FRANC-MAÇONNERIE
Société secrète répandue dans une grande partie du monde. Se réclamant d'un idéal de liberté et de tolérance, elle se donne pour objet la recherche de la vérité et le perfectionnement de l'humanité. Ses membres sont groupés en « loges ». Les origines de la franc-maçonnerie sont mystérieuses et en partie légendaires. Des traditions diverses la font remonter à la construction du temple de Jérusalem par Salomon, aux mystères de l'Égypte et de la Grèce, aux sectes gnostiques des débuts de l'ère chrétienne, aux templiers, à l'ordre des Rose-Croix. Il semble à peu près certain qu'elle est issue des corporations de maçons du Moyen Âge, comme le rappellent les noms des trois premiers grades de la franc-maçonnerie (apprenti, compagnon, maître) et certains symboles maçonniques empruntés à l'art de bâtir : le tablier de peau, la truelle, l'équerre, le compas. Comme toutes les associations professionnelles, ces corporations comportaient des secrets de métier qu'elles transmettaient à leurs membres. Dans les lieux où ils travaillaient et formaient leurs élèves, les maçons fondaient des loges qui n'étaient pas seulement des ateliers, mais des lieux de repos où l'on échangeait des idées. Quand les corporations de maçons, en raison des transformations économiques et sociales, perdirent leur principale raison d'être, elles subsistèrent en admettant des membres honoraires, appelés en anglais accepted masons, par opposition aux maçons professionnels ou operative masons. C'est en Angleterre, dès le Moyen Âge, que les corporations de maçons prirent une particulière importance. C'est là, dès le début du XVIIe s., qu'apparurent les premiers « maçons » étrangers à la profession. Dès 1600, on trouvait inscrit à la loge d'Édimbourg un noble écossais, John Boswell, laird d'Auchinleck. Par une lente évolution, les corporations maçonniques se transformèrent ainsi en sociétés de pensée. On fait habituellement commencer la franc-maçonnerie moderne à la fondation, en juin 1717, de la Grande Loge de Londres, dont le premier grand maître fut Anthony Sayer, remplacé en 1719 par George Payne. La rédaction des Constitutions of the Free-Masons fut l'uvre du révérend James Anderson, en 1723. Deux faits caractérisèrent la franc-maçonnerie anglaise : a) d'une part, l'influence exercée immédiatement par la haute aristocratie. En 1721, le duc de Montagu fut élu grand maître et, parmi les grands maîtres, on a compté jusqu'au XXe s. huit futurs souverains : George IV, Édouard VII, Édouard VIII et George VI d'Angleterre ; Oscar II et Gustave V de Suède ; Frédéric VIII et Christian X de Danemark ; b) d'autre part, la Grande Loge de Londres ne montra aucune hostilité à l'égard de la religion, bien au contraire. Les Constitutions d'Anderson faisaient obligation aux francs-maçons d'obéir à la loi morale et ajoutaient qu'un franc-maçon ne pouvait jamais être « un athée stupide ou un libertin irréligieux ». Toutefois, du fait des divisions religieuses de l'Angleterre à cette époque, la franc-maçonnerie anglaise fut ouverte à des hommes de toutes confessions, et les Juifs y furent admis vers 1723. La Grande Loge de Londres étendit peu à peu son influence sur toute l'Angleterre. La Grande Loge d'Irlande fut fondée en 1725, la Grande Loge d'Écosse en 1736, et, dès les années 1730, la franc-maçonnerie se répandait en Inde britannique, dans les Antilles et dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord. Elle s'installa également sur le continent : à Madrid en 1728, puis en Allemagne en 1733 ou 1737 (loge de Hambourg), au Portugal (1735), aux Pays-Bas (1735), en Suisse (1740), au Danemark (1745), en Italie (1763), en Belgique (1765), en Russie (1771), en Suède (1773). C'est un aristocrate jacobite anglais, le comte de Derwentwater, qui introduisit la franc-maçonnerie à Paris vers 1725 et la Grande Loge de France fut fondée en 1732. Elle attira des aristocrates « éclairés » et eut parmi ses grands maîtres le duc d'Antin (1738/43), le comte de Clermont-Tonnerre (1743/71) et le duc de Chartres à partir de 1771. Dans les pays latins, où l'Église catholique bénéficiait d'une