DANTE ALIGHIERI
DANTE ALIGHIERI. Né à Florence en mai 1265, mort à Ravenne le 14 septembre 1321. Le plus grand poète de l'Italie, et l'un des plus grands des temps anciens et modernes. Avec la Divine Comédie, il a donné aux Italiens et à l'humanité entière une oeuvre éclatante de poésie, emplie de tout l'idéal de la civilisation chrétienne. Son père, Alighiero di Bellincione, descendait des Cacciaguida (première moitié du XIIIe siècle); on ignore encore l'ascendance de sa mère, Bella. Dante avait à peine dix-huit ans que déjà il était fort savant en grammaire, logique, rhétorique; il rimait en langue vulgaire. Avant de mourir, en 1283, son père avait prévu, d'accord avec Manetto Donati, qu'il épouserait Gemma, fille de Manetto. Leur union peut se placer avant 1290. Si l'on veut connaître la vie de Dante dans sa réalité, il importe de ne pas se laisser égarer par son livre : Vita nuova, dans lequel son adolescence tout entière paraît vouée à son amour pour Béatrice. A cette époque, Dante écrit des poèmes lyriques qui ne sont pas tous inspirés par Béatrice; il se fait connaître des poètes contemporains, se lie d'une étroite amitié avec Guido Cavalcanti, Lapo Gianni, Cino da Pistoia, et complète ses études de rhétorique sinon sous l'enseignement direct de Brunetto Latini, du moins selon ses conseils; il se rend à Bologne (1287), où professaient des maîtres experts dans les « arts libéraux ». En juin 1289 il prend part au combat de Campaldino où Florence et la ligue guelfe écrasèrent les Gibelins toscans; deux mois plus tard il assiste à la reddition du château de Caprona tenu par les Pisans. Sa polémique avec Forese Donati v. Rimes doit se situer aux environs de 1290; les deux amis échangèrent, sur le ton le plus grossier, injures et accusations. Ainsi la jeunesse de Dante abonde-t-elle en péripéties; toutes ses expériences le font participer activement à l'agitation des nobles Florentins. Mais, par-dessus tout, c'est son amour pour Béatrice qui marque le plus profondément la formation de son génie poétique. Il commença de chanter cet amour selon le mode ordinaire de la poésie courtoise de l'école sicilienne et de l'école bolonaise (Guittone d'Arezzo), développant ses sentiments et son expérience de poète au contact du cercle aristocratique des poètes contemporains (les tenants du dolce stil nuovo) qui se reconnaissaient pour maître le Bolonais Guido Guinizelli. Mais, en même temps que Dante constatait que son inspiration amoureuse différait essentiellement de celle de ses amis, il perfectionnait peu à peu sa technique poétique avec son incomparable dolce stil nuovo. La mort de Béatrice, alors dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté, accentua, sublima chez Dante le processus d'idéalisation de la femme aimée, déjà en puissance tandis que Béatrice vivait encore, et le poète, achevant la Vita nuova (1293-1294), se proposa la haute mission de chanter dans une grande oeuvre la sainteté de Béatrice dont il « dira ce qui jamais ne fut dit d'au- cune ». Les années qui suivirent la Vita nuova furent consacrées par Dante à l'extrême perfectionnement de sa culture littéraire et philosophique. Virgile avec l'Enéide, mais aussi Horace et Ovide furent les poètes qui, plus que tous les autres, contribuèrent à la formation de son style. Cicéron, Sénèque, Boèce furent ses auteurs préférés en morale. A ce moment, il suivait aussi des conférences théologiques et philosophiques à Santa Croce et Sta-Maria-Novella, se familiarisant avec les doctrines philosophiques et religieuses d'Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin. Ses longues études poursuivies avec ferveur, son amour de la connaissance ne l'empêchèrent pas de participer à l'activité politique de sa cité natale, plus tard, dans l'exil, il y puisa les éléments de son Banquet . Le gouvernement de Florence, l'année de la bataille de Bénévent (1266), dépendait du parti guelfe (la famille de Dante, noble bien que de fortune modeste, était guelfe). Mais la difficulté de gouverner était considérable, du fait des luttes perpétuelles entre les Grands accrochés à leurs privilèges, et le peuple « gras ou maigre ». Après 1293, quand les Ordonnances de Justice excluèrent des fonctions publiques les nobles et les Grands non inscrits aux Arts, Dante