CUREL François de. Auteur dramatique français
CUREL François de. Auteur dramatique français. Né à Metz (Moselle) le 10 juin 1854, mort à Paris le 26 avril 1928. Héritier d'une ancienne famille du pays de Bar qui faisait figure dans la grande industrie, il suivit, au sortir du lycée, les cours de l'École Centrale. Ayant dû renoncer, après la guerre de 1870, à la direction de ses usines (du fait de l'annexion de la Lorraine à l'empire d'Allemagne), il fit contre mauvaise fortune bon coeur et se retira dans sa forêt des Ardennes, tant pour y chasser le sanglier que pour observer la nature, lire et méditer à loisir, car déjà il se croyait la vocation d'écrivain. Ce ne fut pourtant que vers la trentaine qu'il débuta dans les lettres en publiant un roman : L'Eté des fruits secs (1885). Quatre ans plus tard il en donnait un second : Le Sauvetage du Grand-duc (1889). Il en eût sans doute écrit d'autres s'il n'avait été arrêté par l'apostrophe de Charles Maurras, laquelle, pour être cordiale, n'en était pas moins pressante : « Au théâtre, monsieur de Curel ! » Il résolut sans plus attendre de profiter de cet avis, et n'eut pas à s'en repentir. Il fut « découvert » par Antoine, fondateur du Théâtre Libre. Ayant envoyé à ce dernier trois manuscrits sous des noms différents, il eut la joie de les voir reçus tous les trois. Sitôt jouée sa première pièce, L'Envers d'une sainte (1892), il s'assura une position exceptionnelle sur la scène française. Cette position devait se maintenir jusqu'à la fin de sa carrière. Qu'il nous suffise de rappeler le titre de ces oeuvres dont l'accent farouche est sans analogue dans notre théâtre : Les Fossiles (1892), L'Invitée (1893), L'Amour brode (1893), La Figurante (1896), Le Repas du lion (1897), La Nouvelle Idole (1899), La Fille sauvage (1902), Le Coup d'aile (1906) et La Danse devant le miroir (1914), nouvelle version de L'Amour brode. On sait que Curel avait l'habitude d'écrire tout d'une haleine. Il mit rarement plus d'un mois pour composer un de ses ouvrages. Car il croyait, non sans raison, que le théâtre, plus que tout autre art, exige une certaine promptitude dans l'exécution. Élu, le 16 mai 1918, à l'Académie Française, au fauteuil de Paul Hervieu, il fit jouer la même année L'Ame en folie. Puis, au cours de la même saison, trois autres pièces : Terre inhumaine (1922), L'Ivresse du sage (1922) et La Comédie du génie (1922). Il serait injuste d'oublier La Viveuse et le Moribond (1926) et enfin Orage mystique (1927). Dédaigneux des ficelles du métier, hostile à toute concession et séduit par les grands conflits d'idées ou de sentiments, François de Curel, tout en créant des caractères d'exception, fait en sorte qu'ils tiennent pourtant au fond de la nature humaine et leur confère, par surcroît, une dignité toute cornélienne. Son style solide, aéré, compte plus d'un morceau éclatant. « Il n'empêche, observe Thibaudet, que le théâtre de l'auteur garde aujourd'hui plus de prestige auprès des gens qui le lisent qu'auprès des familiers de la scène. Cette destinée tient avant tout à la partie dangereuse que Curel a jouée : celle du théâtre d'idées. Or, les idées font vite penser à l'école du soir... » De là vient sans doute le surnom d'Ibsen français que Curel reçut de bonne heure. ? « Un malheureux vaudevilliste perdu dans la toge du romancier, voilà M. de Curel. » Charles Maurras. ? « Jamais, il ne se montrait satisfait et lorsqu'il arrivait à ses fins, c'était à des fins seulement logiques dont le tumulte spéculatif nous laissait froid. » Gilbert de Voisins. ? « Que M. de Curel écrit mal ! » André Gide.