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CHOLOKHOV Mikhaïl Alexandrovitch

CHOLOKHOV Mikhaïl Alexandrovitch. Écrivain russe. Né le 24 mars 1905 à Krou-jiline (gouvernement de Vechenski, près de Rostov) dans une famille de paysans. Il fait quatre ans d'école primaire puis participe à la guerre civile. En 1922, il arrive à Moscou où il travaille comme manutentionnaire et manoeuvre. Ses premières nouvelles ont été publiées dans les journaux et revues moscovites en 1923; bientôt, elles formeront deux recueils, Les Récits du Don et La Steppe azurée [ 1926]. Ces histoires révèlent un talent indéniable dans l'observation et la représentation plastique; la réalité y est reflétée dans le miroir d'une lutte de classes acharnée. Avant la publication de ces deux livres, Cholokhov est revenu à Vechenskaïa et s'y est fixé définitivement. C'est là, dans le pays des Cosaques, qu'il s'est mis à écrire le grand livre épique, Le Don paisible (1928-1940) qui fera sa gloire. Les quatre volumes du roman paraissent au cours de ces douze ans en provoquant des choeurs de louanges dans les camps opposés : en U.R.S.S. et dans les milieux de l'émigration russe; c'était peut-être la première (et la seule) fois que les Rouges et les Blancs se réconciliaient pour glorifier un talent littéraire ! Les critiques des deux camps s'enthousiasmèrent à propos de l'art verbal de Cholokhov qui excellait dans tous les domaines, en tant que paysagiste, psychologue, sociologue, connaisseur de la vie quotidienne des Cosaques, de leurs moeurs et de leur folklore, et en tant qu'historien et philosophe. On comparait le jeune auteur à Tolstoï et Dostoïevski tout en s'étonnant de son âge : le premier volume du Don paisible a été écrit par un jeune homme de 22-23 ans, sans aucune formation littéraire. C'est alors qu'on commença à soupçonner un faux : dans les milieux littéraires, surgissait de plus en plus fréquemment le nom de Fiodor Krioukov (1870-1920), écrivain cosaque qui fut le premier à utiliser en littérature la « couleur locale » du Don; Krioukov a participé à la guerre civile, mais dans l'autre camp. On disait que c'était lui l'auteur du Don paisible, qu'ancien officier « blanc », il ne voulait rien publier en Russie soviétique, que Cholokhov avait trouvé son manuscrit et s'en était servi pour le roman qu'il faisait publier sous son nom. En 1974, cette hypothèse fut sérieusement étayée par un critique anonyme, « D », dont le livre posthume a été supervisé et publié par Soljénitsyne; après une analyse minutieuse du texte, « D » est arrivé à la conclusion que les compléments de Cholokhov ne forment que cinq pour cent des volumes I et II, et trente pour cent des volumes III et IV. C'est néanmoins Cholokhov qui a obtenu le prix Nobel en 1964, et qui fut autorisé à le recevoir à Stockholm des mains du roi de Suède, contrairement aux deux autres Prix Nobel soviétiques, Pasternak (1958) et Soljénitsyne (1970). Avec le temps, les soupçons concernant Le Don paisible, non seulement ne se calmaient pas mais devenaient de plus en plus sérieux... Le deuxième roman de Cholokhov, écrit entre les IIe et IIIe volumes du Don paisible, Les Terres défrichées (1931-1932), est infiniment plus faible et semble être l'oeuvre d'un autre auteur; ce livre n'est qu'un document de propagande fait pour glorifier le collectivisme de 1930. La différence entre les deux romans semble être trop importante pour les attribuer à la même plume. Cholokhov n'a plus rien écrit de vraiment valable, pendant et après la guerre mondiale : ce ne furent que la deuxième partie des Terres défrichées (1959, Prix Lénine 1960) d'une grande platitude, le récit (assez primitif intitulé Le Destin d'un homme (1956-1957) et le roman inachevé, Ils ont combattu pour la patrie : Cholokhov l'a commencé en 1959, en a publié de temps en temps des fragments, mais en somme n'a presque pas avancé sa rédaction au cours de vingt ans. Pendant l'après-guerre, Cholokhov ne s est manifesté que par des discours prononcés à l'occasion des congrès du Parti ou de l'Union des écrivains, jurant sa fidélité à la cause du communisme, injuriant ses adversaires littéraires quand il n'exigeait pas pour eux la peine capitale et attaquant « l'Occi-dent pourri et impérialiste » ! Le caractère sommaire du style de ses discours, l'absence totale de talent littéraire dans ses ouvrages à partir de 1941, sa servilité politique, tout cela porte à croire que « l'énigme Cholokhov » ne peut avoir qu'une seule solution. Ce qu'il reste à découvrir, c'est le véritable auteur du grand roman, qu'est Le Don paisible...

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