se fit inscrire aux Arts de médecine et de pharmacie (1295). Les documents qui nous ont été conservés sur l'activité de la Commune de Florence de 1295 à 1300 ne signalent pas une grande activité politique de Dante. Entre les deux factions, les Blancs et les Noirs, qui divisent les Guelfes vers la fin du siècle (les Blancs dirigés par Vieri de' Cerchi et les Noirs par Corso Donati), Dante prit parti pour les Blancs, partisans d'une politique à buts limités, pacifiques, mais jaloux de l'indépendance de Florence à l'égard des empiètements de la Curie romaine. Les Blancs l'emportèrent sur les Noirs, mais ces derniers mirent à profit les visées ambitieuses du pape Boniface VIII et s'appuyèrent sur lui dans leur lutte pour la conquête du pouvoir. Quand Dante fut élu au Conseil avec cinq autres, tous du parti des Blancs, en qualité de prieurs pour les deux mois : 15 juin -14 août 1300, la situation intérieure de la cité était fort troublée, car elle se ressentait des rencontres sanglantes survenues entre les deux factions le 1er mai. En effet, le 23 juin, peu de jours après l'élection de Dante au priorat, survint une nouvelle rixe, et la Seigneurie décida alors l'exil de sept chefs Blancs, dont Guido Cavalcanti, et de sept Noirs dont Corso Donati. La modération, l'équité dont les prieurs s'entourèrent en la circonstance ne furent d'aucune utilité; les interventions du pape en faveur des Noirs ne manquèrent pas de troubler une bonne partie de la faction des Blancs. Entre les Blancs partisans d'un compromis avec Rome et les Blancs intransigeants, Dante opta pour ces derniers après son priorat; il en devint la voix la plus autorisée, manifestant en diverses assemblées son opposition formelle à certaines exigences du pape 19 juin 1301. Peu de mois, après, le destin des Blancs fut fixé. Boniface VIII autorisa les Noirs à faire appel à Charles de Valois pour pacifier la Toscane; une ambassade des Blancs (dont Dante faisait certainement partie) auprès du pape n'aboutit à rien. Le jour de la Toussaint 1301, Charles de Valois réprima une tentative de résistance par les armes et fit son entrée à Florence. Les Noirs exilés rentrèrent dans la ville et firent le procès des Blancs. Dante fut condamné à un exil de deux ans (par contumace) hors de la Toscane, exclu de toute fonction publique et frappé d'une amende de 500 florins; la sentence, qui date du 27 janvier 1302, frappait trois autres inculpés sous le chef de trafic illicite des fonctions publiques, en particulier pour avoir utilisé les fonds publics à intriguer contre le pape et à s'opposer à l'arrivée de Charles de Valois. Dante, qui n'était vraisemblablement pas rentré à Florence lors de l'arrivée de Charles de Valois, fit défaut à l'instruction et ne parut point après le jugement, encourant ainsi la plus grave condamnation, celle de l'exil perpétuel (s'il était tombé entre les mains de la Seigneurie il eût été brûlé vif) prononcée le 10 mars de la même année. La vie douloureuse de l'exilé commença pour Dante, l'éloignant pour toujours de sa patrie. C'est dans les années qui précédèrent de peu l'exil qu'il faut placer ta crise qui troubla profondément la conscience, l'esprit, et peut-être même la foi du poète, si l'on se rapporte au passage de la Divine Comédie : « la forêt obscure », dans laquelle Dante s'était égaré à l'âge de trente-cinq ans, donc en 1300, et les reproches de Béatrice au paradis terrestre. On ne saurait opposer aucun argument valable pour dénier à Dante la réalité d'un tel égarement, ou d'une telle crise, qui devait être à la fois morale, intellectuelle et religieuse. On pourrait comprendre, dans cette période de grave trouble intellectuel et religieux, les premiers temps de son exil, le poids de l'injuste condamnation ayant dû lui paraître un signe du bouleversement de l'ordre moral et de la justice dans le monde. La première réaction de Dante devant sa condamnation fut la part active qu'il prit aux tentatives que firent les Blancs exilés et les Gibelins bannis pour rentrer à Florence par la force. Mais les milices des exilés furent battues à maintes reprises par les Noirs avec de sévères pertes, surtout à Castel Publicciano pendant l'été de 1303 et un an plus tard, en juillet 1304 à Lastra près de Fiesole. Entre ces deux batailles, Dante, découragé