouard fût écarté, en sa qualité d'étranger, par les seigneurs français qui appuyèrent l'avènement d'un cousin des derniers rois, Philippe VI de Valois (1328/50). La France et l'Angleterre étaient alors rivales dans les Flandres. Le roi d'Angleterre, en un temps où s'affirmaient les monarchies nationales, ne pouvait enfin supporter sa position de vassal à l'égard du roi de France pour ses possessions de Guyenne. De ce long conflit (v. CENT ANS, guerre de) qui épuisa le pays sur le plan matériel mais contribua à faire éclore le sentiment d'une unité nationale, le pouvoir royal sortit finalement renforcé. Le développement de l'État moderne se fit en France, contrairement à ce qui se produisit en Angleterre, sur le mode d'une centralisation toujours accrue. La guerre avait précipité le déclin de l'ancienne noblesse féodale. La libération de la France avait été essentiellement l'uvre du roi Charles VII (1422/61), d'une fille du peuple comme Jeanne d'Arc et d'un bourgeois comme Jacques Cur, le « grand argentier » de Charles VII. La tentative de réaction nobiliaire connue sous le nom de Praguerie avait complètement échoué (1440) et, bien que Charles VII, jusqu'à la fin de son règne, ait été en butte aux révoltes du dauphin (futur Louis XI), il put doter la monarchie d'un embryon d'armée permanente (les compagnies d'ordonnance, 1445) et d'une fiscalité assurant des revenus réguliers (taille, aides, gabelle). À l'égard de l'Église, accentuant encore la politique menée jadis par Philippe le Bel, Charles VII posa les fondements durables du gallicanisme par la pragmatique sanction de Bourges (v.), en 1438, qui limitait les pouvoirs de la papauté dans le royaume. Devenu roi, Louis XI (1461/83) tourna le dos à sa jeunesse orageuse : pour briser la coalition des grands féodaux (guerre de la ligue du Bien public, 1464/65), il s'appuya plus que jamais sur la bourgeoisie des villes qui vit ses franchises étendues. Le domaine royal continua de s'accroître (annexion de l'Anjou, du Maine, de la Provence) et le pouvoir royal poursuivit son évolution vers l'absolutisme. Mais à l'E. et au N., le puissant duché bourguignon, l'État le plus brillant de l'Europe du XVe s., menaçait la royauté française (v. BOURGOGNE). Au cours de sa lutte contre Charles le Téméraire, Louis XI commit beaucoup d'erreurs (la découverte de ses intrigues secrètes avec les Liégeois rebelles devait lui valoir d'être retenu prisonnier à Péronne (v.), en 1468), mais il réussit à se tirer de tous les mauvais pas par une diplomatie pleine de ruse et grâce à l'aide des Suisses, qui écrasèrent le Téméraire à Grandson et à Morat (1476). Du riche héritage bourguignon, Louis XI ne recueillit toutefois que le duché de Bourgogne et la Picardie (traité d'Arras, 1482), le reste passant aux Habsbourg par le mariage de la fille du Téméraire avec le futur empereur Maximilien Ier. La disparition de l'État bourguignon fut un événement lourd de conséquences : à la lutte du roi contre le vassal trop puissant et trop brillant succéda l'antagonisme de la France et des Habsbourg qui, pendant plus de deux siècles, jeta l'Europe dans une série de guerres. La seule opposition importante se trouvait encore dans le duché de Bretagne, devenu indépendant depuis la victoire de Jean IV à Auray en 1364. Charles VIII (1483-1498) allait réduire militairement l'indépendance bretonne (bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, 1488) avant de contraindre la duchesse Anne à l'épouser (1491) ; elle épousa ensuite son successeur, Louis XII. 000200000EB300007272 EAD,La France et l'Europe de Charles VIII à Henri II (1483/1559) Cette période s'ouvre avec les guerres d'Italie, dernier épisode du Moyen Âge et s'achève avec la première phase de la rivalité de la maison de France et de la maison d'Autriche. C'était une preuve frappante de la rapidité du relèvement français que le royaume, à peine sorti des dévastations de la guerre de Cent Ans, pût se lancer dans une entreprise telle que la conquête de l'Italie. Il est vrai que les expéditions de Charles VIII (1483/98) et de Louis XII (1498/1515) occupèrent surtout la noblesse, sans charger le peuple, qui ne s'intéressait guère à ce conflit lointain. Charles VIII décida de faire valoir les droits que son père, Louis XI, avait hérités de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. Pour se rendre les mains libres, il restitua le Roussillon à Ferdinand le Catholique et la Franche-Comté et l'Artois (acquis par Louis XI en 1482) aux Habsbourg. Accueilli triomphalement à Rome (déc. 1494) puis à Naples (févr. 1495), Charles VIII se heurta à une vaste coalition groupant Venise, le pape Alexandre VI, l'empereur, Milan et Ferdinand le Catholique. Le roi put tout juste revenir en France, grâce à la furia francese qui décida de la victoire de Fornoue (juill. 1495). À son tour, Louis XII voulut conquérir non seulement Naples mais le Milanais, auquel il prétendait comme héritier de Valentine Visconti. Malgré les exploits de Gaston de Foix (Ravenne, 1512) et de Bayard, les Français, après des alternances de défaites et de victoires, furent complètement chassés d'Italie par la Sainte Ligue (v.) qu'animait le pape Jules II (1512). La France paya fort cher sa participation aux guerres d'Italie : elle fut envahie au N. par les Anglais, à l'E. par les Suisses, au S. par les Espagnols, mais Louis XII put enfin conclure la paix (1514). Son successeur, François Ier (1515/47), ne songea d'abord qu'à venger les échecs militaires précédents et remporta, sur les Suisses, la grande victoire de Marignan (sept. 1515) qui valut à la France, outre la possession du Milanais, l'alliance des Suisses qui signèrent une « paix perpétuelle ». Mais la guerre d'Italie changea de caractère en 1519, avec l'élection impériale de Charles Quint qui, maître de l'Espagne, d'une grande partie de l'Italie, des possessions des Habsbourg, de l'Allemagne et des Flandres, faisait peser sur la France une menace d'encerclement. En face de l'énorme puissance impériale, François Ier résista avec la dernière énergie. La lutte commença par une série de revers : n'ayant pu obtenir l'alliance d'Henri VIII d'Angleterre (entrevue du Camp du Drap d'or, 1520), la France perdit le Milanais, et François Ier fut vaincu et fait prisonnier à Pavie (24 févr. 1525). Emmené captif en Espagne, il dut signer le traité de Madrid (1526) par lequel il renonçait à l'Italie et cédait la Bourgogne (comme l'espérait le roi, les états de Bourgogne refusèrent de reconnaître le traité). Appuyé par les décisions du lit de justice de 1527, François, à peine libéré, répudia ses engagements et reprit la guerre. Profitant des difficultés de Charles Quint, le Roi Très Chrétien n'hésita pas à s'allier avec les princes protestants allemands (1531) et même avec le sultan turc Soliman le Magnifique (1535). La g
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