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CONFUCIUS

CONFUCIUS (K'ong K'ieou Tseu Tchong-ni, dit K'ong Fou-Tseu ou K'ong tseu). Ne en 551 av. J.-C. à Ch'ang-p'ing, dans l'actuel district de Sseû-Chouei (Chan-tong), mort dans ce lieu en 479. Confucius est la latinisation du groupe de caractères chinois K'ong fou-tseu, qui signifie: vénéré maître K'ong. Habituellement on parle de lui en l'appelant K'ong tseu. Son prénom véritable était K'ieou et son nom patronymique Tchong-ni et il appartenait à la famille K'ong. On dit qu'il était d'une taille exceptionnelle. Son père Chou-liang-hi, l'un des trois célèbres capitaines du petit royaume de Lou qui était continuellement aux prises avec les États voisins, en faisant des recherches généalogiques, avait découvert qu'il était le descendant d'un duc de Soung (commencement de la dynastie des Tcheou). Guerrier plein de valeur, Chou était doué d'une force peu commune — on rapporte qu'il maintint à lui seul levé le pont-levis d'une forteresse ennemie, permettant ainsi à ses hommes de se retirer tandis que ses adversaires tentaient de l'abaisser pour prendre les soldats au piège. Après la mort de son père qu'il perdit alors qu'il n'avait que trois ans, K'ong tseu fut elevé par sa mère qui alla s'établir à K'iu-fou (Chan-tong) et lui cacha le lieu où se trouvait la tombe de celui-ci; il ne le connut qu'après le décès de sa mère, quand une vieille paysanne le lui révéla. Sa mère, cadette de trois filles, avait épousé très jeune le général, alors qu'il avait déjà plus de soixante-dix ans. Les faits confirment que ce mariage fut un échec complet puisque les époux vécurent pratiquement séparés. Cette circonstance eut de graves conséquences sur l'esprit du philosophe qui, champion de la piété filiale, ne conserva intact dans son souvenir que la seule image idéalisée de son père. Sa famille vivant dans la misère, l'enfant fut d'abord gardien de troupeaux. Mais son origine noble, la considération dont jouissait la mémoire de son père, lui valurent de faire de bonnes études qu'il sut d'ailleurs compléter de lui-même, grâce à son immense appétit de connaissance, qui sera tempéré, plus tard, par le mépris qu'il afficha à l'égard du savoir; dès son jeune âge et bien qu'il se soit affirmé ensuite, comme le plus grand moraliste chinois, K'ong tseu eut toujours une véritable passion pour l'histoire ancienne, en particulier pour celle du millénaire qui précéda sa naissance. A dix-neuf ans, K'ong tseu se maria. Son union fut probablement loin d'être heureuse car, quelques années plus tard, il se sépara de sa femme qui mourut peu après. D'elle, il eut deux enfants, un fils nommé Li et une fille qui devait épouser un de ses disciples. Entré dans l'administration publique, K ong tseu dut se contenter d'y occuper des postes subalternes, celui de surveillant des greniers à grains, puis celui d'intendant des pacages. C'est lorsqu'il exerçait cette charge qu'il se tourna vers l'enseignement pour lequel il avait de véritables dispositions naturelles. Il n'avait que vingt-deux ans. Pendant plusieurs années, le jeune maître resta à Lou, se consacrant à l'enseignement et enrichissant ses connaissances. Après avoir porté trois ans le deuil de sa mère, morte probablement en 528, K'ong tseu se mit en route pour Lo où il se peut qu'il ait rencontré Lao-tse (vers 525) et où résidait la cour impériale. N'ayant pas obtenu l'emploi qu'il recherchait, il revint à Lou un an plus tard. Les querelles qui agitaient ce petit État eurent pour conséquence la fuite du duc de Lou qui se retira dans l'Etat voisin de Ts'i où K'ong tseu le suivit. Bien accueilli par King, duc de Ts'i, le philosophe tenta, mais en vain, de lui faire appliquer ses idées de réforme. A la suite de cet échec, K'ong tseu revint à Lou en 515 et passa les années suivantes à réunir avec ses disciples les documents qui devaient constituer la collection des écrits canoniques de l'Antiquité, jusqu'à ce que, la paix intérieure étant revenue, il pût se consacrer à promouvoir les réformes qu'il préconisait depuis longtemps. Ces idées de gouvernement lui étaient dictées par une conception idéale de l'histoire. Très tôt la ligne générale de sa pensée était caractérisée par une philosophie de l'ordre social, fondée sur un idéal historique qui, pour lui, correspondait à l'époque des débuts de la dynastie des Tcheou quand l'empereur, les princes et le peuple avaient un grand respect moral pour l'idée de l'ordre, le gouvernement, selon lui, n'ayant d'autre utilité que de maintenir chaque