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DU BELLAY Joachim

DU BELLAY Joachim. Né au bourg du Livré, en Anjou, en 1522; mort à Paris le 1er janvier 1560. Joachim Du Bellay appartenait à l'illustre famille qui, outre plusieurs capitaines, diplomates et mémorialistes, donna, en ce même XVIe siècle : Guillaume Du Bellay — sire de Langey (né en 1491, mort le 9 janvier 1543), homme de guerre, diplomate et historien —, le cardinal Jean Du Bellay né en 1492, mort le 16 février 1560, ambassadeur et humaniste, l'un des patrons du Collège de France, — et leur frère Martin —, lieutenant général de la Normandie, mort à Glatigny en 1559, oncles tous trois de Joachim. En 1545, le jeune Joachim étudia le droit à Poitiers. Là, il se lia avec l'hu-maniste Muret et avec quelques poètes latins et français, comme Jean de La Péruse, Salmon Macrin, etc. En 1547, il y fit la rencontre de Pierre de Ronsard. De ce mémorable jour date sa vocation poétique. Il suivit Ronsard à Paris pour se mettre sous la direction de Dorat, principal du collège de Coqueret. Dans ce collège, à vrai dire assez obscur, il eut la joie de découvrir de jeunes gentilshommes qui, négligeant la Cour où leur naissance leur aurait permis de briller, se consacraient avec passion à l'étude des Anciens et surtout des Italiens. Autour de Ronsard, ils s'imposaient la tâche de préparer une révolution poétique. En 1549, Du Bellay publiait la Défense et Illustration de la langue française . Cette oeuvre est le manifeste de l'école de Ronsard, autrement dit « la Brigade » (qui prendra bientôt le nom de la Pléiade). On sait que le premier article de son programme est la réhabilitation de la langue française. Se faisant le porte-parole de ses amis (Ronsard, Antoine de Baïf, Ponthus de Thyard, Rémi Belleau, Jodelle, Dorat — v. ces noms) Du Bellay demande qu'on renonce à la vieille poésie de Marot et des rhétoriqueurs, ainsi qu'aux genres à forme fixe pratiqués en France jusqu'à ce jour. Qu'on leur substitue hardiment l'élégie, l'ode, l'épopée, en bref, tous les genres qui furent en honneur chez les Anciens. Au surplus, il souhaite qu'on enrichisse la langue en créant des vocables nouveaux. Ce manifeste, comme on le sait, intéresse moins par le fond que par la ferveur qui l'anime. La même année (1549), Du Bellay publie un recueil de sonnets amoureux intitulé l'Olive. Dédié à Mlle de la Viole (dont Olive est l'anagramme) il est agréable, certes, mais passablement laborieux car il s'inspire trop de Pétrarque. Année féconde pour le poète puisqu'il donne encore les Vers lyriques et le Recueil de poésies. En 1550, deuxième édition (augmentée) de l'Olive. Du Bellay, alors, tombe gravement malade. En 1552, il publie une traduction du quatrième chant de l'Ënéide, ainsi que les Inventions et la Complainte du désespéré. Atteint de surdité comme son ami Ronsard, il est loin de jouir, comme lui, d'une santé florissante. En avril 1553, il part néanmoins pour Rome, afin d'y devenir le secrétaire de son oncle, le cardinal Jean Du Bellay. Il devait bientôt, hélas, s'en repentir amèrement. Son séjour, qui dura quatre ans, ne fut, en effet, qu'une longue suite de tracas et de soucis domestiques. Contraint de jouer un rôle subalterne, il regrette son pays natal, d'autant plus qu'il s'adapte mal aux moeurs de la cour pontificale dont il voit toute la corruption. Dégoût, ennui, tout le convie à s'enfermer dans son domaine d'élection : la poésie. Aussi écrira-t-il beaucoup. Mais ce n'est qu'après son retour de Rome (sept. 1557) qu'il publie le fruit de ses veilles. En 1558, il donne, en effet, deux nouveaux recueils de sonnets : les