COMMYNES Philippe de
COMMYNES Philippe de. Historien français. Né en Flandre (certainement pas, comme on l'écrit parfois, au château de Commynes, de nos jours Comines, canton de Quesnoy-sur-Deule, Nord) en 1447; mort le 18 octobre 1511 en son château d'Argenton (Deux-Sèvres). Son père, Colart de Com-mynes, était seigneur de Renescure et n'a jamais été, pas plus que son fils, seigneur de Commynes (la graphie Commynes on écrivait autrefois Commines est maintenant authentifiée par un sceau). Philippe de Commynes sera connu comme seigneur de Renescure, titre qu'il prendra à la mort de son père, puis comme sire d'Argenton, terre dont il fut gratifié par Louis XI. Colart avait exercé à la cour du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, de très importantes fonctions : celle de gouverneur de Cassel, de bailli de Gand, de souverain bailli de Flandre et il était chevalier de la Toison d'or. Mais il avait eu de nombreux procès et lorsqu'il mourut, en mai ou juin 1453, suivi de peu par sa seconde femme, Marguerite d'Armuy-den, mère de Philippe, il était couvert de dettes. La terre de Renescure fut saisie et c'est sans doute grâce à la succession de Marguerite d'Armuyden que Jean de Commynes, cousin germain de Philippe et qui était devenu le tuteur de l'orphelin, put racheter le fief en renonçant, au nom de son pupille, à la succession de Colart. Futur chevalier, Commynes n'apprit ni le grec ni le latin ce qu'il devait regretter plus tard mais il fut instruit dans le métier des armes et très tôt envoyé à la cour de son souverain qui était en même temps son parrain. A dix-sept ans, en novembre 1464, le jeune homme est attaché à la personne de l'héritier du duché, Charles comte de Charo-lais, le futur Téméraire, de quatorze ans son aîné. C'est à ses côtés qu'il participe à la Ligue du Bien Public et aux expéditions de représailles contre les Liégeois; en 1465, il assiste à la bataille de Montlhéry, en 1466 à la destruction de Dinan. Peu après l'avènement de Charles comme duc de Bourgogne, en 1467, Philippe de Commynes est nommé conseiller et chambellan du Téméraire notons qu'il n'a guère plus de vingt ans. C'est à ce titre qu'il joue un rôle dans la fameuse entrevue de Péronne (1468) et certainement un rôle de modérateur. Dès Péronne s'ébauchent des relations entre le jeune homme et Louis XI; celui-ci, reconnaissant des services rendus, sut certainement distinguer dans le conseiller du duc les mérites éminents qui l'avaient amené si jeune à ce poste. Comme il était dans la tactique du roi de gagner et d'attacher à son service les meilleurs collaborateurs de son adversaire, il est probable qu'il lui fit des avances. Très discret sur sa personne, Commynes ne nous en dit rien, pas plus qu'il ne nous précise quelle fut son action à Péronne et dans les diverses missions dont il fut chargé en Bourgogne. C'est chez un autre chroniqueur, Olivier de la Marche, que nous trouvons mention d'un tournoi donné à l'occasion du mariage de Charles le Téméraire et de Marguerite d'York (1468) où le seigneur de Renescure parut « richement couvert et harnaché... armé et emplumé ». Il est possible que ce soit à cette époque que doive se placer un voyage que fit le conseiller en Angleterre, voyage qui eut lieu fort probablement pendant la période bourguignonne de la vie de Commynes. Les relations entre Commynes et son maître sont encore bonnes puisque, par lettre du 1er octobre 1469, le duc décharge son chambellan de tout ce qui pourrait encore être dû au trésor ducal du chef de son père. Chargé de diverses missions, Commynes se rend à plusieurs reprises à Calais; à l'occasion d'un de ces voyages apparaît pour la première fois le mécontentement de Commynes qui reproche au duc de l'avoir inutilement exposé. Puis, nous le trouvons en Bretagne et en Castille (1471) où il se rend en service commandé sous prétexte d'un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Soudain, Commynes franchit le pas. Dans la nuit du 7 au 8 août 1472, il quitte le territoire bourguignon et va rejoindre Louis XI aux Ponts-de-Cé. La riposte est immédiate; un acte du 8 août 1472, dicté à six heures du matin, mentionnant que le seigneur de Renescure « s'est aujoud'hui, date de