
DESNOS Robert. Poète français. Né à Paris le 4 juillet 1900, mort en déportation à Térézin (Tchécoslovaquie) le 8 juin 1945. Fils d'un mandataire aux Halles et marqué par le souvenir du quartier Saint-Merri ou il a grandi, il fait des études sommaires et occupe divers emplois : commis chez un droguiste ou courtier de publicité, puis secrétaire du journaliste mondain Jean de Bonnefon. En même temps, en 1922, par ses amis Benjamin Perret et Roger Vitrac, il est introduit dans le groupe littéraire qui va bientôt se manifester par le mouvement surréaliste. De ce mouvement, il sera, temporairement, l'une des expressions exemplaires « Desnos a joué dans le surréalisme un rôle nécessaire, inoubliable », notera André Breton par la facilité avec laquelle il se prête aux expériences de l'écriture automatique, des rêves et autres « cadavres exquis », et avant d'en être exclu en 1930 en raison de ses activités journalistiques. Spécialiste de la radio à partir de 1932 et auteur, avec son ami Aléjo Carpentier, de slogans publicitaires devenus vite populaires, il est mobilisé en 1939, collabore l'année suivante au quotidien Aujourd'hui fondé par Henri Jeanson et en même temps, sous le pseudonyme de Cancale, aux publications anti-allemandes clandestines. Arrêté en février 1944, il est déporté. Son dernier poème, adressé à sa femme, sera recueilli par un infirmier tchèque qui le découvre, mourant, au moment de l'avance victorieuse des armées soviétiques : « Il me reste d'être ombre parmi les ombres... » Il est juste de reconnaître que cette mort dramatique et précoce à tronqué une oeuvre qui était loin de son accomplissement. Il est non moins pertinent d'ajouter que c'est avec raison que Desnos a été exclu de la stricte observance de l'inspiration surréaliste, car il n'y a participé que par son goût des jeux verbaux qu'il fasse parler Rrose Sélavy : « O mon crâne étoilé de nacre qui s'étiole », ou l'Aumonyme : « Notre paire quiète, ô yeux !/ que votre non soit sang (t'y fier ?) ». En fait, « piéton de Paris », des ses jeunes années, il est un compagnon errant de la grande fraternité de l'amitié et de l'amour, perpétuellement attiré par les phosphorescences de la nuit, où s'exprime l'ange du bizarre : phosphorescences dont la trace demeure, tant dans son scénario du film de Man Ray, l'Ëtoile de mer (1924) que, plus tard, dans sa « Complainte de Fantomas » (1933), composée pour la radiodiffusion : « Allongeant son ombre immense / sur le monde et sur Paris, / quel est ce spectre aux yeux gris / qui surgit dans le silence ? » Plus encore que dans les ouvrages de ses débuts et de son apprentissage les récits en prose de Deuil pour deuil (1924) et La Liberté ou l'Amour (1927), ce dernier mutilé par les tribunaux pour cause d'érotisme le meilleur de son inspiration est à rechercher dans ses recueils poétiques, Corps et biens (1930) et Fortune (1942), où se reflète la quotidienneté d'une vie constamment fidèle aux impulsions sentimentales, tout autant que dans des pages anciennes rassemblées, posthumes, dans Domaine public (1953) et Nouvelles Hébrides (1978) : mythologies d'une époque triste-heureuse, qu'illustraient les chansons d'Yvonne George à l'Empire, l'apparition du jazz hot et les flonflons du Bal Nègre de la rue Blomet, à deux pas du domicile où Desnos rêvait parmi ses chats... Le dernier de ses livres que le poète ait pu voir publiés est un récit sur la drogue, Le Vin est tiré (1943) : ultime message de celui qui, comme son Corsaire Sanglot de Deuil pour deuil, se voulait « témoin attentif des événements dont la rue, espérons-le, sera le théâtre ».