Regrets , où la nostalgie alterne avec la colère; puis les Antiquités de Rome , où sa voix prend un ton plus grave pour exalter tout à la fois le sentiment de la grandeur romaine et le néant de toute grandeur. Plusieurs de ces sonnets sont demeurés classiques. Et Du Bellay tenait à affirmer lui-même sa priorité comme introducteur du sonnet amoureux en France : « Si est-ce pourtant que je puis/ Me vanter qu'en France je suis/ Des premiers qui ont ozé dire/ Leurs amours sur la thusque lyre. » A ces deux livres vient s'ajouter un ensemble de petites pièces, charmantes par leur simplicité : Divers jeux rustiques . Au cours de l'année suivante (1559) le poète, dont la santé s'altère de plus en plus, se trouve avoir de graves difficultés avec sa famille. Il n'en publie pas moins, outre un Discours au Roi, l'oeuvre qui sera son chant du cygne : La Nouvelle Manière de faire son profit des lettres. Elle s'enrichit d'une satire dans le goût de Mathurin Régnier : Le Poète courtisan . Sainte-Beuve la tenait pour une de nos grandes satires classiques. Epuisé par la maladie, Joachim Du Bellay mourut subitement à Paris, le 1er janvier 1560, — il avait trente-sep ans — et fut enseveli dans le choeur de l'église Notre-Dame. On le considère comme un des plus beaux ornements de son siècle. Réputation qu'il justifie pleinement. Car s'il est loin d'avoir la puissance de Ronsard, et, disons, sa richesse et sa variété, Du Bellay paraît plus sincère dans l'expression des sentiments. Par sa sensibilité même, autant que par son pessimisme, Joachim Du Bellay introduit dans la poésie française une source nouvelle d'inspiration et, à ce titre, il apparaît en quelque manière comme un ancêtre des Romantiques. ? « Du Bellay aspirait d'abord à imiter et reproduire Horace enfonçais, l'Horace lyrique : c'était une noble et impossible ambition. Mais voilà que, sans y songer presque, il rivalise avec un Perse ou un Juvénal en ces crayons parlants, expressifs, des espèces d'eaux-fortes à la plume; il nous donne la monnaie de certaines pièces de l'Arioste; il devance Mathurin Régnier, et c'est ainsi qu'il mérite d'être appelé véritablement le premier en date de nos satiriques classiques. » Sainte-Beuve. ? « De tous les poètes du XVIe siècle, c'est le plus personnel, celui qui a mis le plus de lui-même dans ses écrits. » E. Faguet. ? « Si ce n'est pas Du Bellay qui introduisit le sonnet en France, c'est lui du moins qui l'y acclimata, qui le mit en honneur. Ronsard avait tout d'abord pindarisé; Du Bellay, lui, commença par pétrarquiser... Malheureusement, il n 'emprunte guère à Prétrarque que ses mignardises et ses subtilités. » Georges Pellissier.

DU BELLAY, Joachim (Liré, 1522-Pa-ris, 1560). Poète français de la Pléiade. Après avoir renoncé à la carrière militaire, il décida, sous l'influence de Jacques Pelletier du Mans, passionné des Anciens et de Pétrarque, de se consacrer à la poésie. Après des études au collège de Coqueret (Sainte-Barbe) (1547-1549) où il suivit les cours de l'helléniste et philosophe Jean Dorat, il rédigea le manifeste de la Pléiade, Défense et illustration de la langue française (1549). C'est à cette époque qu'il écrivit les sonnets de L'Olive (1550), sonnets à l'italienne fortement influencés par Pétrarque. Atteint de tuberculose pulmonaire et de surdité, il suivit néanmoins son cousin le cardinal Jean du Bellay chargé de mission à Rome, où il resta quatre ans. Déçu, nostalgique de son pays natal, il écrivit Les Regrets (1553), Les Antiquités de Rome (1558) et Divers Jeux rustiques, et autres oeuvres poétiques. Malade, du Bellay rentra à Paris où il mourut peu après.