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CONDORCET Marie Jean Antoine Nicolas Carita, marquis de

CONDORCET Marie Jean Antoine Nicolas Carita, marquis de. Philosophe, mathématicien et homme politique français. Né le 17 septembre 1743 à Ribemont (Aisne), mort à Bourg-la-Reine (Seine) le 7 avril 1794. Il brille d'abord dans les mathématiques, soutient à peine âgé de seize ans une thèse devant d'Alembert et le géomètre Fontaine; à dix-sept ans, il dédie à Turgot un opuscule intitulé Profession de foi, et à vingt-deux ans, en 1765, il publie son Essai sur le calcul intégral, bientôt suivi d'un mémoire sur le Problème des trois corps (1767). Ces travaux fixent sur lui l'attention du monde savant, et en 1769, âgé de vingt-six ans seulement, il est appelé à siéger à l'Académie des Sciences. Mais une insatiable curiosité pousse Condorcet dans toutes les directions du savoir. Il est un des plus chaleureux partisans de Voltaire, et l'ami de d'Alembert : il collabore à l'Encyclopédie. Ayant publié des Eloges des académiciens morts depuis 1699, il en est rapidement récompensé par le secrétariat perpétuel de l'Académie des Sciences (1773), et par un fauteuil à l'Académie Française (1782). Lié à Turgot, dont il écrira la vie en 1786, par une très forte amitié intellectuelle, il échange avec lui une Correspondance abondante en traits d'esprit, mais où il se montre souvent porté au dénigrement, partial, injuste même, particulièrement à l'égard de Buffon. A la veille de la Révolution, Condorcet est un savant illustre, honoré par toute l'Europe, et qui n'a guère à se plaindre de la société. Mais, comme le notait Mme de Staël, il a l'esprit partisan; déjà il l'a fait voir dans sa haine excessive contre Necker. Il est vrai qu'il rendait ce dernier responsable de la chute de son ami Turgot, et qu'il n'avait pas hésité, par solidarité, à donner sa démission d'un emploi éminent dans l'Administration des Monnaies. Mais Condorcet est bien de ce temps où les philosophes rêvaient de devenir rois : dès les premières années de la Révolution, il accepte les fonctions de membre de la Commune de Paris. Appelé à la Convention lors de la chute du trône, il se rallie aux Girondins, déploie une activité parlementaire considérable, prépare notamment un projet de constitution. A la tribune, il brille peu; ses discours ressemblent à des récitations académiques et ne peuvent toucher qu'une élite. Il prend sa revanche en tant que journaliste, notamment dans la Chronique de Paris, où l'on découvre soudain en lui un politicien, habile et parfois perfide, célébrant le bonnet rouge, silencieux sur les massacres de Septembre, les excusant même, comme tous les autres excès, tant qu'il les croira utiles, allant même jusqu'à dénoncer ses collègues de l'Assemblée. Mais il est proscrit avec les Girondins, et décrété d'accusation. Il quitte alors l'asile qu'il avait trouvé pendant huit mois chez une amie courageuse, pour ne pas exposer celle-ci aux coups de la Terreur. Il erre dans la campagne autour de Paris, se cache quelque temps dans les carrières, mais, contraint par la faim d'entrer dans un cabaret, il est reconnu, arrêté, jeté dans un cachot de Bourg-la-Reine où on le trouvera le lendemain, empoisonné. Par un paradoxe assez touchant, c'est dans la période la plus tragique de sa vie, alors que la France était livrée à la Terreur et que lui-même, d'un instant à l'autre, risquait d'être appréhendé et conduit à la guillotine, que Condorcet écrivit son grand ouvrage, l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, hymne de confiance dans le progrès invincible, évangile de la religion du bonheur humain. Sous l'influence de Turgot, dont il outre et vulgarise les théories, Condorcet croit d'une façon quasi mystique à la perfectibilité infinie de l'homme. L'humanité pour lui pourrait se comparer à un individu passé successivement de l'état d'enfance à l'adolescence, puis à la virilité, et atteignant maintenant sa maturité. Il s'agit d'une progression linéaire, qui se confond avec les progrès de la science, des « lumières ». La nature humaine est en effet fondamentalement constituée par l'intelligence. La vertu, c'est l'usage des « lumières ». La morale, c'est la recherche du bonheur par la culture et le progrès scientifique. Mais les accidents de l'Histoire, et tous les retards apportés au progrès, du moins en apparence ? Dans son optimisme impétueux et intransigeant, Condorcet attribue toutes les erreurs et tous les maux aux seules institutions humaines. Le mal n'est qu'ignorance des lois de la nature. Il suffira donc de démolir les préjugés, de présenter les « lumières » aux hommes pour qu'aussitôt ils deviennent bons et raisonnables. L'excès de Condorcet est peut-être de prendre ainsi l'homme pour une créature toute et foncièrement rationnelle, de croire qu'il suffit de savoir et de vouloir, et que changer les institutions peut changer les mobiles du coeur. L'Esquisse décrit les neuf étapes déjà écoulées du destin de l'humanité. L'amplification oratoire y comble souvent les lacunes de l'érudition historique; elle cache mal les simplifications arbitraires, le fanatisme antireligieux qui pousse Condorcet à juger du progrès ou de la décadence des « lumières » d'après le fait unique de la prédominance ou de l'affaiblissement du christianisme. Mais arrivé à la dixième étape de son Esquisse, qui prétend décrire la marche future du genre humain, Condorcet fait vraiment figure, non plus de philosophe, mais d'illuminé du progrès : il voit les nations se fondant toutes en un seul peuple, la disparition de l'inégalité sociale, et il en arrive même à envisager un monde d'où la maladie aurait disparu et où la durée de la vie pourrait s'accroître indéfiniment... Néanmoins cette rêverie de l'Age d'or conserve son importance : elle a dominé, à travers le XIXe siècle, tous les esprits de l'école révolutionnaire. Les utopies fouriéristes et saint-simoniennes seraient incompréhensibles sans Condorcet — mais aussi sans doute la philosophie historique d'un Auguste Comte, et la fameuse loi « des trois états ».

