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FONTENELLE Bernard Le Bouvier de. Écrivain français


FONTENELLE Bernard Le Bouvier de. Écrivain français. Né le 11 février 1657 à Rouen, mort le 9 janvier 1757 à Paris. Fils d'un avocat et neveu des Corneille par sa mère, il fit ses premières études au Collège des Jésuites, puis son droit, mais, inscrit au barreau, ne plaida qu'une fois, une cause que d'ailleurs il perdit. Son premier voyage à Paris, en 1674, fut suivi de nombreux autres, mais il ne s'établit définitivement dans la capitale qu'en 1687. C'est au Mercure galant, rédigé alors par son oncle Thomas Corneille et par Donneau de Visé, qu'il fit ses débuts littéraires, en mai 1677, avec des poésies intitulées L'Amour noyé et Elégie du ruisseau à une prairie. Il se croyait un génie dramatique et en resta persuadé toute sa vie, malgré les cuisants échecs que connurent ses premières oeuvres, Psyché (1679), comédie lyrique, Bellérophon (1679), opéra-ballet, toutes deux sur une musique de Lulli, et Aspar (1680), tragédie à la représentation de laquelle, si l'on en croit Racine, on employa pour la première fois le sifflet. Fontenelle était en revanche fort apprécié dans les salons, chez Mme de la Sablière, Mlle de Scudéry, Ninon de Lenclos, où il charmait les femmes par sa conversation spirituelle et toujours parfaitement délicate. Bel esprit, avec des coquetteries un peu désuètes, habitué dès sa jeunesse à rimer des vers galants, compliqués, ingénieux et subtils, il se sentait parfaitement a l'aise au milieu du renouveau de préciosité qui se produisait alors à Paris. Dès ses Dialogues des morts (1683) cependant, se manifestent son originalité et son indépendance de pensée, cachées toutefois par la froide sérénité de la forme. La même année parurent le Jugement de Platon et les Lettres galantes du chevalier d'Her... , qui remportèrent un succès considérable, mais dont Fontenelle a toujours nié d'être l'auteur : c'était, pour le style, « du Benserade tout pur », mais l'attaque ne visait rien moins que l'institution du mariage, consacrée par la religion. Peu après, avec les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), Fontenelle allait trouver sa place véritable, on ne peut dire de vulgarisateur — la qualité du public auquel il s'adressait comme sa propre qualité d'écrivain l'interdisent — mais d'intermédiaire entre les savants et les gens du monde. Pour reprendre les expressions de Sainte-Beuve, il faisait « entrer les vérités de Copernic dans une enveloppe à la Scudéry », il offrait « des vérités, bonbonnière à la main, absolument comme on offrirait des dragées et des pastilles ». Il s'imposait aussi par la sûreté et la diversité (mathématiques, géométrie, physique, astronomie, chimie, médecine) de ses connaissances, et par le sentiment tranquille qu'il avait d'un progrès du monde moderne; comme Voltaire un siècle plus tard avec Newton, il faisait pénétrer dans la mentalité de son temps la nouvelle vision du monde résultant des découvertes de Copernic et de Descartes. En 1686 et 1687, paraissent deux livres qu'on peut considérer comme la première manifestation nette de l'esprit nouveau qui allait triompher au XVIIle siècle : L'Origine des fables, où les mythes religieux des Anciens sont regardés comme autant d'inventions de la niaiserie humaine, et VHistoire des oracles . En 1687, lorsque Perrault, par la lecture, lors d'une séance extraordinaire de l'Acadé-mie, de son poème Le Siècle de Louis le Grand , déclencha la fameuse querelle des Anciens et des Modernes, c'est dans le camp de ces derniers que se rangea Fonte-nelle : son Traité sur la nature de l'églogue (1688) est une impitoyable critique de Théocrite et dans sa Digression sur les Anciens et les Modernes (1688), il affirme la supériorité de ses contemporains sur Homère, Platon, Démosthène, car, « étant montés sur leurs épaules, nous voyons plus loin qu'eux ». Cette attitude ne facilita guère son entrée à l'Académie Française. Il n y fut admis qu'après quatre échecs, en mai 1691, et fit, en guise de discours de réception, un panégyrique enthousiaste des Modernes. C'est encore cette querelle — autant que la guerre entre les partisans de Corneille et ceux de Racine et