danse
danse. Les rythmes musicaux accompagnant certains mouvements plus ou moins harmonieux de l’homme sont l’expression de sa joie ou de sa tristesse, formant ce qu’on peut appeler la danse, et ils ont pris une signification religieuse dès la plus haute antiquité. Nous imaginons les danses des sorciers préhistoriques d’après les évocations que nous permettent quelques peintures ou gravures rupestres et d’après ce que nous connaissons des peuples primitifs vivant encore aujourd’hui dans les brousses d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Sud : danses accompagnant les rites d’initiations, les rites de chasses et les rites funéraires, danses des «hommes médecine» et des «chamanes», ainsi que certaines survivances dans les danses dites folkloriques, plusieurs formes de danses religieuses en Asie et quelques rares processions dansantes chrétiennes. Si la danse a bien vite pris une forme profane pour les divertissements nobles ou populaires, elle a gardé son caractère sacré dans toute l'Antiquité — chez les Hébreux, la Bible l’atteste plusieurs fois. Chez les Égyptiens, les danses accompagnaient toutes les fêtes et les processions, et même se déroulaient au milieu des cérémonies du culte, devant la déesse Hathor. Les danses gréco-romaines de caractère hiératique ont dégénéré en bacchanales (danses orgiastiques), tandis que d’autres de caractère spectaculaire ne concernaient plus que le théâtre. Mais c’est en Asie que les danses très lentement rythmées de la Chine et du Japon anciens ont gardé le plus leur caractère religieux, bien que, souvent, elles soient intégrées à un spectacle dramatique qui, lui aussi participe du sacré. Dans l’Inde ancienne, les danses étaient exécutées dans les temples et à l’occasion de fêtes religieuses. Tout ce qu’elles exprimaient par des gestes lents et des mimiques accentuées était expliqué par ce langage des mains qu’on appelle «mudra» et que les étrangers ne comprenaient pas. Toutes les indications chorégraphiques et significations religieuses ont été données dans le grand livre qu’est le Bharata-Natya-Çastra et inscrites en bas-reliefs innombrables dans le grand temple de la danse qu’est celui de Chidambaram, dédié au dieu Iva dans son aspect de Nataraja, «Roi de la danse». Ce dieu est représenté lui-même dans le tandava (danse masculine cosmique), danse exécutée encore aujourd’hui dans le même style. Les pays bouddhistes ont conservé ces danses anciennes pour certaines grandes cérémonies. Si les ballets siamois, cambodgiens et balinais, bien connus, ont pris un certain caractère spectaculaire, le «perahera» de Ceylan, les danses que les lamas tibétains exécutent lors de certaines cérémonies (le plus souvent masqués), ont gardé leur caractère essentiellement religieux. Elles rappellent en certains points les danses médiévales qui accompagnaient parfois les «mystères» joués sur les parvis des églises et dont le thème préféré était la danse macabre : allégorie féroce représentant la mort qui entraîne vers la tombe, dans une danse frénétique, des personnages de toutes conditions. Cette danse des morts a beaucoup inspiré les artistes depuis le XIVe s., où les guerres et les pestes rendaient la mort presque familière. Les représentations d’un squelette, coryphée d’un ballet fantastique, où l’on peut voir un évêque, une grande dame, côtoyant un mendiant, avaient pour but de rappeler aux chrétiens la fragilité des richesses et des honneurs. Ces allégories étaient peintes sur les murs des cimetières ou des églises. La plus fameuse «danse macabre» était à Paris celle du cimetière des Innocents, à Pise celle du Campo Santo. Celle de l’abbaye de la Chaise-Dieu est la mieux conservée, de même que celle de Bâle et celle de la petite église bretonne de Ker Maria. Le folklore chrétien conserve aussi des traditions fort anciennes de danse sacrée : la fameuse «procession dansante» du mardi de la Pentecôte à Echtemach, au Luxembourg, en est un vivant souvenir. En Abyssinie, dans certaines processions, les prêtres danseurs rythment leurs pas au son des tambours et des sistres, exécutant des mouvements avec leurs longues cannes, insigne de leur sacerdoce. Dans l’Islâm chiite, les derviches tourneurs exécutent une danse de caractère extatique (et cosmique). En Amérique latine, particulièrement au Mexique, certaines cérémonies religieuses sont accompagnées de danses. En Afrique, certaines danses sont maintenant admises au cours des célébrations catholiques.
DANSE MACABRE - Allégorie figurant la Mort entraînant à sa suite dans une danse tous les humains, sans souci de leur valeur personnelle ou de leur condition sociale. Ce type d’allégorie est particulièrement fréquent dans l’iconographie du Moyen Age tardif et de la Renaissance. La signification en est claire : il s’agit de rappeler aux individus qu’ils sont tous mortels et de les inviter de ce fait à se repentir. Le macabre existe aussi, d’une façon plus générale, en littérature. On peut qualifier, en effet, de macabre tout texte qui évoque, de manière concrète, la mort. Certaines scènes du théâtre de Shakespeare - ainsi celle qui montre Hamlet contemplant le crâne de Yorik, le bouffon défunt de la cour -, certaines nouvelles d’Edgar Poe comme « La vérité sur le cas de M. Valdemar », ou certains poèmes de Baudelaire — « Les métamorphoses du vampire », par exemple -, peuvent ainsi être considérées comme appartenant au genre macabre.