FLANDRE, Vlaams Gewest
Région historique du nord-ouest de l'Europe, s'étendant le long de la mer du Nord, entre les bouches de l'Escaut et l'Artois. Elle forme une partie de la province néerlandaise de Zélande, les provinces belges de Flandre-Orientale et de Flandre-Occidentale, ainsi qu'une partie du département français du Nord. Les origines du comté de Flandre (jusqu'au XIe s.) La lutte pour l'indépendance contre la France (XIIe/XIVe s.) Des ducs de Bourgogne au XVIIIe s. La Flandre contemporaine Les origines du comté de Flandre (jusqu'au XIe s.) Cette région basse, très marécageuse, dont le nom, apparu vers le VIIIe s., signifierait « terre inondée ». Elle était occupée, au Ier s. av. J.-C., par deux peuples celtes, les Ménapiens à l'E., les Morins à l'O., qui furent soumis par César et englobés dans la Belgique. À partir du IVe s. de notre ère, le pays fut occupé par les Francs Saliens, dont la langue est à l'origine du flamand actuel. À l'époque mérovingienne, la Flandre fit partie de la Neustrie. Elle fut évangélisée au VIIe s. par st Amand, st Bertin et st Vaast. Dès l'époque romaine, la région des bouches de l'Escaut avait connu un important trafic maritime avec la (Grande-) Bretagne, puis avec la Germanie, par les bouches de l'Elbe et de la Weser. Cette activité souffrit des invasions du Ve s. mais ne fut pas arrêtée. À l'époque carolingienne, alors que le grand commerce avait déjà à peu près disparu dans tout le reste de l'Europe, il continua à fleurir en Flandre, mais les invasions normandes y mirent fin dans la seconde moitié du IXe s. Après avoir fait partie de la Lotharingie (traité de Verdun, 843), la Flandre passa définitivement dans la zone de la Francie occidentale par le traité de Mersen (870). C'est en 862 qu'apparaît pour la première fois le comté de Flandre constitué par Charles le Chauve en faveur de son gendre, Baudouin Ier Bras de Fer (862/79). Au début du XIe s., sous Baudouin IV le Barbu (988/1035) et Baudouin V de Lille (1035/67), le comté de Flandre commença à s'étendre vers l'est, sur les terres impériales des bouches de l'Escaut. Baudouin V réussit à tenir en respect l'empereur Henri III et, en 1056, se fit concéder la Zélande, le pays des Quatre-Métiers et la région d'Alost, qui formèrent la Flandre impériale. Les comtes de Flandre furent ainsi vassaux à la fois du roi de France et de l'empereur germanique. Une première union personnelle de la Flandre et du Hainaut fut réalisée en 1051, par le mariage du futur Baudouin VI avec Richilde, comtesse de Hainaut ; mais, à sa mort (1070), l'héritage de son fils, Arnould III, fut contesté par son oncle, Robert le Frison, qui, après avoir battu et tué Arnould à Cassel (1071), devint comte de Flandre (1071/93). Son fils, Robert II (1093/1111), fut un des chefs de la première croisade. La lutte pour l'indépendance contre la France (XIIe/XIVe s.) Dans les premières années du XIIe s., deux facteurs nouveaux intervinrent dans l'histoire flamande : d'une part, l'ingérence française, d'autre part, le réveil du commerce maritime, qui, par les importations de laines anglaises et espagnoles, allait permettre l'essor de la grande industrie drapière flamande, dont les principaux centres ont été Ypres, Gand, Bruges, Arras, Douai. L'assassinat de Charles le Bon (1127) mit fin à la première dynastie comtale. Le roi de France Louis VI chercha alors à imposer son candidat, Guillaume Cliton, de la famille des ducs de Normandie, mais, il se heurta à une vive résistance des Flamands et ce fut un cousin de Charles le Bon, Thierry d'Alsace, qui prit la couronne comtale (1128/68). 