et en désaccord avec ses compagnons d'exil, avait commencé de s'éloigner d'eux. Ce fut pour lui la période la plus dure de son existence d'exilé, avec des moments affreux où il connut l'avilissement, les humiliations ainsi que le rapporte Leonardo Bruni citant une lettre en latin, perdue depuis, adressée au peuple de Florence en vue d'obtenir son rappel. Bruni prétend que Dante se fit « tout humble, cherchant par un bon comportement et des actions louables à recouvrer la grâce de rentrer à Florence; il se donna beaucoup de mal dans ce sens, ne se lassant pas d'écrire non seulement aux autorités mais aussi au peuple tout entier ». Il cite entre autres une lettre débutant ainsi : « Popule mee, quid feci tibi ? » La soumission fut de courte durée; bientôt une réaction salutaire de la conscience de Dante devant l'injustice lui donna une force accrue qui lui rendit supportables ses pérégrinations à travers l'Italie. Il fut accueilli d'abord à Vérone, à la cour des Scaliger, mais il était dans sa destinée d'éprouver en parcourant l'Italie « combien est amer le pain dû à la charité d'autrui, combien sont durs les escaliers qu'il faut gravir pour accéder chez des étrangers » (Paradis, XVII). En octobre 1306 il se trouvait en Lunigiane, à la cour des Malaspina; un an après, dans le Casentino, d'où il écrit à Moroello Malaspina v. Lettres envoyant une canzone : « Amour, puisqu'il faut que je me plaigne... » Cette époque est consacrée a la rédaction du Banquet et du Traité de l'éloquence vulgaire . Il est probable que Dante se trouvait à Lucques en 1308 avec sa famille, ou du moins avec certains de ses fils; un document lucquois du 21 octobre 1308 mentionne en effet comme témoin un Giovanni di Dante Alighieri, florentin. Au printemps de l'année suivante, Lucques est interdite aux exilés florentins. Le poète doit reprendre une vie errante dont nous savons peu de chose jusqu'à l'arrivée en Italie de l'empereur Henri VII de Luxembourg. Il est possible que Dante se soit rendu à Paris. L'élection au trône impérial de Henri VII (fin 1308) fit naître en Italie de grands espoirs chez les Gibelins de même que chez bien des Guelfes qui, pour une raison ou une autre, se trouvaient mécontents de la situation politique. Le pape d'Avignon, Clément V, encourageait de tels espoirs. Dante crut que l'heure était venue où l'Italie serait délivrée de tous ses maux, et se fit l'annonciateur de cette ère nouvelle de justice et de paix, adressant une lettre vibrante « au roi, aux sénateurs de la maternelle Rome, aux ducs, aux marquis, aux comtes, au peuple entier ». Henri fut reçu triomphalement à Milan, où il ceignit la couronne de fer le 6 juin 1311, mais les cités guelfes organisèrent la résistance en demandant l'aide du roi de Naples, Robert d'Anjou; Florence se montra des plus acharnées. Ce fut alors que, du Casentino, l'« exilé innocent », envoya une lettre terrible aux très-scélérats florentins (31 mars 1311). En mars 1312, Henri VU arrivait en Toscane mais, contrairement à ce qu'espérait Dante, au lieu de gagner Florence par rise, il se rendit à Rome pour y ceindre la couronne impériale. Les hostilités à son égard redoublèrent, d'autant plus violentes que le pape s'était déclaré contre lui, lui faisant défense de marcher sur le royaume de Naples. L'empereur quitta Rome, marcha sur Florence qu'il atteignit le 19 septembre 1312. Pendant quarante jours, il assiégea la ville, puis abandonna son entreprise et se rendit à Pise en vue de préparer une expédition contre Robert d'Anjou. Pendant l'été de 1313, l'armée se mit en marche; ce fut chez les Guelfes et dans toute l'Italie une vive panique, chacun redoutant une victoire de l'empereur, mais Henri VII mourut subitement a Bonconvento près de Sienne le 21 août 1313. Les Guelfes s'en réjouirent, mais tous ceux qui attendaient les bienfaits d'une paix universelle de la victoire impériale virent leurs espoirs ruinés. Dante qui, en ces années, avait abordé sur le plan théorique le problème de la distinction entre le pouvoir temporel et le spirituel, écrivit en latin son traité : La Monarchie universelle; il reprit son existence errante d'exil, tout en se consacrant à son grand poème; il est fort probable qu'il l'ait commencé entre 1308 et 1309. Il ne perdit pas l'occasion, en 