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DAUDET Alphonse


DAUDET Alphonse. Ecrivain français. Né à Nîmes le 13 mai 1840, mort à Paris le 15 décembre 1897. Enfant précoce, impressionnable, de santé délicate, il coula d'abord d'heureux jours sous le soleil de Provence : vie vagabonde qui ne l'empêcha pas de se montrer bon éleve au lycée de Lyon. Sa famille étant loin de vivre dans l'aisance, il fut contraint de se faire maître d'étude au collège d'Alais. Si peu apte qu'il fût à ce triste métier dont il ne pouvait rien attendre, il ne dut pas moins l'exercer pendant deux ans. Mais en 1857, grâce à son frère aîné, Ernest, il put s'évader de cet enfer. Sûr déjà de sa vocation, il monta bravement à Paris pour y tenter la fortune littéraire. Il n'eut pas à s'en repentir : ayant publié, en effet, l'année suivante (1858), un recueil de vers, Les Amoureuses, il obtint un tel succès qu'il vit s'ouvrir a lui les colonnes de plusieurs journaux. Sa vie matérielle étant ainsi assurée, il se tourna vers le théâtre pour donner trois petites pièces : La Dernière idole (1862), Les Absents (1863) et L'oeillet blanc (1864). Mais, en secret, depuis longtemps, il travaillait surtout à l'oeuvre qui allait le rendre célèbre du jour au lendemain : ces Lettres de mon Moulin (1866) dont la prose ailée n'a peut-être pas son égale dans tout le siècle. Ce chef-d'oeuvre contient en germe la fameuse trilogie que Daudet allait bientôt consacrer à sa cnère Provence natale. Trilogie qui demeure la partie la plus durable de son oeuvre : Tartarin de Tarascon (1872), Tartarin sur les Alpes (1885) et Port-Tarascon (1890). Mais c'est en 1868 que Daudet devait publier son premier roman : Le Petit Chose, lequel acheva de le mettre en pleine communication avec le public. Sa réputation étant solidement assise, il collabore de plus belle à plusieurs journaux : Le Figaro, Le Moniteur, L Illustration, etc. Ayant toujours eu le goût du théâtre, il tire des Lettres de mon Moulin, en 1872, L'Arlésienne, drame en trois actes à jamais inséparable de la musique de Georges Bizet. On sait que ce fut un triomphe. L'année suivante, en 1873, il publie ses fameux Contes du lundi, livre qui fit autant pour sa gloire que ses écrits sur la Provence. Bien qu'il se soit toujours senti en exil dans la capitale, il a consacré maints romans à décrire les moeurs parisiennes. Ayant été pendant cinq ans le secrétaire particulier du duc de Morny, il put ainsi observer bien des types d'humanité. Il donna d'abord Fromont jeune et Risler aîné (1874). Puis vinrent Jack (1876), qui s'apparente au Petit Chose par son côté sentimental, Le Nabab (1877), Les Rois en exil (1879). Son labeur de romancier ne l'empêchait pas d'assister à toutes les premières, puisqu'il fut le chroniqueur dramatique du Journal officiel de 1874 a 1880. Ses autres romans parisiens sont : Numa Roumestan (1881), L'Evangéliste (1883), Sapho (1884), L'Immortel (1885), La Petite paroisse (1895). Ajoutons un roman posthume, Soutien de famille (1898). Osons-le dire : hormis Sapho et L Evangéliste, ces romans parisiens ne sont pas ses ouvrages les plus réussis : le trop d'improvisation y gâte souvent, en effet, l'économie du récit et la profondeur des caractères, malgré la tendre émotion qui s'y donne carrière. Bien que la devise de l'écrivain ait été « d'après nature » (conception qu'il avait empruntée des Goncourt), il ne saurait être tenu pour un naturaliste de stricte obédience. Certes, il se fonde sur la plus stricte observation de la réalité — la plupart de ses romans étant, dans une certaine mesure, des romans à clef. Ce souci fut toujours le sien. Mais il est loin d'être objectif à la manière d'un Flaubert ou d'un Zola. Car il n'a pas cru, en effet, qu'il suffisait au romancier d'être exact pour être vrai. Étant doué de la plus vive sensibilité, il ne peut guère raconter que ce qui est propre à l'émouvoir. Sensibilité très humaine qui le portait sans cesse à défendre le faible contre le fort. Cet amour des humbles l'apparente à Charles Dickens. S'il n'a peut-être pas la nature d'un grand créateur, il n'en possède pas moins à fond le sentiment de la vie, tous les dons d'un conteur de race, et un style qui tout à la fois, comme dit justement Thibaudet, « fait voir, fait vivre et fait plaisir ». C'est parce que ce style était inimitable que Daudet n'a point fait école. Aux oeuvres citées plus haut, il faut ajouter : Souvenirs d'un homme de lettres (1888), Trente ans de Paris (1888) et La Doulou (1900), journal posthume ou il note avec stoïcisme les atroces progrès d'un mal incurable. Il avait épouse Mlle Julie Allard (1847-1940) qui fut jusqu'à sa mort sa secrétaire fidèle et dont il eut deux fils : Léon, né à Paris le 16 novembre 1867, mort à Saint-Denis-de-Provence le 30 juin 1942 (v. l'article qui lui est consacré); et Lucien, né en 1883, mort le 16 novembre 1946. On doit à ce dernier, outre des romans, une Vie d'Alphonse Daudet (1941), Dans l'ombre de l'impératrice Eugénie (1936) et Autour de soixante lettres de Marcel Proust (1952), dont il fut l'ami intime. Alphonse Daudet fit partie de l'Académie Goncourt depuis sa fondation. ROLAND PURNAL. ? « Certes, le style de Daudet est limpide et facile, mais il est aussi très courant, souvent pauvre, et il abonde en formules toutes faites et en procédés descriptifs et narratifs. » Benedetto Croce.