ceste, distrait de nostre obéissance et rendu fugitif au parti contraire », confisque sa terre. Jamais le Téméraire ne devait pardonner cette défection. Trois ans plus tard, dans les trêves de Soleure, le nom de Commynes figure encore parmi ceux des ennemis du duc qu'on excepte de toute amnistie. Mais Louis XI compense largement les pertes subies. Il octroie a son nouveau serviteur la principauté de Talmont, ce qui amène un interminable procès que Commynes perdra contre la famille de La Trémoïlle, la capitainerie de Chinon, la terre et la seigneurie de Chaillot, le sénéchalat de Poitou, la capitainerie du château de Poitiers. Le 27 janvier 1473, le roi lui fait épouser Hélène de Chambes, fille de Jean de Montsoreau et de Jeanne Chabot, qui lui apporte en dot la seigneurie d'Argenton (Argenton-Château dans l'arrondissement de Bressuire, Deux-Sèvres) dont Commynes portera désormais le titre. Bien qu'il reste encore très discret sur ses activités à la cour de France, nous savons que Commynes vivait dans une intimité de tous les instants avec son nouveau maître. Il couche dans la chambre du roi et fait fonction de « valet de chambre », il lui sert de chef de cabinet, décachetant les dépêches et y répondant. Il est chargé de missions diplomatiques en Allemagne et en Italie. Si la faveur dont il jouit semble se ralentir à l'époque de la mort du Téméraire, il possède de nouveau la confiance du roi à sa mort. Témoin quotidien des faits et gestes de Louis XI comme il l'avait été de ceux du Téméraire, il était donc le mémorialiste tout désigné pour parler de la querelle des deux hommes et des deux États qui occupaient alors le premier plan de l'actualité. Après la mort de Louis XI (31 août 1483), Commynes commet une lourde faute politique. Ses idées libérales, l'admiration qu'il professe pour le parlementarisme anglais, le souci également de donner un contrepoids à l'autorité royale, l'entraînent dans l'opposition qui se forme pendant la minorité de Charles VIII et qui groupe les féodaux autour de la personne de Louis duc d'Orléans, fils de Charles d'Orléans, le poète. Anne, fille de Louis XI, régente, et Pierre de Beaujeu, son époux, ont tôt fait de mater la révolte. Les esprits hardis comme notre mémorialiste, qui recherchaient le bien public, furent compromis dans cette aventure dont entendaient tirer profit quelques seigneurs agités et ambitieux. Ils doivent subir les conséquences de leur imprudence. Pour avoir participé à la « guerre folle », Commynes se voit dépouillé de ses charges et de ses terres, il perd aussi définitivement le procès engagé avec les La Trémoïlle pour la principauté de Talmont. Enfin, il est emprisonné à Corbeil, à Paris et, en 1488, à Loches, enfermé pendant plusieurs mois dans une des célèbres cages de fer que Louis XI réservait à ses prisonniers de marque. Malgré sa condamnation devant le Parlement, une amnistie lui rend la liberté et ses terres où il est relégué. C'est là qu'entre 1489 et 1491 il compose les six premiers livres des Mémoires. En 1490, il reparaît à la cour. Bien qu'il soit opposé aux guerres d'Italie, ses talents diplomatiques sont mis à profit au cours des tractations qui préparent l'expédition de Charles VIII. Ce dernier l'emmène à la suite. Commynes remplit à Venise une mission mémorable et négocié avec Sforza le traité de Verceil. Sa vie politique semble s'être terminée là. Bien qu'il ait été nommé conseiller de Louis XII et qu'il soit retourné en Italie en 1507, Commynes paraît ne plus s'occuper que de ses affaires privées et de la rédaction de la suite de ses Mémoires. Il en commence les livres VI et VII en 1495-1496, les remanie et les achève en 1497-1498. Il meurt le 18 octobre 1511 en son château. Nous possédons un portrait de Commynes, sa statue funéraire élevée avec celle de sa femme sur son tombeau en la chapelle du château d'Argenton et qui est maintenant au Louvre. Sur ses traits, on lit une grande finesse, passablement d'amertume éclairée par une discrète ironie, le tout tempéré et comme enveloppé de gravité et de dignité. Homme d'une pénétrante intelligence, sachant trouver en chaque événement ses causes profondes, habile à dénouer les fils des intrigues les plus embrouillées, admirablement