000200000DD700000E01 DD1,La Flandre jouait maintenant un rôle international ; son territoire, qui s'étendait à l'E. sur la Flandre impériale, comprenait, à l'O., Lille, Douai et Arras ; sa puissance maritime lui permit de participer aux deuxième et troisième croisades, et d'intervenir à plusieurs reprises contre les Maures, en Espagne et au Portugal. Lorsque Philippe d'Alsace mourut sans enfants (1191), le roi de France Philippe Auguste essaya vainement de confisquer le comté, qui passa au beau-frère du dernier comte, Baudouin V de Hainaut (Baudouin VIII en Flandre, 1191/94), lequel réunit ainsi la Flandre et le Hainaut. Son fils et successeur, Baudouin IX (1194/1205), joua un grand rôle dans la quatrième croisade et devint empereur de Constantinople. Comme il ne laissait que deux filles, Philippe Auguste profita des difficultés dynastiques pour affaiblir la puissance flamande : il maria Jeanne de Constantinople (1205/44) à un étranger, Ferdinand ou Ferrand de Portugal, en espérant trouver en celui-ci un vassal docile de la France. Mais Ferdinand se fit le champion des intérêts flamands, s'allia avec Jean sans Terre et l'empereur Othon IV, et attaqua Philippe Auguste qui le battit et le fit prisonnier à Bouvines (1214). Toutefois, le roi de France n'osa confisquer le comté de Flandre, comme le lui eût permis le droit féodal. À la mort de Jeanne de Constantinople, la Flandre passa donc à sa sur, Marguerite de Constantinople (1244/80) dont les mariages successifs avec Bouchard d'Avesnes puis Guillaume de Dampierre provoquèrent une guerre sanglante entre les d'Avesnes et les Dampierre. Ce fut Saint Louis qui imposa sa médiation ; par le « dit à Péronne » (1256), il fut décidé que la Flandre resterait aux Dampierre et le Hainaut aux d'Avesnes. Cependant, les riches villes flamandes commençaient à être agitées par des désordres sociaux ; le parti populaire des artisans et des chefs des métiers voulait secouer la domination patricienne. Le fils de Marguerite, le comte Guy de Dampierre (1278/1305), qui était en même temps comte de Namur, se montrait un vassal dangereux pour Philippe le Bel. À l'intérieur, il s'appuyait sur le parti populaire des klauwaerts, ce qui assura par voie de conséquence, au roi de France la sympathie des oligarchies patriciennes flamandes qu'on appela les gens du lis, les leliaerts. Comptant sur l'appui de l'Angleterre, Guy de Dampierre se révolta en 1297 contre Philippe le Bel, mais il se vit abandonné par ses alliés, et les Français firent la conquête de la Flandre qui fut rattachée à la Couronne (1301). Contre une domination détestée et qui, de plus, lésait gravement leurs intérêts économiques liés à ceux de l'Angleterre, les Flamands se révoltèrent : après les « matines de Bruges » (18 mai 1302), les milices flamandes mirent en déroute la chevalerie française à la bataille de Courtrai (11 juill. 1302). La paix d'Athis-sur-Orge (1305) rendit ses comtes à la Flandre mais permit à Philippe le Bel d'annexer toute la Flandre wallonne, avec Lille, Douai, Béthune et Orchies. Bruges se révolta en 1328 contre le pouvoir comtal mais fut écrasée avec l'aide des Français et durement châtiée. La guerre de Cent Ans allait poser des problèmes aigus à l'économie flamande : la Flandre était vassale du roi de France, mais son économie vivait du travail des laines anglaises. En restant fidèle à son suzerain Philippe VI de Valois, le comte Louis de Nevers (1322/46) prenait une décision qui risquait de paralyser l'activité flamande : ce fut la cause de la révolte de Gand (déc. 1337), (v. GAND). 000200000D0100001BD2 CFB,Des ducs de Bourgogne au XVIIIe s. À la mort de Louis de Male, la Flandre passa à sa fille, Marguerite et à son mari, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui rétablit la paix intérieure par le traité de Tournai (1385). C'est la maison de Bourgogne, et particulièrement Philippe le Bon (1419/67), qui devait tirer profit des richesses flamandes tout au long du XVe s. En 1477, à la mort de Charles le Téméraire, le comté de Flandre échut à sa fille, Marie de Bourgogne, à laquelle les communes flamandes, dirigées par Gand, arrachèrent le « grand privilège de pardeçà », qui supprimait les conseils établis par les ducs de Bourgogne (11 févr. 1477). Malgré une certaine décadence économique, la Flandre connut encore une période de richesse culturelle symbolisée par sa très grande école de peinture. Le mariage de Marie de Bourgogne et de l'archiduc Maximilien, célébré à Gand en août 1477, fit passer la Flandre dans l'orbite des Habsbourg, ce qui fut une des causes du conflit de cette maison avec la France. Le traité de Madrid (1526) brisa