FOLLAIN Jean. Ecrivain français
FOLLAIN Jean. Ecrivain français. Né à Canisy (Manche) le 29 août 1903, mort à Paris le 10 mars 1971. Son grand-père maternel était notaire, son grand-père paternel instituteur, son père professeur au collège de Saint-Lô où il fit ses études secondaires et obtint le prix d'excellence en douzième et en philosophie. Il gardera toujours un souvenir précieux de cette période d'avant la guerre de 1914, où il était plongé dans un monde attaché aux traditions et au protocole, ravi par les promenades solennelles du dimanche à travers la campagne. Après un séjour à Leeds en Angleterre, il fait à Caen ses études de droit avec un succès et une application si remarquables que ses réponses, excellentes, arrachèrent un jour des larmes à un vieil examinateur. En 1923 premier voyage à Paris, où il s'installe en 1924 et où il fait un stage chez un avoué. Il s'inscrit en 1927 au barreau de Paris où il exercera jusqu'en 1952. Sa vie est partagée entre la pratique attentive du droit, des errances à travers Paris, le souci du cérémonial et de la dignité (son premier achat parisien fut celui d'un habit), enfin la littérature qui était pour lui une constante et minutieuse recherche. Il se lie très tôt avec les peintres et les poètes rassemblés par Fernand Marc, autour de la revue Sagesse, où il publie ses premiers poèmes. Il fait la connaissance de Salmon, Reverdy, Mac Orlan, Fargue, Guégen, Armen Lubin, Max Jacob, Pierre Minet. En 1932 il collabore à la Nouvelle Revue française, à Commerce, à Europe. Mariage en 1934 avec Madeleine Denis, fille de Maurice Denis, peintre elle-même sous le nom de Dinès. En 1940 il est mobilisé comme canonnier dans la D.C.A. à Châteaudun. En 1951 il quitte le barreau pour exercer la fonction de magistrat au tribunal de grande instance de Charleville. S'ouvre une période de longs voyages, en 1957 en Thaïlande et au Japon, en 1960 au Brésil et au Pérou, en 1960 aux États-Unis, en 1967 en Côte-d'Ivoire et au Sénégal, en 1969 à Sainte-Hélène. Il a quitté la magistrature et a cessé toute activité professionnelle en 1961. Il est tué le 10 mars 1971 à 24 h 10 par une voiture, quai des Tuileries. Ses ouvrages, assez nombreux, comportent des recueils de poèmes parmi lesquels Usage du temps (1943), Exister (1947), Territoires (1953), Tout instant (1957), et des livres de notations en prose, entre autres Paris (1935), Canisy (1942), Chef-lieu (1950), Collège (posth., 1973). Il fut plus d'une fois honoré par des prix littéraires et obtint en 1970 le Grand Prix de poésie de l'Académie Française. En dépit de la grande estime et de l'admiration qui lui furent toujours accordées, on n'a pas tout à fait compris l'importance de son oeuvre. Celle-ci se distingue de façon catégorique de toutes les compositions littéraires de son époque sans s'y opposer le moins du monde, comme si son auteur n'en avait pas connaissance. Jean Follain, mondain aussi bien que solitaire et attentif aux moindres choses et aux moindres êtres, méfiant mais voué à la confiance et à la bonté, soucieux de précision autant que de rêves, ne se laisse à aucun moment classer ni saisir et on a pu le prendre pour un fantaisiste ou un original dont la plume savante transcrit heureusement les événements les plus divers et les plus secrets. En fait, pour donner le sens de cette sorte d'abîme qu'il creuse en littérature, beaucoup plus étonnant que les manifestations surréalistes ou futuristes, il faut le rattacher à des poètes comme Limbour, Thomas, Char, Lubin, Robin, lesquels, eux-mêmes souvent laissés à l'abandon, présentent ce caractère commun de renoncer à toute idée suivie, pour se livrer à des notations fragmentaires, au mépris de la composition et au bénéfice de certaines visions soudaines tout à fait uniques et d'une vérité criante. Jean Follain pour sa part a commencé par s'intéresser à des observations toujours divergentes, saisissant d'abord par exemple dans Paris la présence d'une terre ancestrale sous les pavés, et des souvenirs lointains dans l'esprit des passants ordinaires. Puis il s'est passionné pour toutes les démarches rituelles, en particulier celles de l'Église. Ce n'était pas simple curiosité mais le sentiment que ces rites, comme les détails d'une observation commune, laissaient filtrer par leur fragmentation l'éclat d'une intelligence insoupçonnée et même une sorte d'appel de l'éternité. Comme pour les poètes cités plus haut, comme pour Rimbaud, c'est notre salut qu'il semble souvent mettre enjeu. Croyant, incroyant, Jean Follain se livre, selon l'expression de Grosjean, à une « incertitude confiante ». Et c'est alors qu'apparaît entre les témoignages de la mort, des crimes, de la guerre, de la médiocrité même dont il désigne sans cesse les obstacles, une rupture saisissante par où s'annonce une purete sans doute indicible mais irrécusable. Jean Follain, refusant toute allusion transcendante, qu'elle soit métaphysique ou religieuse, se bornant à rapporter ce qu'il a regardé et ce qui se passe d'ordinaire ou de sensationnel, a été confronté comme malgré lui à une contradiction essentielle entre la fragilité de nos instants et l'étonnement de les voir s'affirmer en dépit de tout et même durer dans un présent qu'on ne parvient pas à effacer («Le présent fulgure »). Bien loin de profiter de ces dissociations éblouissantes qui lui livrent une espérance pour ainsi dire sacrée, il demande à ses mots de serrer toujours au plus près les objets, les gestes qui marquent les limites de toute vie et de toute prétention. C'est au cours de cet exercice patient et presque rituel que surgissent soudain des éclairs, que ce soient les clous chez un quincailler, la grâce d'une chevelure ou d'un corps de jeune fille. L'affaire capitale, c'est qu'on a la certitude que ces apparitions, comme les paroles mêmes de Follain, deviennent les médiatrices d'une merveille encore lointaine mais nécessaire.