COMMUNISME
Système politique organisant la vie économique et sociale d'un pays dont la collectivité s'approprie les moyens de production. Passé le temps des théoriciens utopistes, pour qui communisme était synonyme de socialisme, l'histoire du communisme au sens moderne a commencé avec la publication, en 1848, du Manifeste du parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels. Contre les idées de Proudhon notamment, la pensée de Marx se voulait scientifique et non utopique. Le ressort de la pensée communiste selon Marx était le matérialisme historique qui expliquait l'évolution des idées et des institutions par celle des moyens de production et d'échange. Il appartenait au prolétariat ouvrier de prendre, par la lutte des classes, le contrôle de la production industrielle au profit de la collectivité. La disparition de la propriété privée, par essence bourgeoise, était nécessaire pour entraîner l'abandon des autres aliénations et parvenir à la fin du capitalisme. L'influence de la doctrine marxiste, développée par les quatre tomes du Capital dont le premier parut en 1867, fut immense sur le mouvement ouvrier, même si elle était peu explicite sur les délais nécessaires pour que l'humanité passât au communisme, sur les moyens (bien que Marx fît allusion à la dictature du prolétariat, dès 1852), et sur la stratégie du parti politique chargé de guider le prolétariat. Ce fut dans la Russie tsariste, peu industrialisée, que s'épanouit le marxisme révolutionnaire, qui sous Lénine, devint le bolchevisme. Lénine préconisa la formation d'un parti centraliste et discipliné où intellectuels et hommes d'action s'alliaient pour préparer minutieusement la révolution et conduire les masses populaires ; il affirma la nécessité d'une alliance entre la classe ouvrière et la classe paysanne ; il reconnut un rôle important aux nations colonisées et, surtout, il développa l'idée de la dictature du prolétariat, organisée et exercée par le parti communiste. Albanie. Fondé dans la clandestinité le 8 nov. 1941, le parti communiste albanais joua un rôle dirigeant dans la résistance contre les Italiens. Au congrès de Berat (20 oct. 1944), son chef, Enver Hodja, forma un gouvernement provisoire, qui proclama la République populaire en janv. 1946. Le parti tint son premier congrès en nov. 1948 et prit le nom de « parti du travail d'Albanie ». Ardemment stalinien, il fut l'un des plus fervents dans la lutte contre le titisme yougoslave. Son opposition à Khrouchtchev s'affirma en nov. 1960, lorsque Enver Hodja, après avoir défendu les thèses chinoises, quitta spectaculairement la conférence communiste de Moscou, mais le PC albanais rompit en 1978 avec le PC chinois, qu'il accusait de vouloir imposer une alliance militaire avec la Roumanie et la Yougoslavie aux seules fins de favoriser une stratégie chinoise antisoviétique. Arrivé en tête aux premières élections démocratiques du pays (1990), le PC albanais, devenu en 1991 parti socialiste, fut évincé du pouvoir par le scrutin de 1992. Il remporta les élections législatives de juin/juill. 1997 et le socialiste Rexhep Mejdani devint président de la République. 0002000012F300000C31 12EC,Allemagne. Le parti communiste allemand eut pour précurseur le groupe Spartakus, qui, dès janv. 1916, en opposition avec la majorité du parti social-démocrate, avait lancé une campagne contre la guerre et le nationalisme et pour la solidarité internationale des travailleurs. En avr. 1917, les spartakistes se rallièrent au nouveau parti socialiste indépendant (USPD) qui se divisa après la révolution de nov. 1918, la majorité acceptant de collaborer avec l'équipe gouvernementale d'Ebert, alors que les spartakistes réclamaient tout le pouvoir pour des conseils d'ouvriers et de soldats, et des réformes économiques radicales. Ne pouvant imposer leurs vues dans l'USPD, les spartakistes convoquèrent un congrès à Berlin (29 déc. 1918/1er janv. 1919), d'où sortit le parti communiste d'Allemagne (Ligue spartakiste) (Kommunistische Partei Deutschlands, Spartakusbund) ; il avait pour chefs Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, pour organe le journal Die rote Fahne (Le Drapeau rouge). Moins de deux semaines après sa fondation, le parti subit une sévère défaite : l'insurrection qu'il avait déclenchée à Berlin fut écrasée par le ministre social-démocrate Noske et par les corps francs ; Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg furent tués par des officiers de la cavalerie de la garde (15 janv. 1919). Des soulèvements communistes locaux se succédèrent jusqu'en 1923, mais ils furent tous réprimés. Réduit à 40 000 membres après l'expulsion de ses « gauchistes » au congrès de Heidelberg (oct. 1919), le parti doubla le chiffre de ses membres en moins d'un an, et, après la réunion avec l'USPD au congrès de Berlin (4/7 déc. 1920), il devint un parti de masse, rassemblant plus de 300 000 membres. Cependant, une tendance dans la direction du parti surestimait les capacités d'action révolutionnaire du communisme allemand : d'où les insurrections d'Allemagne centrale, en mars 