les derniers liens de vassalité qui subsistaient entre la Flandre et la France. Incorporée par Charles Quint aux Dix-Sept Provinces qui formèrent le cercle de Bourgogne (1549), la Flandre resta catholique et espagnole. Mais les conquêtes françaises réduisirent considérablement son territoire sous le règne de Louis XIV. La France annexa successivement Gravelines (traité des Pyrénées, 1659), tout l'Artois et la Flandre gallicante, avec Lille et Douai (traité d'Aix-la-Chapelle, 1668), Cambrai (traité de Nimègue, 1678). Le traité d'Utrecht (1713) fit passer l'ancienne Flandre espagnole à l'Autriche. Conquise par les armées de la Révolution en 1794, la Flandre fut annexée à la France jusqu'en 1814 et forma les départements de la Lys (chef-lieu Bruges) et de l'Escaut (chef-lieu Gand). La politique napoléonienne du Blocus continental favorisa le renouveau de l'industrie drapière. Donnée en 1814 au royaume des Pays-Bas, la Flandre resta à la Belgique en 1830. La Flandre contemporaine À la francisation systématique qui avait marqué la période d'annexion à la France, sous la Révolution et l'Empire, succéda, lors de l'intégration au royaume de Hollande, une réaction qui, de 1819 à 1822, fit du néerlandais la langue exclusive de l'administration et de la justice dans les provinces flamandes. Or, jusqu'au début du XXe s., la bourgeoisie flamande parlait presque exclusivement le français. C'est pourquoi, lors de l'indépendance de la Belgique, les constituants libéraux de 1831 imposèrent le français comme langue officielle dans tout le royaume. À partir de 1840 se développa une campagne pour le bilinguisme officiel, qui prit toute son ampleur sous le règne de Léopold II (1865/1909). Les catholiques se firent les défenseurs des revendications flamandes et la loi De Vriendt-Coremans de 1898 rendit au flamand son rang de langue officielle, à égalité avec le français. Beaucoup de Flamands se contentaient encore d'affirmer leur particularisme dans le domaine culturel et littéraire (fondation, en 1893, de la revue Van nu en straks par August Vermeylen ; uvres de Vermeylen, de Streuvels, de K. Van de Woestijne) mais, dès les premières années du XXe s., apparurent également des revendications politiques en faveur d'une large autonomie des provinces flamandes. 0002000006E0000028CD 6DA,Durant l'occupation de 1914/18, des « frontistes » collaborèrent avec les Allemands. Aux élections de 1919, les nationalistes flamands entrèrent pour la première fois à la Chambre ; leur action, animée d'abord par le professeur Daels, s'amplifia rapidement, et, au cours des années 1930, se constituèrent deux groupements principaux : le Vlaams national verbond (VNV) de Staf Declercq et le Verdinaso, de tendance nationale-socialiste, dont le chef, Joris Van Severen, fut abattu par les Français durant la retraite de 1940. Sur le plan linguistique, la flamandisation de l'université de Gand fut acquise dès 1930, et, en 1935, fut adopté l'unilinguisme (rédaction de tous les actes officiels en flamand dans les régions flamandes). Durant l'occupation allemande de 1940/44, beaucoup de nationalistes flamands collaborèrent avec le Reich. Après la dernière guerre, la Flandre, qui connaissait une croissance démographique beaucoup plus rapide que la Wallonie et qui devenait la principale région économique du pays, s'insurgea devant les inégalités de fait dont elle restait victime. En janv. 1989, un statut véritablement fédéral était adopté qui transférait d'importantes compétences aux régions et communautés linguistiques nouvellement créées, satisfaisant une revendication essentielle des Flamands. La région et la communauté flamandes virent leurs pouvoirs accrus avec la réforme constitutionnelle de 1993. Considérée par les nationalistes comme une simple étape vers l'indépendance, la fédéralisation n'entama pas la poussée des revendications séparatistes. Le bon score du Vlaams Blok, parti ultranationaliste, aux élections législatives de 1991 et de 1995, confirmait cette tendance. Voir BELGIQUE. De la querelle linguistique à l'État fédéral.
Liens utiles
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