? «Il est un homme de l'ancienne chevalerie et de l'ancienne vertu, constitué dans une espèce de dignité qui ne peut guère être exercée que par un ou deux hommes de son siècle. Cet homme est égal à Pascal en plusieurs choses, et très supérieur en d'autres... » Voltaire. ? « M. de Condorcet se fait distinguer par la force et l'art dont il présente les vertus et les défauts; il rassemble les uns et les autres dans ses portraits; mais les vertus sont exposées à la grande lumière, et les défauts sont cachés dans la demi-teinte. » Diderot. ? « Si j'avais à renaître, je tâcherais d'être votre disciple pour mériter un jour d'être votre émule et votre ami. » J.-J. Rousseau. (Lettre à Condorcet du 16 février 1770).

Condorcet, Marie-Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de (Ribemont Aisne 1743-Bourg-la-Reine, Hauts-de-Seine, 1794) ; mathématicien, philosophe et conventionnel français dont les idées progressistes eurent une grande influence pour le xixe siècle philosophique et sociologique. Né le 17 septembre 1743 à Ribemont dans l’Aisne, il descend de l’ancienne famille des Caritat qui prend son titre de Condorcet dans le Dauphiné. Il fait ses études chez les jésuites de Reims, puis au collège de Navarre à Paris. À seize ans, il soutient une thèse de mathématiques et, en 1769, il devient membre de T Académie des sciences pour la parution d’un Essai sur le calcul intégral (1765), et d’un Mémoire sur le problème des trois corps (1767). D’Alembert lui fait prendre une part active à la préparation de l'Encyclopédie pour laquelle il écrit des articles. Il est élu secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1773. Membre de l’Académie française en 1782, il publie en 1785 son Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix. Il publie en 1786 la Vie de Turgot et en 1789 celle de Voltaire, qui sont d’un point de vue purement littéraire les meilleurs écrits de C. Cette même année, il épouse Sophie de Grouchy, de vingt-deux ans plus jeune que lui, soeur du futur maréchal. Député de Paris à l'Assemblée législative en 1791, il s’occupe activement de la réforme de l’instruction publique. Son projet, très audacieux pour son époque, a soulevé l’admiration de Jaurès. Après le 10 août 1792, il écrit le manifeste adressé à la France et à l’Europe pour expliquer les motifs de la suspension de Louis XVI. À la Convention il représente le département de l’Aisne et est membre du comité de Constitution. Il est l’auteur d’une Constitution remarquable par ses aspects démocratiques, mais qui est rejetée après le 2 juin 1793. Il vote avec les Girondins, et lors du jugement de Louis XVI se prononce contre la peine de mort. Mis hors la loi, il réussit à fuir. Il compose alors son ouvrage capital, l'Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, où il développe le principe de la perfectibilité infinie de l’homme. Après s’être caché huit mois, il est pris à Clamart le 27 mars 1794, transporté à Bourg-la-Reine et emprisonné. Le 29 mars au matin on le trouve mort dans sa cellule, empoisonné.

Bibliographie : J. Boussounouse, Condorcet. Le philosophe dans la Révolution, 1962 ; R. et E. Badinter, Condorcet : un intellectuel en politique, 1989.




CONDORCET, Marie Jean Antoine Nicolas de CARITAT, marquis de (Ribemont, 1743-Bourg-la-Reine, 1794). Philosophe, mathématicien et homme politique français. Secrétaire de l'Académie des Sciences (1769), inspecteur général des Monnaies (1774), Condorcet, soutien des philosophes et des physiocrates, rédigea pour l'Encyclopédie des articles d'économie politique. Il accueillit avec enthousiasme la Révolution. Monarchiste constitutionnel puis républicain, il fut député de Paris à l'Assemblée législative, puis député de l'Aisne à la Convention. Favorable aux girondins, emprisonné sous la Terreur, il écrivit en prison son oeuvre principale, Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain. Condamné à mort, il s'empoisonna dans sa cellule pour échapper à l'échafaud.

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