1921, qui aboutirent à un désastre. « Bolchevisé » sous la direction d'Ernst Thälmann, à partir de 1925, le parti connut un redressement rapide ; sa représentation au Reichstag, qui était de 2 députés en 1920, de 62 en 1924, passa à 77 députés en 1930, à 89 en 1932, et, lors de l'élection présidentielle de 1932, Thälmann, candidat communiste, obtint près de 5 millions de voix (13,2 %). Mais les communistes allemands se refusèrent à certaines actions communes avec les sociaux-démocrates pour adopter une attitude de rigoureux isolement, qui correspondait au modèle stalinien. Cette politique aboutit à sous-estimer le danger représenté par Hitler et à empêcher la constitution de tout front commun de la gauche allemande. Après son arrivée au pouvoir, Hitler prit prétexte de l'incendie du Reichstag (27 févr. 1933) pour arrêter les principaux dirigeants communistes (parmi lesquels Thälmann) ; cependant, aux élections du 5 mars 1933, les communistes obtinrent encore 4,8 millions de suffrages (12,3 %) et 81 députés (mais leur mandat fut annulé). Dans le même mois, le parti était dissous et des milliers de communistes internés dans des camps de concentration ; d'autres se réfugiaient à l'étranger, et environ 5 000 Allemands devaient combattre durant la guerre d'Espagne dans les Brigades internationales. Thälmann mourut au camp de Buchenwald en août 1944. Durant la guerre se constituèrent des groupes de résistance communistes dont le plus important fut celui de l'Orchestre rouge (Rote Kapelle), anéanti par la Gestapo durant l'été 1942. En avr. 1945, lors de la défaite de l'Allemagne, Walter Ulbricht, qui s'était réfugié à Moscou, vint reconstituer le parti communiste en zone d'occupation soviétique, où communistes et sociaux-démocrates décidèrent leur fusion dans le parti socialiste unifié d'Allemagne, Sozialistische Einheitspartei Deutschlands ou SED (21/22 avr. 1946). Ce nouveau parti obtint 47,5 % des voix aux élections est-allemandes d'oct. 1946. Il contrôla le pouvoir dès la fondation de la République démocratique allemande, en 1949. En Allemagne de l'Ouest, au contraire, les communistes n'eurent qu'une audience très limitée dans la population : leur parti obtint 5,7 % aux élections fédérales de 1949 et 2,2 % en 1953. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe prononça l'interdiction du parti en août 1956 ; autorisé à se reconstituer en oct. 1968, il ne représenta, jusqu'en 1990, qu'une force négligeable dans la vie politique de l'Allemagne fédérale. Après l'unification de l'Allemagne, le parti communiste est-allemand se transforma en parti du socialisme démocratique (Partei des Demokratischen Sozialismus ou PDS). Puissant dans l'ancienne Allemagne de l'Est (23 % des suffrages aux européennes de juin 1999), il améliora régulièrement ses résultats dans l'Allemagne unifiée, obtenant 5,1 % et 35 sièges aux législatives de sept. 1998, et 5,6 % aux européennes, en 1999, après une campagne contre les frappes de l'OTAN en Yougoslavie. 000200000EFA00001F1D EF4,Chine. Fondé le 1er juill. 1921 dans la concession française de Shanghai, le PC chinois forma, de 1923 à 1927, un front uni avec le Kouo-min-tang, tout en conservant son organisation propre, qu'il développa avec l'aide de conseillers soviétiques. Il comptait, à l'origine, 57 membres et eut pour premier secrétaire général (de 1921 à 1927) un intellectuel, Tch'en Tou-sieou. Mao Tsé-toung, d'abord secrétaire du parti pour le Ho-nan (oct. 1921), devint membre du Comité central exécutif au IIIe congrès du parti (Shanghai, 1923). Après la rupture entre les communistes et Tchang Kaï-chek (avr./juill. 1927), l'échec de la révolte ouvrière de Canton (déc. 1927) confirma les thèses de Mao Tsé-toung, qui voyait dans les masses paysannes la force principale de la révolution chinoise. En 1929, Mao Tsé-toung et Chou-Teh réussirent à établir l'autorité communiste au Kiang-si (Chine du Sud-Ouest), où fut proclamée en nov. 1931 une République soviétique chinoise, dont le gouvernement était présidé par Mao. C'est au cours de la Longue Marche (1934/35) que Mao Tsé-toung prit officiellement la direction du PC chinois (13 janv. 1935). Dès août 1936, le Comité central du parti offrit au Kouo-min-tang d'organiser en commun la résistance nationale contre les Japonais. Cette alliance entre communistes et nationalistes dura de 1937 à 1945, mais les communistes prirent soin de conserver et d'étendre leur installation régionale ; à la fin de la guerre, ils disposaient d'une armée régulière, l'Armée populaire de libération (APL), de plus de 900 000 hommes, à laquelle s'ajoutaient 2 millions de miliciens. La campagne de rectification des années 1942/43 consolida l'autorité de Mao sur le parti. En oct. 1949, après trois ans de guerre civile, la République populaire fut proclamée. Dès lors, l'histoire du parti communiste allait se confondre avec celle de la Chine. Espagne. Dans ce pays où l'anarcho-syndicalisme a longtemps rassemblé les forces de l'extrême gauche, le parti communiste, fondé en 1921, ne jouait encore aucun rôle à l'avènement de la République (1931) et ne