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COLBERT Jean-Baptiste

Homme politique français. Fils d'un marchand drapier de Reims, il débuta comme simple commis dans les bureaux de la Guerre. Puis il devint l'homme de confiance de Mazarin, gérant l'immense fortune du cardinal, sans négliger la sienne. Mazarin, avant de mourir, recommanda à Louis XIV ses qualités de travailleur acharné et méthodique et son dévouement à l'État. Intendant des Finances, il s'appliqua avec patience et perfidie à ruiner auprès du roi le crédit de Fouquet. Ce dernier abattu, il cumula progressivement les fonctions de surintendant des Bâtiments et Manufactures, de contrôleur général des Finances (1665), du secrétaire d'État à la Maison du roi et à la Marine. Ces charges lui donnaient la haute main sur toute la vie économique du pays ; elles lui permirent aussi de construire une grande fortune et de placer ses proches dans des positions de pouvoir ou de prestige. Il devint le chef d'un clan, rival de celui de Le Tellier et de son fils Louvois. Serviteur dévoué, Colbert mit son énergie et ses pouvoirs à accroître la puissance du roi. Il réforma les Finances, en organisant le budget, qui pour un temps fut en équilibre, et en faisant la chasse aux exemptions indues. Il renforça l'autorité des intendants dans les provinces. Il entreprit d'unifier le système juridique français par une série de grandes ordonnances. Colbert surtout a donné son nom à la forme française du mercantilisme (v.). Se proposant d'accumuler les métaux précieux dans le pays, il s'efforça de réduire les importations en taxant lourdement les produits anglais et hollandais, et d'accroître les exportations en encourageant les manufactures et les compagnies de commerce privilégiées. La vie intellectuelle et artistique n'échappa pas à son action. Il regroupa savants et artistes dans des académies, et il fut le grand dispensateur du mécénat royal.

Colbert, Jean-Baptiste (Reims 1619-Paris 1683) ; homme politique et ministre français.

