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CHKLOVSKI Victor Borissovitch

CHKLOVSKI Victor Borissovitch. Écrivain russe. Né à Saint-Pétersbourg le 24 janvier 1893. Fils d'un professeur de mathématiques, héritier d'un sang à la fois juif, russe et allemand, il a fait ses études à l'Université de sa ville natale (Faculté des Lettres) et commença à publier en 1908. Le premier ouvrage qui fit du bruit, La résurrection du mot [1914] fut suivi de plusieurs autres, liés à la pratique poétique des futuristes russes (tels que Khlebniskov, Maïakovski, Kroutchenykh) et affirmant l'autonomie, la mise en avant, le renouvellement sémantique et stylistique du mot et le principe de la sensation de la forme. En 1916, Chklovski adhère au groupe OPOIAZ (Société pour l'étude du langage poétique) dont il fut le co-fondateur et devient l'un de ses théoriciens les plus actifs; ses principes de cette époque sont formulés dans des articles : Sur la poésie et le langage extrarationnel [ 1914], Potebnïa (1914). Dans son célèbre article, L'Art en tant que procédé [1917], Chklovski développe son idée du renouvellement du mot en poésie en créant la littérature de la singularisation (ostranénié) : puisque la vie quotidienne produit inévitablement l'automatisation des actes habituels et de l'expression verbale, l'art a pour tâche de les arracher à l'automatisme de la perception en éveillant un étonnement naïf. Plus tard, cette notion fut utilisée par Bertolt Brecht dans sa théorie théâtrale sous le terme de « Verfremdung ». A partir de 1919, Chklovski traite des problèmes de la théorie de la prose; en 1921, il écrit plusieurs ouvrages importants, Le Déroulement du sujet, Comment est fabriqué Don Quichotte, "Tristram Shandy" de Sterne et la théorie du roman Rozanov. De 1920 à 1922, Chklovski enseigna à l'institut d'Histoire des Arts à Petrograd, participa activement à la vie littéraire en soutenant les « Frères de Sérapion » et le LEF, mais, ayant appartenu en 1917 au parti des S.R. (Socialistes Révolutionnaires) qui luttait en même temps contre les Rouges et les Blancs, il fut forcé d'émigrer en 1922 et résida pendant un an et demi à Berlin où il publia, en 1923, deux premières oeuvres de fiction : Voyage sentimental et Zoo, Lettres qui ne parlent pas d'amour ou la Troisième Héloïse; ce dernier livre, dédié à Elsa Triolet, constitue un tour de force stylistique : ne violant pas l'interdiction d'un discours amoureux, l'auteur ne parle que d'amour mais à l'aide de périphrases, de métaphores et de divers autres procédés indirects. Revenu en 1923 à Moscou après la proclamation d'une amnistie, Chklovski reprend son activité théorique et critique; il publie Théorie de la prose [1925], Troisième fabrique [1926], Le Score de Hambourg [1928], etc. Sévèrement critiqué pour son formalisme, il se voit obligé de renoncer à ses idées des années 20, il renie la méthode formaliste dans un article à l'accent tragique publié par la Gazette littéraire le 27 janvier 1930 sous le titre Monument d'une erreur scientifique où il insiste sur la nécessité de l'historicisme et de la sociologie. Plus tard, Chklovski développera ces nouvelles idées dans de nouveaux livres beaucoup moins originaux que ceux de sa jeunesse : Prose artistique, réflexions et analyse [1959], Récits sur la prose [1966], La Corde, sur la non-ressemblance du ressemblant [1970]. Pendant presque dix ans, Chklovski a étudié l'oeuvre et la personnalité de Léon Tolstoï, depuis son premier livre, Matériau et style dans « Guerre et Paix » [1928] jusqu'au dernier ouvrage, Léon Tolstoï (1967). Tolstoï fut, pour Chklovski un objet privilégié de recherches et de conclusions théoriques, l'auteur de Guerre et Paix étant resté son idéal humain au cours de toute sa carrière littéraire. Parmi les derniers livres de Chklovski, notons l'ouvrage autobiographique qui donne un tableau assez complet de l'existence de l'intelligentsia russe au cours des années 20 : Il était une fois... (1962) et son livre biographique sur le metteur en scène S.M. Eisenstein (1975).

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