comptait pas plus de 3 000 membres. Son journal, Mundo obrero, n'avait qu'une faible influence en face de la presse anarchiste et socialiste. En outre, il devait compter avec la rivalité d'un groupe trotskiste qui, en févr. 1936, fonda le parti ouvrier d'unification marxiste ou POUM. Son rôle ne cessa pourtant de grandir après la victoire du Front populaire (févr. 1936) et le début de la guerre civile. Appelé dans le gouvernement de coalition par Largo Caballero, en sept. 1936, le parti communiste espagnol fut le premier à être associé au pouvoir en Europe occidentale. Étroitement lié à Moscou, il appela d'une part à la plus large union contre le franquisme, s'opposa à la collectivisation des terres, défendit les petites et moyennes entreprises, mais, d'autre part, il se livra, en 1937, à une impitoyable épuration à l'égard des membres du POUM. Cette attitude divisa les forces républicaines, et les communistes, isolés, furent exclus du pouvoir à Madrid par le général Miaja, en mars 1939. Dans la clandestinité, le PC espagnol reprit ses mots d'ordre de l'union populaire la plus étendue contre Franco. Mais le parti devait être affaibli, en 1964, par la création d'un parti communiste rival, de tendance maoïste, et par le départ de dirigeants importants tels que les intellectuels Fernando Claudin et Jorge Semprun, ainsi que Ewique Lister, l'ancien général de la guerre civile (revenu dans le parti en 1986). En juill. 1974, il adhéra à la junte démocratique rassemblant des antifranquistes de toutes tendances, y compris des monarchistes tels que Calvo Serer. Après la mort de Franco, le parti communiste, bien implanté dans les commissions ouvrières, accentua son évolution vers une ligne indépendante, proche de celle du PC italien.
Légalisé au printemps 1977, il adhéra au pacte de La Moncloa, conclu en oct. entre le gouvernement et l'ensemble des forces politiques. L'abandon, en avr. 1978, de toute référence au léninisme suscita au sein du parti une contestation « stalinienne » dirigée par Dolores Ibarruri. En 1981, Santiago Carrillo, secrétaire général, parvenait néanmoins à assurer son autorité sur les militants, mais, en oct. 1982, le parti enregistra un échec si sévère aux élections législatives, passant de 10,81 % (en 1979) à un peu moins de 4 %, qu'il démissionna. Il fut remplacé par Gerardo Iglesias, partisan d'une politique d'ouverture, auquel succéda Julio Anguita en févr. 1987. En 1986, G. Iglesias fonda, autour du PCE, la coalition Izquierda unida (gauche unie, IU). Elle ne réussit pas à enrayer l'érosion de son électorat : de 10,5 % des voix en 1996, elle passa à 5,5 % en mars 2000, alors que Francisco Frutos avait remplacé G. Iglesias à sa tête. États-Unis. Deux partis communistes rivaux furent fondés aux États-Unis en août/sept. 1919. Sur l'inspiration de Moscou fut créé en déc. 1921 le parti des travailleurs d'Amérique, rebaptisé parti communiste des États-Unis en 1929. Sous la direction d'Earl Browder (de 1930 à 1945), il fit d'appréciables progrès à l'époque de Roosevelt et surtout lorsque l'URSS, en 1941, devint l'alliée des États-Unis. Ses effectifs passèrent de 7 500 en 1930 à 80 000 en 1944. Au temps de la guerre froide, la plupart de ses dirigeants furent condamnés pour conspiration en vue de renverser le gouvernement (1949) ; dans les années 1950, les communistes américains furent frappés de nombreuses restrictions légales (interdiction d'enseigner, de voyager à l'étranger, de diriger des syndicats...). Le parti ne comptait plus qu'une dizaine de milliers de membres dans les années 1990. Europe de l'Est. Le parti communiste de l'Union soviétique est issu du parti social-démocrate fondé au congrès de Minsk en mars 1898. À la suite du congrès de Bruxelles-Londres (juill./août 1903), ce parti se divisa en deux tendances, celle des bolcheviks (v.), conduits par Lénine, et celle des mencheviks (v.). À son VIIe congrès (6/8 mars 1918), le parti ouvrier social-démocrate bolchevik de Russie décida de changer son nom en celui de parti communiste (bolchevik) de Russie. En 1924, il devint le parti communiste (bolchevik) de l'Union soviétique, et, en 1952, il abandonna l'épithète de « bolchevik ». Le 13 mars 1990, l'article 6 de la Constitution de 1977 portant sur le rôle de « force dirigeante de la société » reconnu au parti fut abrogé. En proie à de multiples dissensions, le PCUS était moribond lorsque le président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine, émit un décret « suspendant » ses activités le 6 nov. 1991. De nouvelles formations communistes sont apparues depuis, notamment le Front du salut national (nationaliste) et le parti populaire de la Russie libre, animé par Alexandre Routskoï. Aux élections législatives de déc. 1995, le parti communiste de la Fédération de Russie a obtenu 22 % des suffrages, ce qui lui permit d'occuper près de la moitié des sièges de la douma. En juill. 1996, le candidat communiste Guennadi Ziouganov était battu à l'élection présidentielle par Boris Eltsine (v. INTERNATIONALE Ire, IIe, IIIe et IVe et RUSSIE. La révolution d'Octobre).