chose en sa place. L'époque que vivait le maître, au contraire, se caractérisait par la décadence de l'ordre social. Les princes et les nobles engagés en de perpétuelles guerres et de perpétuelles intrigues, - se faisaient appeler « roi » ; les formes, les rites et les titres nobiliaires tombaient en désuétude et se confondaient les uns avec les autres, toutes circonstances qui justifiaient le songe que nourrissait K'ong tseu d'un ordre fondé essentiellement sur la reconnaissance, par l'individu, de l'Êtat et des relations sociales. Il fit des recherches sur les moeurs des dynasties précédentes dans leurs anciennes capitales et, à l'issue de ses enquêtes, dut constater avec découragement : « On ne nous a pas transmis de données suffisantes. » Sa réputation d'archéologue était telle que lorsqu'il arrivait à quelqu'un de trouver des tibias de dinosaure ou de découvrir une ancienne flèche de pierre, K'ong tseu était toujours consulté et donnait toujours une réponse rapide. Les écrits de l'Antiquité étaient particulièrement difficiles à lire et à expliquer; K'ong tseu, grâce à sa prodigieuse culture, y parvenait aisément, ce qui lui valut d'être sans cesse sollicité par tout ce que son pays comptait d'hommes avides de savoir. La légende lui donne soixante-douze disciples, sans compter plus de trois mille fidèles. Toute sa vie, d'ailleurs, K'ong tseu, plus qu'un homme politique, fut un grand professeur; dans sa vieillesse, il publia des chansons anciennes — v. Che King — et légua à la postérité la collection de documents historiques connue sous le titre de : Chou King. L'école de Confucius était alors essentiellement une école d'historiens chercheurs aux opinions conservatrices. Pratiquement, entre trente et cinquante ans, Confucius se consacra aux études et à l'enseignement, recevant, en retour, de ses élèves, dit-on, du mouton fumé. Comme sa philosophie avait une portée politique et sociale, il desirait, bien entendu, voir mettre en pratique ses théories. Des occasions, cependant, s'étaient déjà présentées à lui dans ce sens mais il les avait repoussées comme indignes de lui. D'autres lui furent offertes, si l'on en croit l'anecdote suivante : un certain politicien ambitieux et sans scrupules, nommé Yang Hou ou Yang Ho, était si puissant qu'il put faire emprisonner et rançonner Ki, le plus en vue des nobles du royaume. Yang Hou désirait s'assurer les services de K'ong tseu et lui envoya une cuisse de porc. Embarrassé, K'ong tseu s'informa du moment où Yang ne se trouvait pas chez lui, et s'y rendit pour le remercier. Un jour Yang le rencontra dans la rue et le pressa d'offrir de mettre ses talents au service du pays. De nouveau embarrassé, il répondit sur un ton sarcastique : « Oui, oui, je deviendrai un de tes officiers. » Comme Jésus haïssait les Pharisiens, Confucius était, lui aussi, capable de haine; il ne voulait pas être incorrect avec Yang, néanmoins il était capable d'une grande rudesse. Un jour, un hypocrite, un certain Jou Pei, s'en alla trouver K'ong tseu. Celui-ci fit répondre au serviteur qu'il n'était pas chez lui, mais lorsque le visiteur eut dépassé la grille d'entrée, il saisit un instrument à cordes et se mit à chanter pour lui faire clairement comprendre qu'il était là. Ces réactions, ainsi que d'autres que rapportent ses biographes, nous semblent parfois singulières, tel, par exemple, le mépris dans lequel il tenait certaines couleurs. C'est ainsi que, selon Mencius, il disait aimer le noir parce qu'il était noir et le blanc parce qu'il était blanc, tandis qu'il haïssait le violet parce qu'il n'est ni vraiment rouge ni vraiment bleu. K'ong tseu n'était heureux que lorsqu'il se trouvait avec ses disciples et, en particulier, avec les seize d'entre eux qu'il considérait comme ses intimes, et dans son cabinet, quand il écoutait de la musique; lorsqu'une chanson lui plaisait, il priait le chanteur de bien vouloir la répéter, puis il se joignait à lui pour le refrain. Vis-à-vis de ses disciples, il se comportait avec dignité mais sans orgueil, il avait su créer entre lui et eux, qui étaient d'âges fort divers, une atmosphère de confiance réciproque et de communion qui lui assura leur indéfectible attachement. On lui offrit un jour un poste de magistrat municipal. L'homme qui l'occupait avait une mauvaise réputation et Confucius fut sur le point d'accepter. Ses disciples lui objectèrent que cette charge n'était pas digne de lui, mais il répondit : « Dois-je manger, oui ou non ? Je ne suis tout de même pas une de ces courges desséchées que