Statufié et mythifié, il a été longtemps entouré d’une tenace idolâtrie. De nos jours il est l’objet d’une réévaluation, quasiment iconoclaste, qui relativise son action et en montre les limites. Il appartient à une famille qui a su pratiquer une intelligente progression sociale : ses ancêtres avaient été laboureurs, transporteurs, maçons avant de devenir au XVIe siècle de grands marchands et banquiers internationaux, qui ont l’art de profiter de la situation géographique de Reims, où ils sont installés, pour se lancer dans le commerce européen. Jean-Baptiste exerce différents emplois avant que son père ne lui achète une charge de commissaire des guerres. Il entre ainsi dans les affaires de l’État. En 1648, il devient le commis du secrétaire d’État à la Guerre Michel Le Tellier, épouse Marie Charron, une riche héritière, et devient conseiller d’État, ce qui lui permet d’acquérir la noblesse. Il est détaché en juin 1651 au service de Mazarin. Il prend en charge les affaires personnelles du cardinal, en particulier quand celui-ci est obligé de s’exiler. La Fronde achevée, C. reste son intendant. Peu à peu Mazarin l’initie aux problèmes et aux usages financiers. Lui-même profite de sa faveur pour commencer, sans grand scrupule, à bâtir sa fortune. En 1657 débute son « duel » contre Fouquet, qui se poursuit avec férocité jusqu’au moment où le surintendant des Finances est disgracié et jugé. C. est poussé par une jalousie féroce mais aussi par un sens aigu de l’État, qu’il trouvait compromis par les méthodes et l’ambition du surintendant. Il remplace ce dernier mais avec le simple titre d’intendant des Finances. Devenu l’homme de confiance de Louis XIV, celui-ci lui confie de nouvelles responsabilités : la surintendance des Bâtiments, Arts et Manufactures (1664), la charge de contrôleur général des Finances (1665), le secrétariat d’État à la Maison du roi (1668) et à la Marine (1669). Désormais, dans les affaires du royaume ne lui échappent que la Guerre laissée aux Le Tellier et les Affaires étrangères, domaine réservé de Hugues de Lionne. Ce bourgeois-gentilhomme anobli a tout d’un parvenu, dont il a le vain orgueil. Majordome-comptable et confident du monarque, il est froid et glacial (Mme de Sévigné le surnommait « le Nord »), mais d’une énergie à toute épreuve. Travailleur obstiné, fidèle au roi, dont il est au sens noble le « domestique », il est épris d’ordre et de méthode. C’est aussi un homme de cabinet, qui connaît parfaitement les dossiers, mais avec le défaut du dogmatisme. Il ne sait pas (ou peu) plier devant les réalités. Trop sûr de lui, il est incapable d’évoluer et de transformer ses avis. Une telle personnalité n’avait rien qui puisse plaire à la cour, qui le déteste. Âpre et avaricieux, il profite du pouvoir pour faire sa fortune (il devient seigneur et marquis de Seignelay et parle avec vanité de « ses vassaux ») mais aussi celle de son clan : il place ses frères, ses filles, qui deviennent duchesse de Chevreuse, de Beauvilliers, de Mortemart, ses fils (l’un à la Marine, l’autre à l’archevêché de Rouen), son beau-frère, ses neveux, ses cousins. Si l’homme n’est guère plaisant, le ministre, en dépit de ses erreurs et de ses limites, force malgré tout la sympathie. Il mène une action réformatrice dans le domaine financier, économique, commercial, maritime et intellectuel. Mais des contraintes s’opposent à son action : le souci d’ordre ne peut être établi que dans la comptabilité et non dans la préfiguration du budget, ce qu’il tente néanmoins ; Louis XIV, épris de grandeur, fausse le jeu par ses dépenses, enfin les guerres et Versailles font le reste. Ces contraintes détruisent les laborieuses volontés de cohérence et d’efficacité. Le déficit réapparaît dès la déclaration de guerre à la Hollande (1672). Pour rétablir l’équilibre financier, il prend pourtant des mesures : la chambre de Justice de 1662 réussit à faire rendre gorge à quelques fermiers de l’État trop avides, il crée une Caisse des emprunts en 1674 pour les limiter et les contrôler, il vend des offices, augmente les impôts indirects, affaiblit la taille, poursuit les faux nobles, et, pour établir un semblant d’ordre dans un système fiscal confus et trop diversifié, il crée en 1680 la Ferme générale chargée de recueillir toutes les impositions, sauf la taille. Son action est relayée en province par le corps des intendants, qui deviennent des administrateurs fixes à partir de 1680. Enfin il pousse Louis XIV à donner plus de clarté et d’efficacité à la justice par la codification de la législation grâce à des ordonnances qui se succèdent de 1667 à 1687 en matière civile, criminelle et commerciale. Il attend de l’économie qu’elle assure une meilleure santé financière. Pour lui prime la monnaie. C’est pourquoi il développe une action que l'on a appelée le « colbertisme » mais qui est l’application d’un mercantilisme qui a déjà eu ses théoriciens et ses praticiens en Espagne dès le