Après la victoire soviétique sur l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements d'Europe de l'Est furent dominés par des partis communistes nationaux, qui généralisèrent le système du parti unique, au point que leur histoire se confond avec celle des pays concernés jusqu'en 1989, année des premiers grands bouleversements. Depuis cette date, les partis communistes d'Europe centrale et orientale ont changé de nom, adoptant le plus souvent le vocable de « socialiste ». Voir ALLEMAGNE (République démocratique allemande), BULGARIE, HONGRIE, POLOGNE, ROUMANIE et TCHÉCOSLOVAQUIE. France. Le parti communiste français naquit le 29 déc. 1920 au congrès socialiste SFIO de Tours, où la majorité se prononça pour l'adhésion à la IIIe Internationale (Komintern) et constitua la SFIC (Section française de l'Internationale communiste) ; la minorité fit scission et continua la SFIO (v. SOCIALISME). Le parti communiste garda le contrôle de l'ancien organe de Jaurès, L'Humanité. La scission de l'ancien parti socialiste entraîna celle de la Confédération générale du travail, et, en 1922, les communistes créèrent une nouvelle centrale syndicale, la CGTU (U pour « unitaire »). Après L.-O. Frossard (1920/23) et Albert Treint (1923/24), le secrétariat général passa à Pierre Sémard (1924/29), qui entreprit la « bolchevisation » du parti. Après une brève période de secrétariat collectif, avec Barbé, Célor, Frachon et Thorez (1929/30), Maurice Thorez devint secrétaire général en oct. 1930 ; il devait conserver ce poste jusqu'en mai 1964. Jusqu'en 1932, la SFIC voulut être un parti révolutionnaire, prêt à recourir à tous les moyens, légaux ou illégaux, pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie. Violemment antimilitariste et internationaliste, il fit campagne pour l'annulation du traité de Versailles, contre l'occupation de la Ruhr (1923) et contre la guerre du Rif (1925). Ses positions extrêmes qui l'isolaient au sein de la gauche firent rapidement diminuer ses effectifs, qui tombèrent de 131 000 adhérents en 1921 à 52 000 en 1923. Mais le parti attirait des intellectuels (adhésion des surréalistes, avec Aragon, en 1927) et comptait de nombreux sympathisants chez les instituteurs. Les principaux chefs du parti furent poursuivis et momentanément arrêtés (1929). La chute des effectifs se poursuivant, le parti n'avait plus que 29 000 adhérents en 1931. Le nombre de ses députés tomba de 26 en 1924 à 12 en 1928 et à 11 en 1932 avec 8,4 % des suffrages. Cette période fut également marquée par de nombreux départs ou exclusions (L.-O. Frossard en 1923, Boris Souvarine en 1924, Barbé et Célor en 1931, Doriot en 1934). Thorez fut le grand artisan du redressement du parti qu'il aligna rigoureusement sur la ligne définie par Moscou et qui se distingua entre tous par sa fidélité à Staline. Suivant les directives du Komintern, il amorça, dès la fin de 1932, un rapprochement avec les socialistes, mais cette nouvelle politique ne se concrétisa qu'après l'émeute du 6-Février et la réaction des forces de gauche qu'elle provoqua. Après de laborieuses négociations, le PC et la SFIO signèrent un pacte d'unité d'action (27 juill. 1934), et, au mois d'oct. suivant, Thorez lança l'idée d'un Front populaire, élargi aux radicaux. La conclusion par Laval du pacte franco-soviétique (1935) contribua à réintégrer les communistes dans la vie politique française, qui, désormais, se firent les champions de la défense nationale et de l'union des forces démocratiques contre la menace hitlérienne. En avr. 1936, Thorez inaugurait la politique de la « main tendue » aux catholiques.
