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épistolaire (genre)

épistolaire (genre)
Genre très ancien de la correspondance.
Commentaire
Bien que ce genre fut pratiqué dès l’Antiquité par les Latins, la France ne le connut qu'à la Renaissance avec les traductions des Lettres de Cicéron, de Sénèque et de Pline le Jeune. Ces ouvrages présentaient le double intérêt de faire connaître plus intimement un grand écrivain et de proposer la peinture vivante d’une époque, son journal quotidien. De là naquirent, au xviie siècle, les œuvres délicates de Mme de Sévigné, au xviiie siècle, les Lettres philosophiques de Voltaire, et les romans par lettres de J.-J. Rousseau (Julie ou la Nouvelle Héloïse) et de Choderlos de Laclos (les Liaisons dangereuses). De nos jours, outre l’intérêt littéraire qu'elles présentent, les points de vue qu’elles développent, les lettres de nos grands auteurs sont un des supports privilégiés de la critique littéraire.
Exemple
Je vous écris avec un serrement de cœur qui me tue ; je suis incapable d’écrire à d’autres qu’à vous parce qu'il n’y a que vous qui ayez la bonté d’entrer dans mes extrêmes tendresses. (Mme de Sévigné, Lettres, 123.)
Citation
Dès qu’il adopte la formule des correspondants multiples, le roman par lettres est conduit à édifier des structures d’ensemble dont la note dominante est l’entrecroisement des lignes, la fragmentation du discours, les ruptures de ton, le continuel déplacement du point de vue. (Jean Rousset, Forme et signification, le Roman par lettres.)

EPISTOLAIRE adj. - Qui a trait à la correspondance par lettres. La littérature épistolaire est un genre en soi. On a publié après leur mort la correspondance d’un Baudelaire, d’un Flaubert ou d’un Mallarmé. Leurs lettres se sont révélées des documents décisifs pour la compréhension de leurs œuvres, mais, plus que cela, on peut considérer qu’elles font partie intégrante de ces œuvres tant s’y manifestent les mêmes qualités littéraires. Cela est encore plus vrai si on considère des écrivains plus anciens. Au XVIIe siècle, en l’absence de toute presse véritable, la correspondance fait office de moyen de communication et d’information. Les lettres sont destinées à être lues non seulement par leur destinataire, mais par toute la société qui les entoure. Elles perdent donc au moins en partie leur caractère intime, un véritable souci de l’écriture s’y manifeste, qui les fait accéder au rang d’œuvres littéraires authentiques. Parmi tous les épistoliers du XVIIe siècle, la marquise de Sévigné est sans doute celle qui a su le mieux et le plus abondamment illustrer cet art particulier d’écrire. Elle est l’auteur de plus d’un millier de lettres - pour la plupart adressées à sa fille -et qui seront publiées au XVIIIe et au XIXe siècle. Cet ensemble imposant compose comme une chronique en laquelle se mêlent la vie d’une femme et celle de la société tout entière. Au siècle suivant, Voltaire laissera une correspondance encore plus impressionnante par son volume et par son impact : il sera l’auteur de plus de dix mille lettres adressées à plus de sept cents correspondants, aussi bien des princes que des proches. La correspondance est, pour Voltaire, une des formes de l’engagement et de l’action : elle lui permet de diffuser ses idées à travers l’Europe. Certaines lettres seront publiées de son vivant en volume, ainsi les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, rédigées au cours de l’exil de Voltaire en Grande-Bretagne, et qui sont autant un grand reportage sur ce pays qu’une méditation sur la liberté économique, politique et religieuse. Les transformations de la structure sociale - la disparition des salons - et le surgissement de nouveaux moyens de communication - développement de la presse et de l’édition, invention du téléphone - ont pratiquement fait disparaître aujourd’hui le genre épistolaire.
—► Epistolaire (roman)

ÉPISTOLAIRE (roman) — Roman par lettres. Le roman épistolaire se présente comme un ensemble de lettres échangées par les différents personnages. Le genre a été particulièrement populaire au XVIIIe siècle et il a donné naissance au moins à trois grands romans français : Les Lettres persanes de Montesquieu, La Nouvelle Héloïse de Rousseau et Les Liaisons dangereuses de Laclos. Pour la littérature étrangère, on retiendra essentiellement Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. On affirme quelquefois que le principal intérêt du roman épistolaire est de faire pénétrer le lecteur dans l’intimité des personnages : ceux-ci semblent se confier directement dans leurs lettres comme ils le feraient à un ami ou à un confident et sans que l’expression des sentiments semble passer par la médiation de l’auteur du roman. Cependant, la grande force du roman épistolaire paraît résider plutôt dans l’éclatement du point de vue et de la narration qu’il autorise, anticipant ainsi sur les constructions les plus modernes du roman contemporain. L’histoire n’est plus relatée à partir d’un point de vue unique - celui d’un personnage central ou d’un narrateur omniscient -, mais de manière polyphonique : plusieurs points de vue se juxtaposent ou s’affrontent sans qu’on puisse véritablement décider de la position que l’auteur et le lecteur doivent adopter par rapport à eux. Ainsi dans Les Lettres persanes de Montesquieu. De nombreux personnages y dialoguent, proposant chacun sa vision propre de ces deux mondes opposés que constituent le sérail persan et la société européenne. Montesquieu peut ainsi nous montrer la même réalité envisagée sous un angle différent selon les personnages que, tour à tour, il met en scène, alternant, grâce à ce procédé, récit et analyses, anecdotes et démonstrations.