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CRÉBILLON (Fils) Claude-Prosper Jolyot de

CRÉBILLON (Fils) Claude-Prosper Jolyot de. Écrivain français. Né et mort à Paris (14 février 1707-12 avril 1777). Fils du poète tragique auteur d'Electre, de Rha-damiste et Zénobie, etc., il fit ses études au lycée Louis-le-Grand, où ses maîtres jésuites multiplièrent en vain leurs efforts pour l'attirer dans leur Ordre. Presque encore adolescent, il courut les théâtres et leurs coulisses, fréquenta la société du Caveau, et se mêla à un groupe de jeunes aristocrates épicuriens qui éditaient un recueil satirique, L'Académie de ces Messieurs, auquel il donna ses premiers essais. Mais, rapidement, ce fut vers le roman licencieux qu'il se tourna, genre qui faisait alors fureur, même chez les dames du haut monde. Il y mit une audace qui lui attira quelques ennuis avec les autorités : ainsi, dans l'un de ses premiers romans, L'Ecumoire ou Tanzaï et Néardané (1732), des allusions trop visibles à la bulle Unigenitus, au cardinal de Rohan, à la duchesse du Maine — à côté de méchantes pointes contre Marivaux — le firent emprisonner quelque temps à Vincennes; de même dans Le Sopha, un grotesque personnage de sultan, où les contemporains virent une caricature de Louis XV, valut à Crébillon cinq années d'exil. Mais son succès était tel qu'il rentra en grâce et fut, comme son père, en dépit de cette sorte de spécialisation qu'il s'était faite dans le genre scandaleux, nommé censeur de la librairie et chargé de veiller à la bonne moralité des oeuvres de ses confrères. Ce n'est guère pourtant que dans Les Egarements du coeur et de l'esprit ou mémoires de M. de Meilcour (1736), que Crébillon s'est donné la peine de mettre en scène une héroïne vertueuse. Une grande part du succès de ses romans tenait d'ailleurs, autant qu'à leur ton licencieux, aux innombrables allusions à des personnages contemporains, qui nous sont aujourd'hui incompréhensibles. Après avoir avoir encore donné, en 1746, Les Amours de Zeokimisul, roi des Kofirans, qui racontent sous des pseudonymes les amours de Louis XV, Crébillon renonça à l'affabulation orientale qu'il avait constamment employée jusqu'alors, et se contenta de peindre la sensualité élégante du Paris de son époque, dans des récits ou des dialogues comme : Ah ! quel conte ! (1754), La Nuit et le moment (1755), Le Hasard du coin du feu (1763) — dont Musset paraît s'être souvenu dans Un caprice. Il faut noter que cet auteur immoral mena une vie rangée et bourgeoise, qu'il vécut même un touchant roman sentimental, puisqu'une riche Anglaise, Lady Stafford, l'épousa après avoir été enthousiasmée par ses livres. De nos jours, il reste à peine un auteur « du second rayon ». Il a bénéficié de cette mode galante qui déferla de 1730 à 1750, et qu'animèrent avec lui un Duclos, un Voisenon, mais à laquelle sacrifièrent également un Voltaire ou un Diderot avec ses Bijoux indiscrets. Art d'imaginations libertines qui n'échappent pas à la monotonie, de cyniques sous-entendus, où les indécences, sous le travestissement oriental, narguent une censure d'ailleurs indulgente. Mais le style de Crébillon fils, maniéré, contourné jusqu'à l'obscur, risque fort de réduire son oeuvre au rang de curiosité d'époque : plus que chez Marivaux, c'est chez Crébillon fils qu'on trouvera la peinture la plus exacte de la société du XVIIIe siècle. ? « Si l'on estime que la littérature licencieuse est plus divertissante que beaucoup d'autres et si l'on constate que Crébillon écrit dans une très bonne langue, qu 'il est spirituel et fin, on ne peut s'empêcher de ranger ses contes parmi les oeuvres les plus agréables du XVIIIe siècle. » Kléber Haedens.