1314, à la mort de Clément V, de prodiguer des avertissements et des paroles d'encouragement à propos de la question la plus irritante du moment, la situation politique et religieuse; il écrivit aux cardinaux italiens pour les mettre en garde contre l'énorme danger que faisait courir à la religion et à l'Italie le transfert du Saint-Siège en Avignon, et pour les exhorter à élire un pape qui prît pour premier objectif le retour à Rome. En mai 1315, Florence se trouvant gravement menacée par Uguccione della Faggiuola, il parut aux autorité qu'une large amnistie dont bénéficieraient les exilés pourrait servir les destinées de la ville. Pour profiter de l'amnistie il fallait payer une somme peu considérable, mais se soumettre à l'humiliante cérémonie de l'offrande à saint Jean. A un ami qui lui avait communiqué la nouvelle, Dante répondit avec une fière dignité, mais calmement, qu'un tel procédé était inacceptable. En novembre 1315, Florence renforça la sentence d'exil en le condamnant, lui et ses fils, à la peine capitale, mais Vérone et Ravenne lui offrirent un paisible asile pour ses dernières années. On ignore si sa femme put l'y rejoindre, mais nous savons que l'un de ses fils, Jacopo, obtint un bénéfice ecclésiastique à Vérone, et un autre, Pietro, dans le diocèse de Ravenne. Sa fille Antonia, qui ne fait sans doute qu'une seule et même personne avec soeur Béatrice, se trouvait au monastère de Santo Stefano degli Ulivi. A partir de 1318, Ravenne devint la résidence fixe du poète; ce fut de là qu'il adressa à Giovanni del Virgilio ses Eglogues, mais il se rendit néanmoins quelques jours à Vérone pour débattre de la Question de l'eau et de la terre. La sublime poésie que Dante élaborait dans les chants du Paradis lui laissait espérer dans ses dernières années que ses concitoyens le rappelleraient pour le couronner « poète, sur les fonts de mon baptême », mais la mort le surprit à Ravenne, dans cette vaine espérance, la nuit du 13 au 14 septembre 1321. Depuis lors, Ravenne n'a jamais voulu se dessaisir des restes du poète. XIVe siècle. ? «Dante était d'une stature moyenne et, quand il parvint à l'âge mûr, il cheminait un peu courbé. Il avait la démarche empreinte de gravité et de mansuétude; toujours il était vêtu de draps assez fins, ajustés comme il convenait à son âge. Il avait le visage long, le nez aquilin, les yeur plus grands que petits, le menton allongé, sa lèvre inférieure débordait la lèvre supérieure. Il avait le teint brun, la barbe et les cheveux épais, noirs et crépus; la figure était mélancolique et pensive... Dans ses habitudes publiques et domestiques, il était admirablement retenu et modeste, plus que tout autre courtois et civil. Il buvait et mangeait peu et constamment aux heures réglées; il louait les mets délicats et s'alimentait de mets communs... Il parlait rarement à moins qu'on ne l'interrogeât, néanmoins, quand il le fallait, il était très éloquent, avec une prononciation excellente et prompte. » Boccace. XVe siècle. ? «Oh! que je vois d'erreur la teste ceindre / A ce Dante, qui nous vient icy peindre / Son triste enfer et vieille passion ! » Mamuerite de Navarre. XVIe siècle. ? « Le triste Florentin... » Du Bellay. XVIIIe siècle. ? «J'ai lu quelque chose du Dante à grand peine; il est difficile à entendre, tant par son style que par ses allégories. Car un sublime dur / S'y trouve enveloppé dans un langage obscur. Il me paraît plein de gravité, d'énergie et d'images fortes, mais profondément tristes : aussi je n'en lis guère, car il me rend l'âme toute sombre. Cependant, je sens que je commence à le goûter, et à l'admirer comme un rare génie, surtout pour le temps où il a vécu, et comme le premier homme de l'Europe qui, dans les siècles modernes, ait vraiment mérité le nom de poète. » Président de Brosses, 1739-1740. « On ne lit plus le Dante en Europe parce que tout y est allusion à des faits ignorés... Le Dante pourra entrer dans les bibliothèques des curieux, il ne sera jamais lu. On me vole toujours un tome de l'Arioste, on ne m'a jamais volé un Dante... Vous voulez connaître le Dante ? Les Italiens l'appellent divin, mais c'est une divinité cachée : peu de gens entendent ses oracles; il a des commentateurs, c'est peut-être encore une raison pour ne pas être compris. Sa