enfin de vieilles rancunes à venger — qui l'amena peu après à refuser sa voix à La Bruyère qui se vengea en faisant, dans ses Caractères , un féroce portrait de Fontenelle, sous le nom de Cydias. Après la publication des Poésies pastorales (1688) et la représentation, avec succès, des tragédies lyriques Thétis et Pélée (1689) et Enée et Lavinie (1690), Fontenelle abandonna pendant une trentaine d'années la littérature de divertissement : alors commença la deuxième, et la meilleure époque de son talent. Cartésien dégagé de toute idée préconçue, toujours homme de salon et homme d'esprit, mais épuré de son faux goût, membre de l'Académie des Sciences en 1697, Secrétaire perpétuel de cette Académie en 1699, reçu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1701, il consacra la plus grande part de son temps à sa correspondance avec divers savants étrangers, et surtout à la rédaction de son Histoire du renouvellement de l'Académie Royale des Sciences en 1699 (1715) et de ses soixante-dix Eloges des Académiciens (1715). Bien que pendant ses fonctions de secrétaire de l'Académie des Sciences il n'eût publié qu'un livre, Eléments de la géométrie et de l'infini (1727), il ne parvenait pas à contenir sa manie d'auteur dramatique; les tragédies se succédaient, également froides et médiocres .Macate (1720), Le Tyran (1724), Abdalonime (1725), Henriette (1740), Lysia-nasse (1741), etc. En 1742, il achevait une Vie de M. Corneille avec l'histoire du théâtre français jusqu'à lui, à laquelle il travaillait depuis 1685. Heureux vieillard, toujours aussi brillant dans le trait d'esprit (mais c'était maintenant chez la duchesse du Maine, ou Adrienne Lecouvreur, ou Mme de Tencin, ou Mme Geof-frin, ou Mme Helvétius), un peu intimidé devant les audaces du nouveau siècle, il restait jaloux de son indépendance et avait refusé les richesses, les dignités et même la place de Président perpétuel de l'Académie des Sciences que le Régent lui offrait. Sa longévité — il est mort centenaire, à un mois près — paraît symbolique. Plus complètement que Fénelon, Fontenelle fait la transition entre le XVIIe siècle et le XVIIIe. Trop « honnête homme », il fut révolutionnaire à la manière des gens qui ne sauraient se passer de la vie de société, c'est-à-dire simplement paradoxal. Mais personne n'a été aussi savant avec autant de clarté et d'élégance. ? « Cydias [Fontenelle] est bel esprit : c'est sa profession. Il a une enseigne, un atelier, des ouvrages de commande, et des compagnons qui travaillent sous lui : il ne vous saurait rendre de plus d'un mois les stances qu'il vous a promises, s'il ne manque de parole à Dosithée, qui l'a engagé à faire une élégie; une idylle est sur le métier, c'est pour Crantor qui le presse, et qui lui laisse espérer un riche salaire. Prose, vers, que voulez-vous. Il réussit également en l'un et en l'autre... C'est en un mot un composé du pédant et du précieux, fait pour être admiré de la bourgeoisie et de la province, en qui néanmoins on n 'aperçoit rien de grand que l'opinion qu'il a de lui-même.» La Bruyere. ? « Que je vous plains; ce n'est pas un coeur que vous avez là dans la poitrine, c'est de la cervelle, comme dans la tête. » Mme de Tencin, à Fontenelle. ? « Fontenelle est autant au-dessus des autres hommes par son coeur qu'au-dessus des hommes de lettres par son esprit. » Montesquieu. ? « Fontenelle mérite d'être regardé par la postérité comme un des plus grands philosophes de la terre, et malgré leurs défauts, la plupart de ses ouvrages ne devraient jamais périr... C'est à lui, en grande partie, qu'on doit cet esprit philosophique qui fait mépriser les déclamations et les autorités pour discuter le vrai avec autorité. » Vauvenargues. ? « Le premier parmi les savants qui n 'ont pas eu le don de l'invention. » Voltaire. ? « Fontenelle a accueilli en lui toutes les connaissances, toutes les influences; il a simplement laissé, en toute sérénité, chaque affirmation peser en son esprit son juste poids; il est apparu à ses contemporains comme une énigme, parce qu'il les transformait, sans qu'ils pussent rendre compte de cette force étrange et tout intérieure qui laisse le visage et les yeux immobiles : le calme sourire de la raison. » Carré.