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CHYPRE

Île de la Méditerranée orientale ; capitale Nicosie. Habitée au moins dès la fin du VIIIe millénaire (site de Kalavassos-Tenta), Chypre se développa à partir du VIe millénaire (établissement de Khirokitia en particulier) et vit apparaître la céramique à la fin de ce même millénaire (site néolithique de Troulli). Les habitants vivaient alors dans de gros villages de maisons rondes à toit plat dont les bases étaient construites en pierres sèches et les murs enduits. Au cours des millénaires suivants, cette civilisation se développa ; elle ignorait encore le métal, mais innovait dans le domaine de la céramique et de la petite sculpture (idoles cruciformes). L'exploitation du cuivre commença à Ambélikou, vers - 2300/ - 2000, et Chypre allait jouer un rôle très actif dans les relations commerciales de l'âge du bronze, au IIe millénaire av. J.-C., avec la Crète, le monde mycénien, l'Anatolie et la Syrie. Atteinte par les invasions des « Peuples de la Mer », elle fut partiellement colonisée par des Achéens aux XIIe/XIe s. et les Phéniciens y créèrent quelques comptoirs. Elle reprit son essor commercial vers le IXe s. et fut en relation avec la Grèce, Rhodes, la Phénicie et l'Égypte. Soumise aux Assyriens (vers 709/669 av. J.-C.), puis à l'Égypte (vers 560/525), Chypre dut entrer ensuite dans l'Empire perse ; en 480 av. J.-C., elle fournit un contingent important de vaisseaux à la flotte de Xerxès qui combattit à Salamine, mais les rois achéménides lui laissèrent toujours une grande autonomie. À la fin du Ve s. avant notre ère, ses villes grecques (Salamine, Paphos, Soli) et phéniciennes (Kition, Amathous, Lapéthos) connaissaient une grande prospérité, mais Grecs et Phéniciens restaient rivaux, et s'alliaient indifféremment, selon les circonstances, les uns aux Athéniens, les autres aux Perses, dans les grands conflits qui agitèrent la Méditerranée orientale aux Ve et IVe s. Le roi Évagoras (410/374) se révolta contre la Perse avec l'aide de l'Athénien Conon, mais il finit assassiné. Englobée en 332 dans l'empire d'Alexandre, Chypre fut disputée, à l'époque hellénistique, entre les Antigonides et les Ptolémées, jusqu'au moment où Caton le Jeune s'en empara et en fit une province romaine (58 av. J.-C.). Après le partage de l'Empire romain (391), Chypre appartint à l'Empire byzantin jusqu'en 1191. À cette époque, son gouverneur, Isaac Comnène, était pratiquement indépendant de l'administration de Constantinople. Richard Cœur de Lion la conquit et la donna à un seigneur français, ancien roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, qui fonda le royaume de Chypre (1192) ; ses descendants possédèrent l'île pendant plusieurs siècles. Catherine Cornaro, Vénitienne, veuve de Jacques III et héritière des Lusignan, vendit Chypre à Venise en 1489, mais les Turcs s'en emparèrent en 1570. Sous la domination turque, l'île végéta. Par un accord du 4 juin 1878, Chypre fut placée sous l'administration britannique ; elle reçut le statut de colonie de la Couronne en 1925. Dans les années 1930, un mouvement se développa dans la population grecque en faveur de l'énosis, c'est-à-dire du rattachement de l'île à la Grèce. Archevêque grec orthodoxe à partir de 1950, Mgr Makarios III prit la tête de cette lutte, et le colonel grec Grivas, chef de l'EOKA (Organisation nationale de combat chypriote), déclencha la guérilla contre les forces britanniques. L'accord du 19 févr. 1959 accorda à l'île une indépendance qui fut garantie conjointement par l'Angleterre, la Grèce et la Turquie.

