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Cliché

Cliché Image ou expression devenue banale à force d’avoir été utilisée. Parler d’un incident « qui a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive » correspondit à une formulation originale et amusante dans un premier temps, mais c’est aujourd’hui devenu un cliché. Il en va de même pour « des yeux de biche », « des mains de fée », « des cheveux d’or », « un économiste distingué », « une vue imprenable », etc. Le mot « cliché » est aussi employé pour parler d’une idée banale et simpliste, c’est-à-dire comme un synonyme de « lieu commun » ou de « poncif ». CLICHÉ nom masc. - 1. Procédé de style tellement usé qu’il a perdu toute sa force expressive. 2. Idée banale, poncif. ÉTYM. : le verbe clicher proviendrait d’une onomatopée relative au bruit de la matrice arrivant sur le métal en fusion. Le mot « cliché » se rapporte évidemment au sens technique de reproduire d’une façon identique. Chaque cliché a été d’abord un procédé de style original, mais, par la suite, il est devenu banal à force d’être répété. Écrire, après Chateaubriand, qu’un « rayon scintillait comme une escarboucle enchâssée dans le feuillage » pour décrire un coucher de soleil ne serait pas aujourd’hui d’un grand intérêt. En effet, la langue est faite de clichés. La principale tâche de l’écrivain sera donc d’éviter ou de renouveler ces images et ces expressions stéréotypées. Cette difficulté est la principale source de création poétique et littéraire. Ainsi, au lieu de copier platement Chateaubriand, Baudelaire « rajeunit nos sensations » quand, dans « Harmonie du soir », il nous montre le soleil se noyant « dans son sang qui se fige ». Plus tard, Apollinaire trouvera une variante forte et originale de la même image : « Soleil, cou coupé ». Le rapport au cliché est, bien entendu, dépendant de la doctrine littéraire en vigueur. Le renouvellement des clichés a été, par exemple, l’un des principes mis en oeuvre par les surréalistes. Ils voulaient par là trouver le merveilleux au cœur du quotidien. Cette intention apparaît dans les titres de la plupart des livres d’André Breton : Point du jour, Les Pas perdus, La Clef des champs, L'Amour fou. Mais déjà, au XVIIe siècle, Tristan l’Hermite ne faisait pas autre chose quand, dans « La belle gueuse », il écrivait : « Ses yeux sont des saphirs qui brillent Et ses cheveux qui s’éparpillent Font montre d’un riche trésor : A quoi bon sa triste requête Si pour faire pleuvoir de l'or Elle n'a qu'à baisser la tête. » On voit bien comment l’on est passé du premier sens au second sens. Par extension, le mot cliché employé tout d’abord pour parler de la banalité d’un procédé d’expression a désigné la banalité d’une idée, puis est devenu un équivalent de « lieu commun ». —> Lieu commun