prééminence absolue, l'esprit de la franc-maçonnerie évolua rapidement vers l'anticléricalisme. Le simple fait d'admettre des hommes de confessions différentes, sur la base d'une simple morale déiste, devait d'ailleurs éveiller la méfiance de l'Église. Dès 1738, le pape Clément XII condamna la franc-maçonnerie par la bulle In eminenti. Cette condamnation devait être réitérée par Benoît XIV (bulle Providas de 1751), par Pie VII (1821), Léon XII (1825), Pie VIII (1829), Grégoire XVI (1832), Pie IX (1846, 1865 et 1869), Léon XIII (1884 et 1902), Pie XI et Pie XII en maintes circonstances. L'adhésion à la franc-maçonnerie entraînait même une excommunication ipso facto, prononcée par le souverain pontife lui-même. À la suite d'une scission intervenue dans la maçonnerie française, fut fondé en 1773 le Grand Orient de France qui afficha tout de suite des tendances nettement rationalistes et s'efforça de coordonner et d'appliquer les idées des philosophes. La franc-maçonnerie a incontestablement contribué à préparer le terrain de la Révolution française. Elle a étendu son emprise sur toute la France. Cependant, son rôle a été exagéré, car à côté d'elle se développaient de nombreuses autres sociétés de pensée. La franc-maçonnerie française dut d'ailleurs suspendre ses activités pendant la Révolution, et le duc d'Orléans Philippe Égalité qui fut le premier grand maître du Grand Orient de France, périt sur l'échafaud. Sur l'initiative de Roeltiers de Montaleau, elle se reconstitua sous le Consulat. Napoléon Ier n'accepta pas pour lui la grande maîtrise, mais il la fit conférer à son frère Joseph Bonaparte. Cambacérès et Lacépède furent les principaux dignitaires du Grand Orient. Celui-ci, réuni à la Grande Loge de France en 1799, s'en sépara de nouveau en 1805. Durant tout le XIXe s., la franc-maçonnerie joua un rôle politique occulte considérable en France. Le Grand Orient devint un des centres de la propagande rationaliste et, à partir du second Empire, républicaine. En 1877, à l'exemple du Grand Orient de Bruxelles, il rompit complètement avec les traditions religieuses de la franc-maçonnerie britannique. La franc-maçonnerie fut supprimée en Allemagne par Hitler qui lui reprochait d'être une société internationale où les Juifs exerçaient une grande influence. Elle fut également interdite en France par le gouvernement de Vichy de 1940 à 1944. La franc-maçonnerie se reconstitua dans toute l'Europe occidentale à la Libération, mais sans exercer à nouveau en France l'influence politique qui avait été la sienne sous la IIIe République.
FRANC-MAÇONNERIE. Association initiatique non secrète mais fermée, dont les membres (ou « frères ») sont unis par un idéal de fraternité et de solidarité et qui se reconnaissent à des signes gardés secrets. L'institution maçonnique a, selon certains, pour origine une confrérie de maçons constructeurs (bâtisseurs de cathédrales au Moyen Âge) et garde, en souvenir de ce passé, des emblèmes comme le tablier, l'équerre et le compas. La franc-maçonnerie « spéculative » (moderne) est apparue en Grande-Bretagne au XVIIe siècle et en France au XVIIIe siècle où fut fondé le Grand Orient (1773). Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les idées républicaines et la philosophie positiviste gagnèrent le Grand Orient en France qui inspira la politique anticléricale de la Troisième République. Ayant rayé de ses Constitutions l'obligation de croire au Grand Architecte de l'Univers, le Grand Orient de France fut considéré comme schismatique par la Grande Loge d'Angleterre et les autres Grandes Loges du monde. La Grande Loge de France, créée en 1913 et qui prit ce nom en 1948, resta fidèle à la franc-maçonnerie traditionnelle.
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- franc.
- maçonnerie.
- Au moment où il va faire sauter le pont sur lequel s'engage une colonne de blindés ennemis, un franc-tireur s'aperçoit qu'un groupe d'enfants s'y engage aussi de l'autre côté. Que fera-t-il ? Rédigez le monologue délibératif qui précéderait de quelques secondes sa décision.
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