vous suspendez au mur. » Le ton rude et singulier de ces ripostes est souvent oublié par les commentateurs de Confucius et en a gêné plus d'un. C'est à cette époque qu'on donna de lui cette brève définition : « Noble et gai, mais ne sait où aller. » Certains confucianistes pensent que c'est une des plus brillantes descriptions qu'on ait données de lui. A l'âge de cinquante ans, en 502, l'occasion lui fut donnée de faire valoir enfin ses talents d'administrateur. On lui confia le gouvernement de la ville de Tchong-tou. Aux dires de ses contemporains, il fit merveille. Impressionné par cet exemple, le duc de Lou lui demanda si ses méthodes ne seraient pas applicables à l'Etat tout entier. Sur sa réponse affirmative, le duc le fit sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics, puis secrétaire principal pour la Justice. Devenu juge suprême et conseiller du souverain (496), K'ong tseu rétablit l'ordre politique et fit régner une atmosphère de justice sociale. Les paroles qu'il prononça en tant que chef de la justice sont caractéristiques : « Lorsque je dirige les débats, j'agis comme n'importe qui d'autre, mais il serait beaucoup mieux qu'il n'y eût pas du tout de procès. » L'harmonie politique ne peut, selon lui, avoir d'autre fondement que l'harmonie morale. Un de ses premiers actes, dans ce sens, fut de condamner à mort un homme qui jouissait d'un grand prestige pour la seule raison qu'il s'habillait de violet, couleur que K'ong tseu jugeait pernicieuse. Sa campagne la plus ambitieuse, et qui échoua, fut de tenter de convaincre les nobles, gouverneurs de villes, de restaurer le pouvoir monarchique. Aidé de deux de ses disciples, Tse-lou et Tse-you, qui occupaient également de hautes charges, il parvint à faire raser les places fortes qui, en cas de rébellion, devenaient autant de refuges pour les grands féodaux. Mais, pour réussir, il eût fallu obtenir l'accord des trois grandes familles qui contrôlaient depuis d'innombrables générations l'économie et l'armée de Lou. K'ong tseu, pour qui cette situation était synonyme de chaos social, politique et moral, réussit à convaincre deux des « maisons », mais non la troisième. A la fameuse conférence de Kia-Kou, il parvint à conclure un traité avec Ts'i, le puissant royaume du Nord. Bien vite, cependant, son pouvoir décrût. N'ayant pu obtenir du duc son appui inconditionnel, K'ong tseu se retira. Pendant quatorze ans, il entreprit de longs et incessants voyages hors de 1 'Etat de Lou, dans la région qui se trouve entre le fleuve Jaune et le Yang-Tse. Fort insouciant, il voyageait sans escorte et sans confort. Il fut attaqué plusieurs fois, puis, une autre, il resta bloqué, pendant sept jours, au milieu des plus graves dangers, dans les régions sauvages qui s'étendent entre, Tch'en et T'sai. Tandis que ses disciples se lamentaient et se préoccupaient, K'ong tseu, comme d'habitude, prenait plaisir a jouer de son instrument à cordes, appelé k'in en chinois. Avec beaucoup d'humour, il se décrivit ainsi que le groupe dont il faisait partie comme une chose mal définie, ni chair ni poisson. Tout en se montrant calme et résigne, il était toujours sûr de soi. Au terme de ces quatorze années, brusquement, il décida de rentrer dans sa patrie. Il soupira : « Dans notre ville, il y a des hommes jeunes. Certains ont des vues trop audacieuses, d'autres trop étroites et prudentes. Il faut aller un peu les modeler. Rentrons à la maison. » C'est ainsi qu'à soixante-sept ans (484), il retourna à Lou où l'un de ses disciples était devenu un ministre important. Sa période de travail et d'enseignement la plus féconde commence alors; c'est à cette époque que furent composés les cinq livres canoniques dont l'édition lui fut attribuée - v. Chou King, Che King, Yi King , Li Ki, Tch'ouen ts'iou. Toutefois, la seule oeuvre qui puisse être attribuée en toute certitude a K'ong tseu est le Tch'ouen ts'iou [Annales des printemps et des automnes, de l'Etat de Lou]. Comme il l'a dit de lui-même, Confucius « repasse sur » la tradition, il ne la renouvelle pas. Mais les maîtres livres de l'école confucianiste, l'ensemble appelé Sseu chou [les Quatre Livres] qui comprend le Ta-hio, le Louen Yu, le Tchong Yong et l'oeuvre de Mong-tse sont l'oeuvre de ses disciples. Si le Tchong Yong, composé selon la tradition, par le neveu de K'ong tseu, semble nous présenter un compte rendu fidèle de certaines des idées de K'ong tseu, c'est dans le Louen Yu, qui rapporte sans commentaires les propos du maître, que sa figure apparaît la plus vivante.

