COLOMBIE
État de l'Amérique du Sud, le seul baigné à la fois par l'océan Atlantique et l'océan Pacifique ; capitale Bogotá. Le territoire actuel de la Colombie était peuplé il y a au moins 11 000 ans (El Abra, Tibito) et des vestiges mégalithiques ont été découverts en 1941 par Paul Rivet. À l'arrivée des Espagnols, le principal foyer de civilisation était celui des Chibchas, dans les hauts plateaux orientaux. La côte atlantique fut explorée pour la première fois en 1499 par Hojeda et Vespucci. Dès 1510, la colonisation espagnole commença dans l'isthme de Panamá, et, après 1525, furent fondés, en Colombie même, les premiers établissements de Santa Marta et de Cartagena. De 1536 à 1539, Jiménez de Quesada soumit les royaumes chibchas de la région de Bogotá et fonda, le 6 août 1538, la Cité de Nouvelle-Grenade (d'après le nom de sa ville natale). Cette contrée devint la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, qui englobait, outre la plus grande partie de la Colombie actuelle, le Venezuela et l'Équateur. Elle n'intéressait guère les Espagnols que pour ses richesses aurifères. C'est en 1810 que commença le soulèvement de la population créole ; il se heurta à une violente réaction des Espagnols et l'indépendance ne fut définitivement acquise que neuf ans plus tard, par la victoire de Bolívar à Boyacá (7 août 1819). Au congrès d'Angostura (déc. 1819) fut fondée la république de Grande-Colombie qui englobait le Venezuela, l'Équateur et le Panamá. Cette union ne devait pas survivre à Bolívar, et, en 1830, le Venezuela et l'Équateur se constituèrent en États séparés. Durant tout le XIXe s., la vie politique colombienne fut troublée par de sanglantes guerres civiles entre conservateurs (centralistes) et libéraux (fédéralistes). Ce furent d'abord les libéraux qui l'emportèrent, et leur principal chef, Tomás Cipriano de Mosquera, imposa en 1863 la Constitution fédérale des États-Unis de Colombie. Mais, en 1886, les conservateurs, avec Rafael Nuñez, revinrent au pouvoir (ils devaient y rester jusqu'en 1930). Une nouvelle Constitution centraliste fut adoptée dès 1886 et la république fédérale devint une république unitaire (v. PANAMÁ). À la suite de la crise économique de 1929, les libéraux revinrent au pouvoir, et ils s'y maintinrent jusqu'en 1946. Une guerre civile opposant libéraux et conservateurs, entre 1948 et 1953, fit entre 200 et 300 000 morts ; elle spolia nombre de petits propriétaires et permit la constitution d'immenses fortunes foncières (72 % du sol cultivable pour 6 % de la population). En 1953, l'armée dirigée par le général Rojas Pinilla mit fin au massacre. Les principes d'une alternance entre les deux partis furent définis, et le pouvoir fut rendu aux civils en 1958. En 1961 naquirent l'Armée de libération nationale (ALN), guérilla procastriste, puis, en 1965, les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC), proches des communistes, et, en 1974, le Mouvement du 19 avril (M19), plus radical encore. Les propriétaires fonciers utilisèrent des milices privées, au caractère quasi institutionnel et le clientélisme fut érigé en mode de gouvernement par les deux partis qui s'échangeaient le pouvoir. Ajoutant à cette anarchie, ou s'y mêlant, les trafiquants de drogue contrôlaient la région de Medellin, centre du trafic de la marijuana et de la cocaïne ; ses recettes atteignirent le double de celles du café dont la Colombie était le deuxième pays exportateur mondial. 000200000F4B00000D5A F45,Le président Belisario Betancour (conservateur), élu en 1982, tenta de ramener la paix en levant un état de siège vieux de trente-quatre ans et proposa l'amnistie aux guérilleros qui déposeraient les armes. Cette tentative d'apaisement suscita l'opposition des militaires d'extrême droite, considérant toute négociation comme une victoire communiste. L'échec du président Betancour fut sanctionné par le massacre, en nov. 1985, d'un commando du M19 et de ses otages. Le nouveau président, libéral, élu en 1986, Virgilio Barco, n'avait plus aucun pouvoir ; les exécutions politiques de civils se comptaient par centaines. En 1987, les guérillas se regroupèrent dans une « coordination Simón Bolívar ». Cependant, en 1987, avec la première extradition vers les États-Unis d'un dirigeant du cartel de Medellin, Carlos Ledher, les milieux de la drogue, sentant leur impunité menacée, entrèrent en guerre ouverte contre le régime et devinrent les principaux acteurs de la violence : meurtres de trois candidats à la présidence (Luis Carlos Galan, libéral, Bernardo Jaramillo Ossa, Union patriotique, et Carlos Pizarro, M19), ainsi que de nombreux magistrats et journalistes. Un nouveau candidat, le libéral César Gaviria, fut élu à la présidence de la République le 27 mai 1990 avec 47 % des voix. Il fit entrer dans son gouvernement Antonio Navarro, numéro 2 du M19, mouvement d'opposition réintégré en 1990 à la vie politique légale, poursuivant ainsi le processus de réconciliation nationale engagé avec la guérilla. Cependant, les négociations avec la coordination nationale de la guérilla Simón Bolívar n'aboutirent pas. La politique d'ouverture et de dialogue prônée par le président Gaviria n'arrêta pas la violence, attisée par des alliances entre cartels et guérillas. L'état d'urgence fut rétabli en nov. 1992, les effectifs de l'armée et des groupes paramilitaires progouvernementaux renforcés. Les investissements étrangers, attirés par une croissance économique continue depuis plus de cinquante ans, par des mesures de libéralisation et par la découverte de nouveaux gisements de pétrole, ont été multipliés par dix entre 1990 et 1993. Cependant, l'inflation annuelle restait, en 1993, aux alentours de 20 % et les inégalités sociales ne s'estompaient pas, 45 % des Colombiens vivant encore au-dessous du seuil de pauvreté. Le libéral Ernesto Samper, élu président, à une courte majorité, le 19 juin 1994, entendait donner la priorité à la politique sociale. En juin 1996, le Congrès colombien l'innocenta des charges de corruption qui pesaient sur lui. En mars 1998, le parti libéral sortit vainqueur des élections et, au mois de juin, Andrés Pastrana fut élu président de la République, succédant ainsi à Samper. Il engagea immédiatement des négociations avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC). Ces pourparlers aboutirent à la démilitarisation, en juill., d'une région du pays dont l'administration fut confiée à la FARC, sans pour autant mettre fin à tous les combats entre l'armée, les groupes paramilitaires et la guérilla. En août 1999, la politique économique d'A. Pastrana provoqua une grève générale qui fut très suivie. En sept., il annonça un plan de relance de la paix et de l'économie - prévoyant des réformes et des privatisations - soutenu par le FMI, qui promit 6 milliards de dollars, auxquels vinrent s'ajouter, en août 2000, des subsides américains destinés à la lutte antistupéfiants. Des négociations avec la guérilla de l'Armée de libération nationale (ELN) aboutirent, en mai 2000, à la création d'une seconde zone démilitarisée confiée à l'ELN, mais l'Union européenne refusa de cautionner le plan de paix du président. En 2002, A. Pastrana a déclaré la fin du processus de paix ; les FARC ont riposté par l'enlèvement d'Ingrid Betancourt, candidate à l'élection présidentielle du mois de mai. Alvato Uribe a été élu président au premier tour.