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COMPAGNIES DE COMMERCE ET DE NAVIGATION

Sociétés à parts ou par actions créées dans divers pays européens à partir du XVe s. pour le développement du commerce maritime lointain, pour la découverte et la colonisation de terres nouvelles. Ce n'étaient, à l'origine, que des associations temporaires de commerçants limitées à une seule expédition. Plus tard, elles devinrent permanentes. Certains pays, comme l'Espagne et le Portugal, firent du commerce lointain et de la colonisation un véritable monopole d'État. Les Hollandais et les Anglais, au contraire, préférèrent laisser le champ libre aux compagnies privées, mais celles-ci, en compensation des risques qu'elles prenaient, obtenaient une charte comportant, sur une région déterminée du globe, un certain nombre de droits et de privilèges qui pouvaient aller jusqu'à un véritable monopole. En France, le commerce lointain et la colonisation souffrirent de la désaffection d'une large partie du public, qui continuait à juger plus sûrs les investissements en métropole. Au Canada, par exemple, devant l'échec de plusieurs compagnies, la Couronne dut prendre elle-même en charge la colonisation. Au début du XVe s. se constitua en Angleterre la Compagnie des Merchant Adventurers, qui se consacrait au commerce avec les Pays-Bas et l'Allemagne du Nord. En 1555 fut créée la Compagnie de Moscovie, qui établit les premières relations commerciales entre l'Angleterre et la Russie. Suivirent la Compagnie d'Espagne (1577), la Compagnie de la Baltique (1579), la première compagnie britannique pour le trafic africain (1585)... En 1600 naquit la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui devait poser les fondements de l'Inde britannique, laquelle resta administrée par cette compagnie jusqu'en 1858 (v. INDE). En Amérique, en dehors de la Compagnie de la baie d'Hudson (1670), à destination purement commerciale, les compagnies à charte constituées par les Anglais eurent toutes un but colonial : la Compagnie de Londres (1606) fonda les premiers établissements durables en Virginie ainsi que la Compagnie de Plymouth. Au Massachusetts, cette dernière fit place, en 1629, à la Compagnie de la baie du Massachusetts, dotée d'une charte royale. La colonisation des Bermudes fut entreprise par la Compagnie des îles de sir George Somers (1612). Parmi les autres compagnies européennes les plus importantes de l'âge mercantiliste, il faut citer : aux Pays-Bas, la Compagnie hollandaise des Indes orientales et la Compagnie hollandaise des Indes occidentales ; en Suède, la Nouvelle Compagnie du Sud (1633) et la Nouvelle Compagnie de Suède (1637), qui créèrent en Amérique du Nord la colonie de la Nouvelle-Suède, annexée par les Anglais en 1655 ; dans les Pays-Bas autrichiens, la Compagnie d'Ostende, fondée en 1722 par l'empereur Charles VI pour rivaliser dans les Indes orientales avec les Hollandais et les Britanniques, mais dissoute dès 1731. En France, les premières compagnies de commerce, fondées au début du XVIIe s., sous les règnes d'Henri IV et de Louis XIII, n'obtinrent que des résultats médiocres et furent toutes éphémères : Compagnie d'Afrique (1600), Société pour trafiquer avec les Indes orientales (1601), Compagnie des îles d'Amérique (1625), Compagnie des Cent-Associés (v.) (1627), pour la colonisation du Canada... Seul l'État, sous l'impulsion de Colbert, fut capable de mettre sur pied de puissantes compagnies françaises, aptes à rivaliser avec les compagnies britanniques et hollandaises. Ces compagnies à monopole et privilège, où les actionnaires n'avaient aucune part dans la direction des affaires et devaient se contenter de percevoir des dividendes, souffrirent toujours d'une insuffisance de capitaux et de fonds de roulement. Sur le modèle de la Compagnie française des Indes orientales (1664) furent créées successivement : la Compagnie des Indes occidentales (1664) dissoute dès 1684 ; la Compagnie du Nord (1669), qui tenta de supplanter les commerçants hollandais dans la Baltique, mais dut être dissoute en 1684 ; la Compagnie du Levant (1670) ; la Compagnie de la Chine (1698) ; la Compagnie de Guinée (1701). Au XVIIIe s., Law fonda en 1717 la Compagnie d'Occident, qui devait exploiter la Louisiane et le commerce du Canada ; en 1719, elle devint la Compagnie française des Indes. 0002000002210000108E 21B,Du fait des conceptions économiques libérales, les dernières compagnies à monopole disparurent au XIXe s. Mais les Anglais continuèrent à créer des compagnies coloniales, sans privilèges commerciaux, qui jouèrent un grand rôle dans l'édification de l'Empire britannique : Compagnies anglaises de l'Afrique du Sud et de l'Afrique occidentale, du Niger, de Bornéo-Septentrional. Ce furent également des compagnies privées qui posèrent les bases de l'Empire colonial allemand du Sud-Ouest africain, en Afrique orientale et en Nouvelle-Guinée.

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