? « Confucius est, à la vérité, un très bonhomme, ami de la raison, ennemi de l'enthousiasme, respirant la douceur et la paix et ne mêlant point le mensonge avec la vérité. » Voltaire. ? « Sa philosophie était plus en action qu 'en discours. » Diderot. ? « Il semble que K'ong tseu, qui se considérait comme un réformateur de la société et comme un érudit, n'ait pas saisi toute la portée philosophique de ses propos et de ses instructions et qu'il ait ignoré l'immense influence que, dès avant sa mort, ceux-ci exerçaient et devaient exercer sur la nation chinoise. » Lin Yutang. ? « On méconnaîtrait l'esprit du grand Maître chinois si, séduit par le confuciisme officiel des époques suivantes, l'on supposait que K'ong tseu ait eu l'intention de guérir toutes les misères du peuple par le remède de la loi et de satisfaire tous les besoins sociaux par des mesures gouvernementales d'une haute sagesse. K'ong tseu a voulu, au contraire, à peu près comme Lao-tseu, rendre inutiles cet empirisme administratif et cette technique politique. Dans ce but il a admis que l'exemple moral venu de haut exerce une profonde influence sur le peuple, que le sentiment très développé de l'honneur et de la honte, une haute culture, stimulent les hommes à se bien conduire. » E. V. Zenker. ? « Ce qu'enseigna Confucius, ce fut surtout l'art de vivre noblement, ce fut un enseignement oral et pratique. Il essaya d 'inculquer une morale nouvelle, où la sincérité et l'effort personnel tenaient une grande place. » 0. Kaltenmark-Ghéquier. ? « Quand il mourut, il y eut probablement très peu de gens qui ne pensèrent que ce vieillard quelque peu pitoyable venait de quitter une vie qui avait été un échec. Lui-même eut certainement la même pensée. Et pourtant peu d'hommes ont influencé plus profondément l'Histoire que ne l'a fait Confucius. L'attirance qu'exerce sa pensée a bravé le temps. En Chine, les générations successives l'ont revendiqué; de nos jours, même certains communistes chinois se réclament de lui pour leur propre tradition révolutionnaire. En Occident, son influence a été plus importante que nous ne l'imaginons quelquefois. » H.G. Creel. ? « A cet égard, un parallèle s'imposerait avec Socrate qui, lui aussi, domina une ambiance de dialecticiens subtils en découvrant dans l'ordre humain des vérités stables. Par sa croyance en l'éminente valeur de la sagesse, qui comportait autant d'espoir en l'intelligence que de goût pour l'expérience concrète et d'aversion pour les problèmes oiseux; par son exceptionnelle situation à l'origine d'une culture et d'une puissante philosophie, Confucius fut un Socrate chinois. » L. Masson-Oursel. ? « On a souvent comparé Confucius à Socrate. Sa gloire, moins immédiate, n'a pas été moins durable. Son prestige, auprès de ses disciples, fut aussi grand. Mais s'il y a, peut-être, quelque analogie dans l'esprit des enseignements donnés par ces deux sages, pour ce qui est de leur rendement aucune comparaison n'est possible. Les Chinois ont reconnu en Confucius un « maître pour dix mille générations », seulement après en avoir fait le patron d'une morale conformiste. Us voient en lui l'exemplaire le plus parfait de la sagesse nationale : nul ne lui prête le mérite d'une pensée originale... Ce n'est point une science abstraite de l'homme que Confucius et ses fidèles ont tenté de fonder : c'est un art de la vie qui embrasse psychologie, morale et politique. Cet art naît de l'expérience, des observations que suggère à qui sait réfléchir la vie de relation et auxquelles s'ajoute le savoir légué par les Anciens. A cet art ou à ce savoir légué par les anciens. A cet art ou à ce savoir convient le nom d'humanisme. Il s'inspire d'un esprit positif. Il ne tient compte que de données observables, vécues, concrètes. » M. Granet. ? « On ne cite plus souvent Confucius [en Chine], mais sa morale néanmoins demeure vivante et omniprésente. » Georges Friedmann.