réputation s'affermira toujours parce qu'on ne le lit guère. Il y a de lui une vingtaine de traits qu'on sait par coeur; cela suffit pour s'épargner la peine d'examiner le reste. Ce divin Dante fut, dit-on, un homme assez malheureux. Ne croyez pas qu'il fut divin de son temps, ni qu'il fut prophète chez lui. » Voltaire. « Il n'est guère dans la littérature de nom plus imposant que celui de Dante. Le génie d'invention, la beauté des détails, la grandeur et la bizarrerie des conceptions lui ont mérité, je ne dis pas la première ou la seconde place entre Homère et Milton, Le Tasse et Virgile, mais une place à part... Combien de défauts son rachetés par quelques beautés vraiment, poétiques ! Et que ne doit-on pas à cet homme original, assez grand pour s'élever dans l'interrègne des beaux-arts, et s'y former à lui seul un empire séparé des anciens et des modernes !... Avec [lui], si notre religion pouvait devenir lettre morte, on se ferait chrétien, comme on se fait païen avec Homère. » Rivarol, 1783. ? «Dans le caractère de l'Alighieri, c'était l'orgueil qui l'emportait. Il se complaisait dans ses souffrances comme dans des épreuves qui montraient sa robustesse; dans ses défauts, comme s'ils étaient les compagnons inévitables de vertus aussi éloignées des chemins ordinaires; et dans la conscience de sa valeur, parce que celle-ci le fortifiait dans son mépris des hommes et des opinions... Le pouvoir de mépriser, pouvoir que beaucoup ont célébré, mais que la Nature a donné à bien peu, et dont elle fit à Dante pleine mesure, fut pour lui la source de la plus haute jouissance qui dans un esprit élevé se puisse concevoir. » Ugo Foscolo. XIXe siècle. ? « Dante tira du néant la parole de son esprit, il donna l'être au verbe de son génie; il fabriqua lui-même la lyre dont il devait obtenir des sons si beaux, comme ces astronomes qui inventèrent les instruments avec lesquels ils mesurèrent les deux. L'Italien et la Divina Commedia jaillirent à la fois de son cerveau; du même coup l'illustre exilé dota la race humaine d 'une langue admirable et d'un poème immortel. » Chateaubriand. Les poètes de nos jours... sont en possession d'une vérité partielle, incomplète; Virgile, avec la pensée de Dante, ou Liante avec les formes esthétiques de Virgile, serait le type accompli, inimitable, du Sublime et du Beau. » Donoso Cortès. ? « Il fut le chaînon vivant entre la religion et la philosophie; il rendit la religion philosophique et christianisa la philosophie en Italie; et, par cette poétique union, il jeta les bases d'une transition entre le néoplatonisme et l'aristotélisme de l'Ecole... La Divine Comédie est un système de vérités morales, politiques et théologiques, avec des illustrations personnelles arbitraires, qui ne sont pas, à mon avis, allégoriques. Cette combinaison de la doctrine et de la poésie est une des caractéristiques de la muse chrétienne; mais je trouve que Dante n'y a pas tout à fait aussi bien réussi que Milton. » Coleridge. ? « Dante a compris les réalités secrètes de l'amour mieux encore que Pétrarque... La poésie de Dante peut être considérée comme un pont jeté au-dessus du tourbillon des âges pour unir le monde ancien et le monde moderne... Dante fut le premier éveilleur d'une Europe tombée en extase; d'un chaos de barbarisme sans harmonie, il créa un langage, avec sa musique et sa conviction personnelles. Il fut le rassemblent de ces grands esprits qui présidèrent à la résurrection du savoir... Ces mots mêmes sont l'esprit de l'instinct; chacun est comme l'atome étincelant et brûlant d'une inextinguible pensée. » Shelley. ? « Dante a construit dans son esprit l'abîme. Il a fait l'épopée des spectres. Il évide la terre; dans le trou terrible qu'il lui fait, il met Satan, Puis il la pousse par le purgatoire jusqu'au ciel. Où tout finit, Dante commence... Cette oeuvre est un prodige. Quel philosophe que ce visionnaire ! Quel sage que ce fou !... Ce que Juvénal fait pour la Rome des Césars, Dante le fait pour la Rome des Papes; mais Dante est justicier à un degré plus redoutable que Juvénal; Juvénal fustige avec des lanières, Dante fouette avec des flammes; Juvénal condamne, Dante damne. » Victor Hugo. ? « Nous n'en sommes plus à Horace en fait de goût, nous en sommes à Dante. Il nous faut du