La victoire du Front populaire (avr./mai 1936) vit une spectaculaire remontée du parti communiste, qui obtint 72 sièges et 15,3 % des suffrages. Lorsque Léon Blum forma son ministère, les communistes adoptèrent une politique de soutien sans participation. Maurice Thorez contribua à mettre fin aux grands mouvements de grève, qui risquaient de paralyser le pays, mais le parti attaqua vivement l'attitude de non-intervention adoptée par Blum lors de la guerre civile d'Espagne. Cependant, au nom de la lutte contre le fascisme, les communistes continuèrent à soutenir les gouvernements successifs du Front populaire, jusqu'à la rupture provoquée par Daladier et les radicaux (5 déc. 1938). Le parti communiste français approuva le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, ce qui permit au gouvernement Daladier de dissoudre ses organisations (sept. 1939) ; plusieurs de ses dirigeants furent arrêtés, tandis que Maurice Thorez désertait (oct. 1939) pour rejoindre l'URSS. Au début de l'occupation allemande, le parti communiste eut une attitude pour le moins ambiguë, qui désorienta la plupart des militants, et certains de ses dirigeants essayèrent même de faire reparaître à Paris L'Humanité. Cependant, Gabriel Péri, l'un des membres du Comité central, fut arrêté dès mai 1941 pour diffusion de journaux clandestins (il devait être fusillé par les Allemands en déc.) et, après l'attaque allemande contre l'URSS (22 juin 1941), les cadres et les militants communistes se mirent à l'avant-garde de la Résistance intérieure. Ils créèrent les Francs-Tireurs et Partisans et s'efforcèrent d'étendre leur influence politique dans la Résistance par des groupements tels que le Front national. En 1943, les représentants du parti communiste entrèrent dans le Conseil national de la Résistance, et, en avr. 1944, le général de Gaulle appela deux communistes, François Billoux et Fernand Grenier, à siéger dans le Comité français de libération nationale à Alger. Le rôle important qu'il avait joué dans la Résistance valut au parti, après la Libération, une large audience dans le pays. Au lieu de profiter du chaos pour s'emparer du pouvoir, les communistes apportèrent leur concours à de Gaulle en poussant à l'effort de guerre et à la production. Amnistié par de Gaulle (31 oct. 1944), Maurice Thorez rentra de Moscou et approuva la dissolution des milices patriotiques, qui constituaient une force armée, en majorité communiste. Aux élections d'oct. 1945, le parti, fort de son prestige de « parti des fusillés », recueillit plus de 5 millions de suffrages (26 % des voix) et devint le « premier parti de France » ; il atteignait son plus fort pourcentage (28,6 %) aux élections de nov. 1956 et, jusqu'à la fin de la IVe République, ne devait jamais descendre au-dessous de 25 % des voix. Le général de Gaulle, qui avait des communistes dans son gouvernement depuis la Libération, nomma Thorez ministre d'État (nov. 1945), mais se refusa toujours à confier à un communiste un ministère clé (Affaires étrangères, Intérieur, Justice ou Défense nationale). Après le départ du général de Gaulle (janv. 1946), les communistes continuèrent à gouverner avec les socialistes et le MRP, mais le début de la guerre froide, la pression des Américains, la mise en place du plan Marshall, le refus des députés communistes de voter les crédits militaires pour l'Indochine amenèrent le président du Conseil socialiste P. Ramadier à exclure les ministres communistes de son gouvernement (5 mai 1947).
La guerre froide et l'impression profonde laissée par le « coup de Prague » (févr. 1948) et par l'élimination brutale des opposants dans les démocraties populaires devaient rejeter les communistes dans une sorte de ghetto politique. Leur vote en faveur de l'investiture de Mendès France, en juin 1954, n'eut d'autre résultat que de le compromettre aux yeux d'une large partie de l'opinion publique. Mais le parti conservait son implantation électorale ; il contrôlait la CGT et des organisations comme les Partisans de la paix, qui rassemblaient ses « compagnons de route ». À la Libération, de nombreux intellectuels, universitaires, artistes s'étaient tournés vers lui, mais beaucoup s'en éloignèrent après la tragédie de Budapest (1956). Avec l'instauration de la Ve République, les élections de nov. 1958 virent un recul important du PCF, qui ne recueillit que 18,9 % des voix. La déstalinisation fut lente, malgré les révélations du rapport Khrouchtchev (févr. 1956), dénonçant les crimes de Staline et le culte de la personnalité. Le PCF ne revint jamais sur le principe léniniste du « centralisme démocratique », interdisant l'existence de fractions luttant, au-delà des décisions majoritaires, pour le triomphe de leurs idées, mais le concept de « dictature du prolétariat » fut abandonné en 1976. Ce monolithisme eut pour conséquence le départ ou l'exclusion de nombreux opposants internes. La direction communiste ne connut donc, après la mort de M. Thorez, que trois secrétaires généraux : Waldeck Rochet de 1964 à 1970, Georges Marchais de 1970 à 1994 et Robert Hue. Les communistes luttèrent vigoureusement contre la guerre coloniale en Algérie et s'opposèrent à la prise du pouvoir par de Gaulle en 1958 ; ils soutinrent contre celui-ci la candidature de F. Mitterrand en 1965. Ils prirent part aux événements de 1968, mais s'employèrent surtout à faire aboutir les revendications syndicales, niant tout caractère révolutionnaire à la situation. Le parti condamna l'intervention en Tchécoslovaquie en août 1968 et se rapprocha de la gauche socialiste ; il obtint du parti de Mitterrand de s'engager sur un Programme commun (1972) qui préparait les législatives de l'année suivante. En 1974 et 1981, le PCF soutint encore Mitterrand, au second tour de la présidentielle, contre Giscard d'Estaing, mais, dès les législatives de 1978, la gauche aurait pu l'emporter si elle ne s'était divisée à propos du Programme commun. La victoire socialiste de juin 1981, consécutive à l'élection de F. Mitterrand, permit au PCF de revenir au pouvoir après plus de trente ans d'opposition, avec quatre ministres dans le gouvernement de Pierre Mauroy. Mais, refusant de cautionner l'inflexion politique du nouveau gouvernement Fabius en 1984, il retourna dans l'opposition. Ayant encore appelé à voter Mitterrand au second tour de la présidentielle de 1988, il refusa d'entrer dans la majorité parlementaire après les législatives qui suivirent. La chute du mur de Berlin (nov. 1989) et l'effondrement du bloc communiste ruinèrent les valeurs et l'idéologie défendues par le PCF. Alors qu'aux municipales et aux européennes de 1989 le PC enregistrait un nouveau recul, plusieurs dirigeants cherchèrent à rénover les structures du parti de l'intérieur. Ces initiatives, contrairement aux précédentes, ne provoquèrent pas d'exclusion de membres du parti. En 1994, après vingt-quatre années de domination sur le PCF, G. Marchais cédait le poste de secrétaire général à Robert Hue. Après s'être présenté à l'élection présidentielle de 1995, ce dernier anima la campagne communiste lors des élections législatives anticipées de mai-juin 1997 et maintint son parti à un score de 10 % des suffrages. En juin 1997, des ministres communistes entrèrent dans le gouvernement de Lionel Jospin. En janv. 2003, Marie-George Buffet est devenue secrétaire nationale du parti.