Confucius [K’ong Fou-Tseu] (551-479 av. J.-C.) ; philosophe chinois.

Les enseignements et les idées de ce philosophe ont marqué la Chine, mais aussi le Japon, la Corée, le Vietnam pendant plus de deux millénaires. Il est né dans une famille noble ruinée, à une époque appelée dans l’histoire chinoise « des Printemps et des Automnes » où des seigneurs féodaux prenaient leur indépendance, fondaient leurs propres Etats et luttaient entre eux, sans que le pouvoir central puisse intervenir. Le système éthique et philosophique de C. est issu de cette violence et de ce désordre : il combat le chaos de son époque en prêchant la résurrection d’un passé légendaire et idéalisé, tout d’ordre et de paix, où l’empereur (« fils du Ciel ») gouverne son peuple comme un père et où on lui obéit comme à un père. De son vivant, C. n’a guère eu de succès : après quatorze années d’errance à travers les provinces de la Chine, pendant lesquelles il prêche dans les cours des princes sans être entendu, il retourne dans son pays natal, l'État de Lou (province de Chantong) et se consacre à ses nombreux élèves. Il aurait dit de lui-même qu’il ne voulait pas tant créer une philosophie originale que raconter et interpréter. Ses écrits ont toujours une intention morale, ainsi par exemple son ouvrage historique, inspiré des archives de la province de Lou, Les Annales des Printemps et des Automnes, qui ont donné leur nom à l’époque où il vivait. Les Entretiens, qui contiennent ses enseignements, tels qu’ils ont été transmis par ses disciples, constituent les évangiles du confucianisme. Sa pensée fondamentalement conservatrice et hiérarchisée recèle cependant un élément nouveau : le principe, sans cesse répété, selon lequel la noblesse ne repose pas sur la naissance, mais sur la supériorité morale. Qu’un mauvais gouvernement perde « la charge confiée par le Ciel » a justifié plus d’un soulèvement de l’histoire chinoise et facilité à des rebelles couronnés de succès la prétention au trône. Depuis le IIe siècle avant J.-C., le confucianisme jouit de la protection bienveillante de la maison impériale. A partir de l’introduction du système d’examens et de l’Université impériale (124 av. J.-C.) pour sélectionner les fonctionnaires, il ressort comme la plus importante des « cent tendances d’école », qui ont surgi pendant la « période des Printemps et des Automnes » et à l’époque suivante des « Royaumes combattants ». En tant que code obligatoire de l’aristocratie chinoise, le confucianisme est devenu et resté, après le XIIe siècle, religion d’État, à part une courte interruption sous la dynastie mongole. Jusqu’à leur suppression en 1905, les examens d’État étaient fondés sur la connaissance des classiques confucianistes. Les dynasties vont et viennent, mais les fonctionnaires confucianistes restent. Plus qu’une religion au sens strict du terme, il s’agit d’une éthique fondée sur la croyance que l’ordre cosmique est un ordre moral et que dans la pratique de la vertu réside la conformité à l’ordre du Ciel, force intelligente qui gouverne le monde et conduit les hommes. L’humanité, la bonté désignent chez C. la vertu parfaite, mère de toutes les autres. Elle consiste à se vaincre soi-même et à comprendre les sentiments des autres en se mettant à leur place. Aussi chaque membre de la société a sa place précise, ses droits et ses devoirs. Le confucianisme exige la soumission au souverain, à l’époux ou au frère aîné, dont les comportements doivent être exemplaires. De cette organisation précise des relations doit naître un ordre harmonieux et équilibré. Le confucianisme a donné à la société chinoise la force de survivre en garantissant à l’individu la sécurité.

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