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CLÉOPÂTRE VII

Reine d'Égypte (51/30 av. J.-C.). Fille de Ptolémée XII Aulète, elle épousa, selon la coutume des Lagides, son propre frère, Ptolémée XIII, avec lequel elle régna à partir de 51. Chassée du trône peu après par Pothin, conseiller de son mari, elle fut rétablie en 48 par César, dont elle devint la maîtresse. Ptolémée XIII disparu au cours de la lutte contre les Romains, elle se remaria en 47 avec son frère cadet, Ptolémée XIV, pour respecter le principe de la corégence ; en fait, elle exerça seule la réalité du pouvoir et gardait l'ambition de rétablir, avec l'aide des Romains, la suprématie de l'Égypte des Lagides en Méditerranée orientale. Elle eut de César un fils, Césarion (ou Ptolémée XV). Après la mort du dictateur, elle rencontra, en 41, Antoine, qu'elle séduisit et entraîna dans le projet d'un grand empire oriental. Octave les battit tous deux à Actium (31 av. J.-C.). Cléopâtre revint à Alexandrie et, après le suicide d'Antoine, se donna la mort. Avec cette princesse, dont la légende romanesque s'est emparée mais qui fut, avant tout, une femme politique ambitieuse et habile, finirent la dynastie des Lagides et l'indépendance de l'Égypte.

Cléopâtre VII (68-30 av. J.-C.) ; reine d’Égypte [51-30].

Fille de Ptolémée XII Aulète, C. prend à la mort de son père (51) le trône d’Égypte en épousant son frère Ptolémée XIII âgé de dix ans. Elle a dix-sept ans. A cette époque, le dernier royaume hellénistique - appauvri par le gouvernement de monarques incapables et bouleversé par des troubles intérieurs - était devenu une sorte de royaume client de Rome. Intelligente, spirituelle, cultivée, séduisante et ambitieuse, elle mélange grande politique et relations personnelles et élève de nouveau son pays, pour quelques années, au rang de grande puissance. Pour ce faire, elle met en jeu, non seulement son énorme fortune privée, mais surtout ses attraits personnels (la tradition relative à son extraordinaire beauté est contredite par son iconographie) avec une détermination qui fera frémir d’admiration ses contemporains. Lorsque César apparaît en Égypte lors de la poursuite de Pompée en 48, séduit par la reine (anecdote du tapis d’où elle s’échappe), il réinstalle C. sur le trône alors qu’elle avait été chassée en exil (49-48) par les ministres de son frère. Croisière sur le Nil, naissance de Césarion ou Ptolémée XV (le seul fils de César?) ; elle suit César à Rome et rentre en Égypte en 44, après l’assassinat du dictateur. Elle règne alors personnellement sur le pays et l’on s’accorde désormais à reconnaître que son règne, malgré des difficultés en Haute-Égypte, fut populaire et plutôt heureux. L’heure de la réalisation de ses plans sonne en 41, lors de sa rencontre avec Marc Antoine à Tarse, au moment où il s’apprête, après la victoire sur les assassins de César à Philippes, à reconquérir l’Orient et à s’engager dans une expédition contre les Parthes. Il réclame à C. des comptes à cause de la tiédeur de son assistance militaire. La passion du triumvir Antoine ne doit pas avoir été aussi aveugle que veut le faire croire la tradition augustéenne. Antoine et C. trouvent tous les deux des avantages dans une union de l’Orient romain et de la dynastie égyptienne. Pour lui, c’est un moyen d’achever les plans de César ; pour elle, une occasion de procurer à la dynastie des Ptolémée la souveraineté sur l’ouest. L’union ne fut accomplie qu’en 37, à Antioche où Antoine convoque C. Après une absence de quatre ans, le triumvir est rentré avec la conviction qu’un compromis avec Octave (le futur Auguste) est devenu impossible. Désormais, les actes politiques et cultuels du couple n’ont plus rien à voir avec ceux d’un magistrat et d’un vassal romains ; ce sont des dispositions intelligentes entre partenaires égaux, et parfaitement légales car avalisées d’avance par le Sénat : création de royaumes clients en Anatolie, renforcement de la Syrie (province romaine), maintien des royaumes de Nabatène et de Judée, extension de l’Égypte avec des territoires syriens, des terres en Cilicie, la Cyrénaïque et la Crète.

En fait, un redécoupage de l’Orient qui assurait une sorte d’équilibre contrôlé par Rome et par l’Égypte. L’échec des guerres Parthes de 36 et 34, la rupture avec l’Occident engagent Marc Antoine à se rapprocher encore plus de C. : il modifie le système mis en place en 37 et crée en Orient une sorte d’empire fédéral ptolémaïque avec Alexandrie pour centre et où les trois enfants de C. et de Marc Antoine trouvent leur place. Amplifiant le péril égyptien, Octave utilise alors la crainte et l’indignation des Romains : Marc Antoine aurait été envoûté par C., la magicienne ! Comme on voulait éviter une guerre civile, la guerre qui ne fut déclarée qu’à elle se termine en 31 par la bataille d’Actium. En été 30, Octave se trouve devant Alexandrie. Les dernières possibilités de fuite sont enlevées au couple, dont les navires sont anéantis. Il ne reste que la soumission et le déshonneur de participer au triomphe du vainqueur. S’imaginant être trahi par C., Antoine se suicide. Il se peut en effet que C. ait nourri l’espoir de conquérir le nouveau maître du monde. Lorsque cet espoir s’évanouit, la dernière descendante des pharaons se donna elle-même la mort.

Bibliographie : E. Will, Histoire politique du monde hellénistique, Nancy, t. Il, 1982.

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