Grande-Bretagne. Bien que fondé dès 1920, le parti communiste anglais, qui se heurtait aux puissants courants du socialisme fabien et du Labour Party, n'exerça jamais d'influence. Deux députés communistes furent élus en 1945, mais le parti perdit toute représentation parlementaire dès 1950. Italie. Fondé après la scission intervenue dans le parti socialiste au congrès de Livourne (janv. 1921), le parti communiste italien posséda les meilleurs théoriciens du mouvement en Europe occidentale (Togliatti, Gramsci). Il obtint 16 sièges aux élections de mai 1921 et 19 aux élections d'avr. 1924. Son quotidien, L'Unità, fut fondé en févr. 1924. Mais le parti et ses journaux furent supprimés dès 1925 par Mussolini et les militants entrèrent dans la clandestinité ou prirent le chemin de l'émigration. (Gramsci devait mourir en prison.) À partir de 1943, les communistes italiens jouèrent un rôle important dans le mouvement des partisans, et, en avr. 1945, ils prirent l'initiative de l'exécution sommaire de Mussolini. Secrétaire général du PCI, Palmiro Togliatti, formé à Moscou durant son exil, fit de son parti un puissant mouvement de masse, mais pourvu aussi d'une force intellectuelle supérieure à celle des autres partis communistes occidentaux. Comme leurs camarades français, les communistes italiens n'essayèrent pas, à la fin de la guerre, de se saisir du pouvoir par la force et jouèrent le jeu démocratique et parlementaire. En mars 1944, Togliatti, qui venait de rentrer de Moscou, accepta la participation des communistes au gouvernement royal de Badoglio ; soucieux de gagner des adhérents parmi les catholiques, le parti ne fit pas non plus d'objection à la consécration des accords du Latran par la nouvelle Constitution. Éliminés du gouvernement De Gasperi en mai 1947, les communistes maintinrent l'unité d'action avec le PSI de Nenni (ce pacte fut rompu par les socialistes en 1959). Le parti vit le nombre de ses adhérents passer de 15 000 en 1943 à plus de 2 millions et demi en 1947, cependant que le pourcentage de ses suffrages s'élevait de 19 % en 1946 à 22,6 % en 1953 et à plus de 25 % en 1963. Dès le début de la déstalinisation, Togliatti se fit l'avocat du polycentrisme. Assez peu favorable à Khrouchtchev, le PC italien se rangea cependant du côté des Soviétiques dans le conflit Moscou-Pékin, mais refusa toute excommunication solennelle des Chinois. Avec plus de netteté que le PC français, il réprouva, en 1968, l'intervention des forces du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Sous la direction de Berlinguer à partir de 1972, le PCI a accentué son indépendance à l'égard de Moscou et des autres partis communistes européens. Prêt à accommoder les principes marxistes à la réalité italienne, il a préconisé un « compromis historique » qui lui aurait permis de participer aux responsabilités gouvernementales aux côtés des démocrates-chrétiens. S'inspirant de l'enseignement de Gramsci, il s'est efforcé de pénétrer dans les milieux les plus divers de la société, en particulier chez les intellectuels, les artistes et les journalistes. Cette politique lui valut, aux élections régionales et municipales de juin 1975, de dépasser pour la première fois le seuil des 30 % des voix. Aux élections générales de 1976, il atteignait 34,4 % des voix, soit un bond de plus de 7 % par rapport aux élections de 1972.
