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FLÉCHIER Valentin Esprit

FLÉCHIER Valentin Esprit. Prédicateur français. Né à Pemes, dans le comtat Venais-sin (aujourd'hui Vaucluse), le 19 juin 1632; mort le 16 février 1710 à Nîmes. Issu d'une famille d'artisans, il entre à seize ans dans la congrégation de la Doctrine Chrétienne, qui l'emploie d'abord dans l'enseignement; il est quelque temps professeur de rhétorique à Narbonne. Mais, des dissensions l'opposant aux supérieurs de son ordre, il vient à Paris, se mêle à la vie mondaine, est accueilli à l'hôtel de Rambouillet et, par le gendre de la marquise, obtient en 1661 une place de lecteur du Dauphin. En 1665, il assiste aux Grands Jours d'Auvergne, sur lesquels il a laissé des Mémoires sur les Grands Jours d'Auvergne . Ses prédications commencent à connaître le succès : Fléchier allait se révéler particulièrement grâce à ses Oraisons funèbres , et les premières — celles de la duchesse de Montausier en 1672 et de la duchesse d'Aiguillon en 1675 — lui valurent une telle renommée qu'il fut élu à l'Acadé-mie en 1673, et reçu le même jour que Racine. Un an plus tard, lorsqu'il prononça l'oraison funèbre de Turenne, Flechier se trouvait à son apogée; et pourtant, mis en rivalité avec Bossuet pour les oraisons funèbres de Marie-Thérèse et de Michel Le Tellier, il ne parvint pas à s'égaler à l'Aigle de Meaux. Louis XIV, qui avait déjà donné à Fléchier la charge d'aumônier de la Dauphine, le nomma, en 1685, évêque de Lavaur : « Je vous ai fait un peu attendre une place que vous méritiez depuis longtemps, lui dit le roi, mais je ne voulais pas me priver si tôt du plaisir de vous entendre. » Deux ans plus tard, en 1687, Fléchier prit le siège de Nîmes, au lendemain de la révocation de l'Edit de Nantes, dans une province à très forte minorité protestante. Le nouvel évêque s'empressa de modérer l'action rigoureuse de l'intendant de province, et ses Mandements, ainsi que ses Lettres pastorales (recueillis et édités ensemble pour la première fois en 1826), obtinrent de grands résultats. On vit alors que ce prêtre mondain était pénétré d'esprit évangélique : ainsi, pendant la disette de 1709, il distribua des sommes considérables aux protestants comme aux catholiques, sans aucune discrimination de confession. L'originalité de Fléchier, c'est surtout sa constante préoccupation littéraire. Il contribue à restaurer le beau langage. Il est habile, ingénieux. On craint parfois qu'il ne soit que cela, plus homme de lettres qu'homme d'Eglise, plus soucieux de plaire par ses phrases que de prêcher et de sauver son auditoire. Rarement énergique (sauf dans les passages saillants de son oraison funèbre de Turenne) mais toujours élégant, habitué de l'hôtel de Rambouillet, il a les qualités aimées des précieuses : une irréprochable pureté, un art singulier de manier les artifices de style, l'antithèse en particulier. ? « Ses qualités et ses défauts se retrouvent en ses oraisons funèbres. Il enchaîne les développements par d'adroites transitions et satisfait le goût par la justesse des idées et l'harmonie des phrases; mais il se plaît trop à l'équilibre des images, à la symétrie des antithèses. Ici et là le luxe de style distrait l'attention, au détriment du défaut. » Mgr Grente.