XVIe siècle et ensuite en France avec Laffemas et Montchrestien. C. est un pessimiste économique : à tort, il refuse toute idée de progrès et de croissance. Pour lui il y a un immobilisme statique de la population, de la consommation, de l’argent et du commerce. Il pense que la masse monétaire est fixe. C’est dans ce cadre figé qu’il développe un mercantilisme très strict. La force de l’Etat se mesure à ses stocks monétaires. Il faut donc, pour en disposer et en acquérir, vendre le plus possible à l’extérieur et importer le moins possible. D’où le recours aux tarifs douaniers (ceux de 1664 ou de 1667), qui protègent contre les concurrences étrangères (en particulier hollandaise), et, en revanche, à l’utilisation d’aides à l’exportation. Le commerce se résume donc à une guerre d’argent. Une politique de bas salaires dans l’artisanat et de bas prix des denrées agricoles l’accompagne. Cette action se poursuit - c’est son aspect positif - par un encouragement à l’industrie et par la concession de monopoles de fabrication. Certaines entreprises sont dirigées directement par l’État comme les Gobelins, Beauvais, La Savonnerie, d’autres indirectement comme Saint-Gobain et Van Robais. La production (draperie et cuirs) s’oriente vers les marchandises de luxe. L’État intervient aussi en faveur du commerce par la création de routes et de voies d’eau (le canal des Deux-Mers, d’Orléans), et surtout par l’aménagement des ports : Brest, Cherbourg, Rochefort et Toulon sont bénéficiaires d’une telle politique. Un conseil des constructions navales est constitué, une flotte de guerre organisée, qui assure la défense et la protection des convois maritimes, l’inscription maritime est imposée en 1661 aux populations côtières pour mieux assurer le recrutement des matelots. Enfin, c’est la création, déjà tentée sous Richelieu, de compagnies de commerce à monopoles et à privilèges sur le modèle anglais et hollandais : la Compagnie des Indes orientales voit le jour en 1664, celle des Indes occidentales en 1664, celle du Nord en 1669 et celle du Levant en 1670. Ces créations sont complétées par des tentatives coloniales, mais dont l’expansion est freinée par les rivalités européennes et les réticences des Français à s’expatrier. À tenter un bilan de l’action de C., on ne peut qu’être frappé par l’effort sans précédent pour émanciper l’économie du cadre étroit des diversités régionales et corporatives, la prospérité de certains centres comme Amiens, Aubusson, Saint-Étienne, Elbeuf ou de ports comme Marseille. Mais beaucoup d’éléments négatifs apparaissent : au niveau de la pensée économique, l’impossibilité de sortir du cadre de la fixité et d’envisager la croissance (ou la récession), au niveau de l’environnement, le poids des dépenses de cour et des guerres, au niveau extérieur, une politique d’agressivité commerciale débouchant inévitablement sur des conflits avec les nations européennes (les Provinces-Unies ou l’Angleterre par exemple). Ce dirigisme, qui ne tient pas compte des contraintes conjoncturelles, a l’inconvénient majeur de sous-estimer l’agriculture, dont vit un royaume resté essentiellement rural, au profit d’une fragile industrie tournée vers les combats et les conquêtes commerciales. La France finit par être paralysée par un système devenu trop rigide et trop contraignant. La passion de l’ordre et de l’efficacité étatique conduit C. à s’intéresser également au domaine artistique, en tant que surintendant des Bâtiments, des Arts et des Manufactures. C’est lui qui est chargé de financer le mécénat royal. Il fonde, sur ordre royal, l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1663), l’Académie des sciences (1666), l’Académie de France à Rome (1666), il réorganise les Académies de peinture, de sculpture, de musique et d’architecture. Il contribue aussi à l’embellissement de Paris où, entre autres édifices, il fait construire l’Observatoire. Avec les années sa prééminence est moins éclatante. La montée du clan des Le Tellier et de Louvois lui porte ombrage. Son crédit à la cour décline après la guerre de Hollande. Mais il est loin d’être disgracié. Pourtant son oeuvre semble se solder par une série d’échecs : le déficit budgétaire ne cesse de s’accroître, les compagnies végètent et les manufactures écoulent avec peine leurs produits. Quand il meurt, Louis XIV perd l’un de ses plus fidèles serviteurs, qui avait su, malgré ses limites, oeuvrer à l’édification du Grand Siècle.

Bibliographie : J. Meyer, Colbert, 1981.




GOBELINS (Manufacture royale des). Ateliers de tapisseries, établis par Henri IV en 1661 puis installés par Colbert en 1662 dans l'hôtel d'une célèbre famille de teinturiers, les Gobelins, faubourg Saint-Marcel à Paris où elle est encore aujourd'hui. La même année lui fut adjointe la manufacture royale des Meubles. La manufacture nationale travaille aujourd'hui essentiellement pour l'Etat.

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