Ainsi le PCI obtint-il de G. Andreotti d'importantes concessions, notamment de participer à l'élaboration du programme gouvernemental. Puis l'affaire Moro lui permit, le 16 mars 1978, d'entrer officiellement au sein de la majorité parlementaire. Mais l'Italie sembla s'orienter vers le centrisme. Des reculs répétés du PCI amenèrent Enrico Berlinguer, en 1981 et en 1982, à souligner ses divergences avec l'URSS, notamment en ce qui concernait l'Afghanistan et la Pologne, sans pour autant renier les liens avec le PC soviétique. Le PCI en tira un surcroît de popularité (33,5 % des voix aux élections européennes de 1984) et devint le premier parti d'Italie. Alessandro Natta a succédé à E. Berlinguer, décédé le 11 juin 1984. Aux législatives de 1987, le PCI n'obtenait plus que 28,3 % des voix et ce recul électoral précipita l'évolution sociale-démocrate du parti. Achille Occhetto remplaça A. Natta en 1988. Face au repli sectaire des autres partis communistes européens, et voulant rompre son isolement, le nouveau secrétaire général fit de son parti un prosélyte de l'intégration européenne et de l'union politique de l'Europe sous l'autorité d'un gouvernement supranational. Les bouleversements à l'Est, consécutifs à la chute du mur de Berlin, provoquèrent un vif débat au sein du PCI qui décida sa transformation en parti démocratique de la gauche (PDS) au congrès de Rimini en févr. 1991. Une minorité refusa cependant le changement et fonda Rifondazione communista. Les résultats électoraux de cette formation politique restèrent inférieurs à 10 % des suffrages lors des différentes consultations électorales tenues de 1992 à 1996. Elle joua cependant un rôle clé : elle participa à plusieurs coalitions de gauche et le retrait de son soutien à Romano Prodi en sept. 1998 provoqua la chute de son gouvernement. Les élections européennes de juin 1999 témoignèrent de l'érosion de sa base électorale (4,3 % contre 6,1 % en 1994). En 2000, il a pris le nom de Démocrates de gauche, au sein de la coalition de centre gauche. Japon. Fondé dans l'illégalité en juill. 1922, le parti communiste japonais (Nihon Kyosanto) connut longtemps une existence précaire et persécutée. À partir de 1928, la répression policière l'obligea à cesser toute activité organisée jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Reconstitué en déc. 1945, il adopta d'abord une ligne nationale-communiste, qui lui valut un certain succès aux élections de 1949 (9,8 % des voix) mais fut condamnée par le Kominform en 1950. Dès 1951, les communistes japonais s'alignèrent sur les positions des communistes chinois. Le PCJ rompit avec Moscou en 1964, mais également avec Pékin en 1966, et dénonça désormais le « révisionnisme de droite » et le « dogmatisme de gauche », affirmant sa volonté d'indépendance en face de toute tentative d'hégémonie au sein du communisme mondial. En 1976, le PCJ, sous l'égide de Kenji Myamoto, renonça à la notion de dictature du prolétariat. S'il put, dans les années 1970, conquérir plusieurs grandes villes en s'alliant au parti socialiste japonais, ses résultats ne dépassèrent jamais 12 % des voix. En recul au milieu des années 1990, le PCJ
COMMUNISME. Nom donné à l'organisation sociale fondée sur la suppression de la propriété des moyens de production et d'échange au profit de la propriété collective. Le communisme désigne aussi le système social, politique et économique proposé par Marx et enrichi par Lénine. La doctrine marxiste-léniniste proposait, après la « révolution prolétarienne », la distinction de deux étapes : celle du socialisme (« À chacun selon son travail ») qui correspondait à la collectivisation des moyens de production et d'échange et à la dictature du prolétariat, et celle du communisme (« À chacun selon ses besoins ») fondé sur la disparition des classes sociales et le dépérissement de l'État. COMMUNISME DE GUERRE. Nom donné à la période de guerre civile (1918-1921) en Russie qui suivit la révolution d'Octobre 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks. La terreur politique et économique qui caractérisa le communisme de guerre permit de vaincre la contre-révolution intérieure soutenue par l'intervention militaire des Anglais, des Français, des Américains et des Japonais. Cette situation catastrophique, comparable à celle de la France en 1793, contraignit le gouvernement bolchevique à prendre des mesures d'exception afin d'assurer l'équipement et le ravitaillement des soldats, indispensable à la victoire militaire et au ravitaillement des villes. Le renforcement du pouvoir de l'Etat dans lequel le parti communiste occupait une place essentielle, aboutit à l'élimination des partis et de la presse d'opposition. Le parti communiste, instrument de la « dictature du prolétariat », devint ainsi parti unique, tandis que déclinaient les soviets qui avaient symbolisé la participation du peuple à la Révolution. Une police politique, la Tchéka, fut chargée de dépister et de combattre toute opposition. Le communisme de guerre, en mettant à l'ordre du jour le problème du ravitaillement, organisa la nationalisation de l'industrie (novembre 1920) et surtout la réquisition des récoltes, poursuivant énergiquement les spéculateurs qui stockaient le blé pour le vendre plus cher. Si la terreur politique et économique permit aux bolcheviks de vaincre la contre-révolution, l'opposition des masses populaires, victimes de la disette, amena Lénine à promouvoir une « nouvelle politique économique », la NEP. Voir Révolutions russes de 1917. COMMUNISTE CHINOIS (Parti, PCC). Parti unique de la République populaire de Chine, fondé en 1921 à Shanghai. À l'origine, le PCC s'ouvrit, conformément à l'orthodoxie soviétique, prioritairement à la classe ouvrière, contribuant au développement du syndicalisme chinois. Entre 1923 et 1927, il