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DU BOS Charles. Critique français

DU BOS Charles. Critique français. Né à Paris le 27 octobre 1882, mort à La Celle-Saint-Cloud (Seine-et-Oise) le 5 août 1939. Pensionnaire à l'Êcole Gerson, il fit ses premières études au Lycée Janson de Sailly où il se lia avec Jean-Louis Vaudoyer et le futur philosophe Joseph Baruzi. Spontanément attiré par tout ce qui était anglais (sa mère était d'ailleurs d'origine britannique), il souhaita, au retour d'un voyage à Venise (1900), être envoyé à Oxford, où il passa l'année 1900-1901 au collège de Balliol; il se rendit ensuite à Berlin, assista aux cours du philosophe Simmel, fréquenta le cercle des amis du poète Stefan George et se lia en particulier avec Gundolf. Ayant achevé ses années d'apprentissage d esprit européen par un séjour à Florence au cours duquel il eut de fécondes rencontres avec l'historien d'art Bernard Berenson (Du Bos préparait d'ailleurs à cette époque une thèse sur Botticelli), il entra à Paris avec une connaissance parfaite de l'anglais, de l'allemand et de l'italien qui lui permit, parallèlement à ses études de littérature française, de mener de front toute sa vie l'approfondissement de ces trois cultures. A la fin de l'année 1908, sur les conseils de l'abbé Mugnier, ancien directeur de Huysmans, Charles Du Bos commença de tenir le Journal aussi bien de sa vie intime, et surtout religieuse, que de sa vie intellectuelle : rencontres littéraires, musicales, etc. Les amitiés auront, après Dieu, la meilleure part de la vie de Du Bos, celles en particulier de Paul Bourget, de Henry James, de François Mauriac et, aux approches de 1914, du jeune groupe de la Nouvelle Revue française , avec Jacques Rivière, Jean Schlumberger, Henri Ghéon et André Gide. C'est seulement à trente-sept ans, en 1919, que Du Bos laissa publier un écrit de lui, Réflexions sur Mérimée; ce fut le début d'une production abondante, recueillie dans les sept volumes d'Approximations (1922-37) : études critiques parues dans des revues, conférences, cours littéraires faits dans des salons amis, entre autres sur William Pater (1923), sur Tolstoï (1924), sur Thomas Hardy (1925), sur Stefan George (1926), etc. Cinq entretiens sur André Gide formeront la deuxième partie du Dialogue avec André Gide (1929); les cours sur Byron et sur Benjamin Constant formeront la base des volumes intitulés : Byron et le besoin de la fatalité (1929) et Grandeur et misère de Benjamin Constant (posth. 1946). Des Extraits d Un Journal, parus en 1929, révélèrent l'effort religieux poursuivi par Du Bos depuis 1918, et qui devait trouver son accomplissement dans sa conversion au catholicisme, le 30 juillet 1927. Cependant le rayonnement de son oeuvre critique s'étendait en France et à l'étranger; depuis 1922 il était un des animateurs des rencontres de Pontigny; en janvier 1930, il créait avec son ami Mauriac la revue Vigile; en 1932, il participait activement à l'« année Gœthe », faisait une tournée de conférences en Allemagne et poursuivait son oeuvre critique avec un François Mauriac et le problème du romancier catholique (1933). Sa santé, qui avait toujours été faible, devint, à partir de cette époque, de plus en plus inquiétante et nécessita plusieurs opérations en 1935. Les difficultés matérielles d'autre part contraignirent l'écrivain à accepter de tenir un cours à l'Université Notre-Dame, et en novembre 1937 il s'embarquait pour l'Amérique. A son retour en France, au printemps suivant, ses amis Gilson et Baruzi essayèrent vainement de lui obtenir une chaire au Collège de France. Déjà d'ailleurs se confirmait la prochaine tragédie européenne qui fut l'obsession des derniers mois de la vie de Charles Du Bos. Ce que celui-ci a apporté à la littérature, ce fut avant tout une passion de comprendre, qui n'était d'ailleurs que la forme de sa passion d'aimer. Il ne pouvait parler que des oeuvres pour lesquelles il éprouvait de la sympathie, et se résignait à ignorer le reste. Critique dominée par la sensation, et qui risque de s'abandonner trop aux suggestions des nerfs, sans doute : mais l'infatigable puissance d'accueil, l'attention à toutes les inquiétudes de l'époque (indemne d'ailleurs de tout partis pris de modernité) ne relevaient point, chez un chrétien aussi authentique que Du Bos, de la légèreté du dilettantisme, mais plutôt de la charité s'épanouissant en un remarquable exemple de liberté intellectuelle. ?« Charles Du Bos, que je considère comme le plus grand des critiques français, fut obligé d'abandonner, après quelques vains essais, jusqu'à l'idée d'une oeuvre créatrice. Je suis sûr qu'il était poète et admirablement doué, mais l'activité poétique avait été paralysée par un prodigieux développement des facultés de réflexion. » Jacques Maritain. ? « On se saurait l'appeler un critique, si critiquer c'est juger et classer. Ou du moins n'agissait-il en critique qu'au départ, dans le partage qu'il établissait entre les écrivains dignes de son attention et ceux auxquels il refusait l'existence. Son parti pris de grandeur était inflexible, et il se peut que son horreur de toute vulgarité l'ait quelquefois détourné d'ouvrages qui eussent été dignes de le retenir. Il ne condamnait pas, d'ailleurs on eut perdu sa peine à vouloir lui arracher un jugement. Il avait une impuissance étonnante non pas même pour rejeter, mais pour ignorer, pour ne pas connaître. » François Mauriac.

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