Devenu président le 16 août 1960, Makarios III ne put empêcher les affrontements armés entre Grecs et Turcs ; en 1964, à la suite d'un bombardement de l'aviation turque, l'ONU dut intervenir et des Casques bleus furent désormais stationnés dans l'île pour prévenir les heurts entre les deux communautés. La majorité des Chypriotes grecs restait fidèle à l'idée de l'énosis, mais Makarios, tout en partageant leurs sentiments, écartait cette solution parce qu'elle ne pouvait qu'aboutir à un partage de l'île. L'orientation prosoviétique de la politique étrangère de Makarios troublait ses relations avec le gouvernement des colonels grecs. Revenu clandestinement à Chypre en 1971, Grivas déclenchait une campagne d'attentats terroristes en faveur du rattachement à la Grèce. Le 15 juill. 1974, la Garde nationale, encouragée par le gouvernement des colonels grecs, fit un coup d'État qui obligea Makarios à prendre la fuite, mais qui provoqua une riposte immédiate de la Turquie. Elle débarqua des troupes dans l'île (20 juill. 1974) et, en moins d'un mois, s'assura le contrôle de toute la partie nord (40 % de l'île), où demeurèrent 150 000 Chypriotes turcs, tandis que 200 000 Chypriotes grecs durent chercher refuge dans la partie sud de l'île. La partie nord, déclarée autonome, en 1974, au sein de l'État turc, fut proclamée indépendante en 1983 sous le nom de Kibris. Mais l'ONU ne la reconnut pas et maintint les Casques bleus sur la ligne de démarcation. Au sud, Spyros Kyprianou succéda à Makarios, décédé le 3 août 1977, et reprit les négociations pour rétablir l'unité de l'île. Dès son accession au pouvoir, le nouveau président Georges Vassiliou, élu en 1988 avec les voix communistes, rencontra lui aussi Rauf Denktash, le dirigeant du Nord. Tandis que le Nord s'enfonçait dans un marasme grandissant, malgré l'annexion de la plus grande partie des richesses de l'île et une forte colonisation turque, le Sud connaissait un remarquable essor économique, en partie grâce au report des activités financières de Beyrouth, détruit par la guerre civile libanaise. En 1995, l'ONU a proposé au président chypriote grec, Glafkos Cleridès, victorieux aux élections de févr. 1993 et réélu en 1998, ainsi qu'à celui de la « République turque de Chypre Nord », Rauf Denktash, diverses mesures susceptibles de ramener la confiance. Mais les deux parties, installées dans le statu quo, ont éludé. Les forces d'interposition de l'ONU ont été maintenues sur une zone tampon équivalant à 3 % du territoire. En 1997, Chypre fut retenue comme candidat potentiel à l'Union européenne. Le rejet par les Chypriotes grecs de tout processus de réunification, par le référendum d'avr. 2004, a eu pour effet l'entrée de la seule partie grecque de l'île dans l'Union européenne le 1er mai 2004.

CHYPRE. État insulaire de la Méditerranée orientale, il fut à l'époque contemporaine le théâtre de violents affrontements entre Grecs et Turcs, qui aboutirent à la partition de l'île en 1975. D'abord sous domination ottomane, l'île - placée dans la mouvance de la Grande-Bretagne depuis 1878 - devint une colonie britannique en 1925, malgré les protestations de la Grèce. Dès les années 1930, un mouvement nationaliste se développa dans la population grecque de l'île en faveur de l'Enosis (rattachement de l'île à la Grèce), mouvement sévèrement réprimé par les Britanniques. Favorisés par l'occupant anglais et utilisés comme auxiliaires de police contre les partisans de l'Enosis, les Chypriotes turcs, minoritaires, réclamaient de leur côté un partage de l'île entre la Grèce et la Turquie. Après l'élection en 1950 de Makarios III, et l'organisation d'un plébiscite clandestin pour l'Enosis, la guérilla contre les Britanniques aboutit aux accords de Zurich et de Londres (1959). Garanti par la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie, le règlement prévoyait la constitution d'une République de Chypre, dirigée par un président grec (Mgr Makarios) et un vice-président turc (Fazil Füçük). La proclamation officielle de l'indépendance de Chypre (1960), admise à l'ONU, n'empêcha pas dès 1963 l'antagonisme persistant entre les deux communautés, nécessitant, en 1964, l'intervention des Casques bleus. En juillet 1974, Mgr Makarios fut renversé par un coup d'État organisé par des colonels grecs favorables à l'Enosis, avec la complicité du régime dit « des colonels » au pouvoir à Athènes depuis 1967. Invoquant les accords de 1959, la Turquie intervint et envahit le nord de l'île, région la plus riche, qu'elle proclama unilatéralement État autonome, entraînant d'importants déplacements de populations. Cette guerre provoqua la chute du « régime des colonels» en Grèce. En 1983, un État chypriote turc indépendant fut proclamé avec pour président Rauf Denktas. Après la mort de Makarios (1977), la République de Chypre fut dirigée par Spyros Kyprianou (1977-1988), Giorgos Vassiliou (1988-1993) et en 1994 par Glafkos Cléridès. Voir Papadhopoulos (Gheôrghios).

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