constitua un front uni avec le Guomindang de Sun Yat-sen, puis rompit son alliance lorsque le parti nationaliste, dirigé par Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) devint anticommuniste, écrasant la grève ouvrière de Canton (1927). Mao Zedong, membre du comité central depuis 1923, qui voyait dans les masses paysannes la force principale de la révolution chinoise, parvint en 1931 à établir dans le Jiangxi (Chine du Sud-Ouest) une République soviétique chinoise. Après la Longue Marche (1934-1935) provoquée par l'encerclement des armées du Guomindang, le PCC, dirigé par Mao, décida après l'agression japonaise, de re nouer avec Tchang Kaï-chek pour organiser la résistance nationale (1936-1945). Après une guerre civile qui opposa nationalistes et communistes, la République populaire de Chine fut proclamée en octobre 1949. Dès lors, l'histoire du PCC, ponctuée par de nombreuses crises internes, se confond avec celle de la Chine. Voir Chen Du Xiu, Li Dazhao, Liu Shaoqi. COMMUNISTE DE L'UNION SOVIÉTIQUE (Parti, PCUS). Parti unique de l'URSS fondé en mars 1918 et issu du Parti social-démocrate créé en 1898 et qui se scinda en deux tendances, bolchevik et menchevik, en 1903. Le parti communiste (bolchevik), dirigé par Lénine, fut l'organisateur de la révolution d'Octobre 1917. Détenteur du pouvoir en URSS jusqu'en 1990, son histoire se confondit avec celle de ce pays. Elite de révolutionnaires professionnels sous Lénine, organe épuré et soumis à son secrétaire général sous Staline, le PCUS (nom datant de 1952) connut ensuite une augmentation de ses effectifs et de sa représentativité. Mais il resta, jusqu'aux réformes de Gorbatchev (1988-1990), le lieu où se recrutaient l'élite sociale, la pépinière de cadres et de bureaucrates. En théorie, l'organe suprême du PCUS était le Congrès qui, tous les cinq ans, élisait le comité central. Mais dans la réalité, les véritables organisations dirigeantes furent le Politburo et le secrétariat. Parti soumis au centralisme démocratique, dans lequel les tendances sont interdites (soumission de la minorité), il se confondit toujours avec l'État : approbation du plan et du budget avant qu'ils ne soient soumis au Soviet suprême, nomination de ses membres aux emplois politiques, administratifs et sociaux (la nomenklatura). En novembre 1991, le PCUS a vu ses activités « suspendues » par décret de Boris leltsine. COMMUNISTE FRANÇAIS (Parti, PCF). Parti politique né de la scission du parti socialiste (SFIO) au congrès de Tours en décembre 1920, la majorité de ses représentants se prononçant pour l'adhésion à la Troisième Internationale (communiste). Parti fortement structuré rallié à l'idéologie marxiste-léniniste de la révolution prolétarienne, avec pour organe de presse L'Humanité, il adopta jusque dans les années 30 la tactique dite « classe contre classe », rompant ainsi avec la vieille tradition républicaine française d'union des gauches au second tour. Face à l'essor des ligues d'extrême droite et à la montée du fascisme en Europe, le PCF sortit de son isolement en décidant de donner la priorité à la défense de la démocratie sous l'impulsion de son secrétaire général, Maurice Thorez. Il se rallia au Front populaire et, devenu le « parti de la classe ouvrière », connut alors d'importants progrès en adhérents, en voix et en élus. La signature du pacte germano-soviétique à la veille de la Seconde Guerre mondiale (août 1939) provoqua un profond malaise dans le parti qui fut bientôt interdit (septembre 1939). Isolé et désorganisé par les défections et la répression, le PCF ne se prononça qu'à la fin de 1940 pour la résistance contre l'Allemagne, engageant toutes ses forces après l'invasion de l'URSS (1941). Représenté au Conseil national de la Résistance et au gouvernement provisoire d'Alger, le PC était devenu à la Libération l'une des premières formations politiques françaises. Parti de gouvernement de 1945 à 1947 (tripartisme), ses ministres participèrent à la nationalisation des grandes entreprises, la création de la Sécurité sociale et l'élaboration du statut général de la fonction publique. Exclu du gouvernement en 1947 en raison de la guerre froide, le PC, devenu parti d'opposition, se montra hostile à la politique proaméricaine de la France, au réarmement allemand et aux guerres coloniales. Fidèle allié de Moscou, très lent à se déstaliniser même après le XXe congrès du PCUS, le PCF, avec Waldeck-Rochet puis Georges Marchais, adopta une politique d'ouverture à l'égard des socialistes en signant avec ces derniers un programme commun de gouvernement en 1972 (rompu en 1977 lors de sa réactualisation). Il opéra aussi une révision doctrinale en abandonnant le concept de « dictature du prolétariat» (1976). Encore premier parti de la gauche en 1973, le PCF accuse depuis cette date un recul électoral important. Après l'élection présidentielle de François Mitterrand, quatre ministres communistes participèrent au gouvernement Mauroy (1981-1984). L'opposition du PCF au ministère de Laurent Fabius marqua la fin de l'union de la gauche. Depuis 1994, le PCF est dirigé par Robert Hue. COMMUNISTE ITALIEN (Parti, PCI). Parti constitué en 1922 et issu d'une scission au sein du parti socialiste au congrès de Livourne, les « maximalistes » adhérant à la Troisième Internationale (Komin-tem, 1919). Très tôt divisé en plusieurs tendances, le PCI, interdit sous Mussolini, participa à la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale. Auparavant très marginal, il devint, par sa distance précoce prise à l'égard de l'URSS, le parti communiste le plus important d'Europe occidentale, remportant d'importants succès électoraux. Le parti a décidé, en 1990, d'abandonner toute référence au communisme et a changé de nom en 1991 (Parti démocrate de la gauche). Voir Berlinguer (Enrico).