Databac

Eugène IV, Gabriele Condumaro (Venise 1383-Rome 1447) ; pape [1431-1447].

Eugène IV, Gabriele Condumaro (Venise 1383-Rome 1447) ; pape [1431-1447]. Vénitien d'origine, E. est élu pape à environ cinquante ans, le 3 mars 1431. Créé par son parent, le pape Grégoire XII, évêque de Sienne (1407) et presque aussitôt cardinal (1408), il a pris part au concile de Constance qui a déposé Jean [XXIII] et Benoît [XIII] et ratifié l'abdication de Grégoire XII (1415) avant d'élire Martin V (1417), dont le futur E. reçoit le gouvernement de la marche d'Ancône et de Bologne. À la mort de Martin V, E. est vite choisi pour lui succéder, tout juste avant l'ouverture d'un nouveau concile à Bâle. Les tensions se font vite évidentes entre le pape et la dernière grande assemblée conciliaire médiévale, qui prétend gouverner collectivement l'Église (« conciliarisme »). Après un coup de force manqué et des hostilités de deux ans, E. cède d'abord (déc. 1433). Engageant une vaste réforme de l'Église et de la fiscalité pontificale, le concile commence pourtant à lasser, par la confusion qui règne dans l'assemblée. Il rend le jeu plus facile au pape : E. tente et réussit une nouvelle épreuve de force en décrétant le transfert de l'assemblée de Bâle à Ferrare, où se rend une partie, toujours plus nombreuse, des participants (fin 1437-début 1438). Les irrédentistes demeurés à Bâle, de plus en plus coupés de la hiérarchie épiscopale, s'engagent dans une voie périlleuse en déposant E. (janv.-juin 1439) et en suscitant un nouveau schisme par l'élection du pieux duc de Savoie Amédée, qui prend le nom pontifical de Félix [V]. L'Église officielle fait de Félix V un antipape (il se démet en 1449), et de l'assemblée de Bâle un « anticoncile ». La collaboration entre le pape et les autres pères a désormais la voie libre au concile de Ferrare qui se prolonge à Florence (1439) : depuis 1434, c'est dans la ville toscane que le pape a surtout résidé, occasion de multiples contacts entre la Curie et le plus actif foyer de l'humanisme occidental. Ées négociations avec l'Église grecque occupent la première place et aboutissent, par l'entremise de Bessarion, au décret d'union de juillet 1439, aussi spectaculaire qu'éphémère ; la croisade bientôt lancée contre les Turcs (1443-1444) s'achève par le désastre de Varna. A l'intérieur des États pontificaux, en butte à une agitation endémique et confrontés à l'instabilité politique croissante de la Péninsule, E. est encore moins heureux. Très vite en butte aux Colonna et à Francesco Sforza, il n'a pu résider à Rome entre 1434 et 1443, et c'est encore à Florence qu'il se trouve quand il meurt, le 23 février 1447. Occupé à affermir le pouvoir pontifical au sortir de la double crise du Grand Schisme et du conciliarisme, et à reconstituer un semblant de fiscalité pontificale, E. a dû sans cesse différer une réforme véritable de l'Église catholique, réforme qui était devenue depuis quelques décennies un thème fort dans la chrétienté.

Liens utiles