difficile, il nous faut du compliqué. » Sainte-Beuve. ? « Dante n'est qu'un théologien populaire, en vers quelquefois triviaux, quelquefois sublimes, qu'on peut lire en le feuilletant comme on cherche une perle dans un tas d'écailles... Il est le poète de la nuit et des ténèbres, des apparitions qui hantant l'obscurité, des rêves qui obsèdent l'imagination de l'homme pendant que l'ombre nocturne possède la terre. » Lamartine. ? « La Divine Comédie est en quelque sorte le résultat composé de toutes les conceptions du Moyen Age, chacune desquelles à son tour résulte d'un long travail poursuivi à travers les écoles chrétiennes, arabes, alexandrines, latines, grecques, et commencé dans les sanctuaires de l'Orient. Il importerait de suivre cette longue généalogie. Il importerait de savoir combien il faut de siècles et de générations, combien de veilles ignorées, de pensées péniblement obtenues, abandonnées, reprises, transformas, pour rendre possible un tel ouvrage : ce qu'il coûte et, par conséquent, ce qu'il vaut. » Ozanam. ? < Dante est à la fois le dernier poète du Moyen Age et le premier poète moderne. » Engels. ? < Dans ce Dante... dix siècles silencieux avaient, d'une très étrange façon, trouvé une voix, La Divina Commedia c'est Dante qui l'a écrite; cependant en vérité elle tient à dix siècles chrétiens, la fin seulement en est de Dante... Dante est le porte-parole du Moyen Age : la Pensée dont on vivait alors s'élève là, en musique éternelle. Ces sublimes idées de Dante, terribles et belles, sont le fruit de la Méditation chrétienne de tous les hommes de bien qui étaient venus avant lui... Bien des choses, s'il n'eût parlé, auraient été muettes; non mortes, mais vivant sans voix. » Carlyle. ? < S'il vivait de nos jours, il serait sous-préfet du Piémont dans quelque ville volée au Pape ! » Louis Veuillot. ? « On n'ose pas dire que ça vous embête. Cette oeuvre [la Divine Comédie] a été faite pour un temps et non pour tous les temps. » Flaubert. ? « Dante, comparé à Zarathoustra, n'est qu'un croyant; ce n'est pas un créateur de vérité, un esprit souverain, un destin. » Nietzsche. XXe siècle. ? « Qu'a-t-il donc, ce Dante, pour attirer les grandes âmes ? Qu 'a-t-il à leur offrir ? Il leur offre l'expérience d'une vie complète. On le dénature quand on le fixe par une épithète saisissante dans une seule attitude. Le sombre Alighieri ! Qu'est-ce à dire ? Ceux-là peuvent se contenter de cette épithète qui se sont bornés à relire l'Enfer et n'ont pas poussé plus loin... C'est bien mal regarder que de ne voir en lui que cet âpre profil. Il faut apercevoir la grâce, l'élégance, le souvenir d 'une jeunesse aimable, active, ardente, jeunesse de jeune poète amoureux et de soldat, avec la chasse, les danses, les chevauchées, la musique, les jardins, les fleurs, la nature, le délice du paysage où tout se baigne de chaleur... Dante n 'est pas un artiste dans sa bibliothèque. Aux racines de son poème, il y a une magnifique activité. C'est un croyant, un homme politique, un penseur, un amoureux. C'est un poète au plus ardent de la mêlée humaine. Son premier conseil, c'est d'agir. » Maurice Barrés. ? < Pas une généralité que Dante ne colore d 'un rayon de peine et de joie. Sans nul effort, du reste. C'est son mouvement naturel. Il incarne et vivifie les idées abstraites parce qu'il les aime ou les hait avec force. Parce qu'il les adore humblement ou les maudit avec frénésie, il en fait des dieux, des déesses, des héros et des héroïnes de chair et d'os. Le plus intellectuel de tous les poètes est ainsi le plus émouvant. Quelque ascension qu'il fasse, il emporte toujours dans ses bras, dans son coeur, d'humbles souvenirs de la terre, parfumés et brûlants, pour en peupler son mystique ciel. » Charles Maurras.
DANTE ALIGHIERI (Florence, 1265-Ravenne, 1321). Grand poète italien du Moyen Âge. Partisan des Guelfes, favorables au pouvoir du pape en Italie, Dante participa à l'administration de Florence. Finalement écarté du pouvoir, il finit ses jours en exil à Vérone, à Lucques puis à Ravenne. Sa Divine Comédie, écrite à partir de 1306 - grande épopée mystique inspirée par son amour pour Béatrice - constitue l'un des chefs-d'oeuvre de l'humanisme chrétien du XIIIe siècle et l'une des oeuvres majeures de la littérature mondiale.