et quotidiennement informé, connaisseur perspicace du cur humain, Commynes est mieux qu'un témoin, c'est un véritable historien. Il a même sa philosophie de l'histoire qu'il n'a point apprise dans les livres mais qu il a tirée de la leçon des événements. Profondément humain, modéré, sage, il juge des êtres et des faits et il est en droit de les juger. Commynes n'avait pas fait ses humanités, il ne s'est pas frotté comme tant de chroniqueurs à l'eloquence latine, aussi écrit-il comme il parle, à notre plus grande joie. D'où cette bonhomie apparente, cette très fine candeur qui lui valent immédiatement la sympathie de ses lecteurs, d'où le succès permanent de son uvre. Jamais sans doute il ne lui serait venu à l'esprit de se faire historien, si l'archevêque de Vienne en Dauphiné, Angelo Cato, redevable à Louis XI de la situation qu'il occupait, n'avait demandé à cet intime du roi de lui fournir les éléments dont il pourrait composer une Histoire de Louis XI. C'est donc une manière de brouillon que les Mémoires de Commynes, qui laisse à l'archevêque, mort d'ailleurs avant l'achèvement de la rédaction de ces souvenirs, le soin de le mettre en beau style. Ce malheur nous a été épargné. JACQUES BROSSE. ? « Le Passant Quelle est cette déesse empreinte en cet ivoire / Qui se ront les cheveux, et tord les bras ? Le Prestre L'Histoire. / Le Passant Et l'autre, qui d'un il tristement dépité / Lamente à ce tombeau ? / Le Prestre La simple Vérité. / Le Passant Ne gît point mort ici le Rommain Titelive ? Le Prestre Non, mais bien un François dont a mémoire vive / Surpasse ce Rommain, pour sqavoir égaler / La vérité du fait avec le beau parler /... Philipe fut son nom, son surnom de Commines. » Ronsard, Epitaphe de Philippe de Commynes, 1554. ? « Vous y trouverez le langage doulx et aggreable d'une naïve simplicité; la narration pure et en laquelle la bonne foi de l'autheur reluit évidemment, exempte de vanité, parlant de soy, et d'affection et d'envie parlant d'aultruy; ses discours et exhortements accom-paniez plus de bon zele et de vérité que d'aulcune esquise suffisance, et tout partout, de l'authorité et gravité, représentant son homme de bon lieu et eslevé aux grâns affaires. » Montaigne. ? Je suis fort aise qu'il vous ait paru comme à moi que M. de Commines a un tour plaisant aussi bien que du bon sens, et sur cela vous trouvez de la consolation, dites-vous, de voir que les honnêtes gens de son temps souffraient comme ceux du nôtre. » Bussy-Rabutin, Lettre à Mme de Sévigné, 1678. ? « Comme écrivain de Vies, Philippe de Commines ressemble singulièrement à Plutarque; sa simplicité est même plus franche que celle du biographe antique... A la vérité [Plutarque] est plus instruit que Commines; et néanmoins le vieux seigneur gaulois, avec l'Evangile et sa foi dans les ermites, a laissé, tout ignorant qu'il était, des mémoires pleins d'enseignements. » Chateaubriand. ? « Commynes justifie tout à fait pour moi le mot de Vauvenargues : « Les vrais politiques connaissent mieux les hommes que ceux qui font métier de philosophie, je veux dire qu'ils sont plus vrais philosophes », mais pour cela, il faut qu'ils soient de vrais politiques en effet, et il en est peu qui justifient ce titre à l'égal de Commynes... Philippe de Commynes est, en date, le premier écrivain vraiment moderne. » Sainte-Beuve. ? « La valeur historique des Mémoires est à la hauteur de son mérite littéraire, dont la couleur et le mouvement ne le cèdent point à la finesse psychologique et à la pénétrante malice. » J. Calmette.
COMMYNES ou COMINES, Philippe de, sire d'Argenton (v. 1447-Argenton, 1511). Diplomate et historien français, ses Mémoires (publiés en 1524) constituent un important témoignage sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII. Filleul du duc de Bourgogne, Philippe III le Bon, il servit d'abord Charles le Téméraire puis, après Péronne où il sauva le roi de la colère de son maître, il devint le conseiller politique de Louis XI qui le combla d'honneurs et de richesses. Après la mort du roi, opposé (avec le duc d'Orléans) à la régente Anne de Beaujeu, il fut disgracié et emprisonné (1488). Rentré en faveur, il servit Charles VIII puis Louis XII.