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CHESTERTON Gilbert Keith

CHESTERTON Gilbert Keith. Journaliste et écrivain anglais. Né à Kensington-Londres le 29 mai 1874, mort à Beaconsfield le 14 juin 1936. Fils d'un gérant d'immeubles, héritier, par sa mère, d'un sang à la fois écossais et français, dès l'époque de ses études au collège Saint-Paul, de 1887 à 1892, il affirme sa nature fougueuse et entêtée, son besoin d'indépendance — qui se manifestait alors par son enthousiasme pour les idées démocratiques — et son instinct du journalisme : dans The Debater, l'organe du club de discussions intellectuelles qu'il avait fondé dans son collège, on trouve des articles d'une vigueur de plume étonnante chez un jeune homme de seize ans. C'était néanmoins dans la peinture et le dessin qu'il excellait alors, et son père, qui avait d'abord souhaité l'envoyer à Oxford, l'autorisa à suivre les cours de la Slade School of Art, tout en exigeant qu'il poursuivît ses études de lettres à l'université de Londres. Ses véritables débuts dans le journalisme eurent lieu en 1899, par la publication des critiques littéraires au Bookman et d'articles de polémique au Speaker, organe de jeunes libéraux que Chesterton suivit lorsqu'ils prirent possession du Daily News : c est là qu'il rencontra Asquith, lord Morley et Winston Churchill. De cette époque également date son amitié avec Henry James et Hilaire Belloc. Marié en 1901 à Frances Blogg, la fille d'un diamantaire londonien, Chesterton avait publié l'année précédente ses deux premiers livres, des recueils poétiques : L'Impétueux chevalier et Les Vieillards s'amusent. Son libéralisme et ses dons de polémiste trouvèrent une excellente occasion de se manifester pendant la guerre d'Afrique du Sud, au cours de laquelle il prit position pour les Boers et attaqua violemment l'impérialisme victorien de Kipling. Les années 1900-1910 furent occupées par ses retentissantes controverses religieuses avec Robert Blatchford et Joseph Mac Cabe, sociales avec Wells, philosophiques avec G. Bernard Shaw; elles seront recueillies dans Hérétiques [1905]. Parallèlement, Chesterton poursuivait ses études de critique littéraire avec des essais sur La Vie de Robert Browning [Robert Browning, 1903], sur Charles Dickens (1906) et sur L'Epoque victorienne en littérature (1913); il inaugurait enfin sa carrière romanesque avec une oeuvre d'inspiration fantastique. Le Napoléon de Notting Hill (1904). Le Nommé Jeudi (1908), livre apologétique sous forme d'autobiographie spirituelle, laissèrent voir les premiers progrès de Chesterton vers la foi, mais l'auteur mettra tout de même quatorze ans encore avant d'entrer dans l'Eglise catholique. C'est à cette époque qu'il emménagea dans une petite villa de Beaconsfield, localité où il rencontra peu après le Père O'Connor, qui fut son modèle pour ses fameuses Histoires du Père Brown (1911-1927) : L'Innocence du Père Brown (1911), La Sagesse du Père Brown (1914), L'Incrédulité du Père Brown (1926) et Le Secret du Père Brown (1927). Les nouvelles tendances chrétiennes de Chesterton, qui s'affirmaient encore dans La Sphère et la Croix (1909), entraînèrent sa rupture sinon avec l'esprit libéral, du moins avec ses anciens amis libéraux, auxquels s'adressa Ce qui cloche dans le monde [ 1910] : Chesterton soutenait en particulier, dans ce livre, le respect de la famille, en tant que cellule-mère de tout l'organisme social, et de la propriété privée, menacée à la fois par le socialisme et par le capitalisme, mais seule capable d'assurer la liberté des familles. A la déclaration de guerre de 1914, l'écrivain, qui venait de publier Supervivant (1912) et L'Auberge volante (1914), se trouva naturellement entraîné par son néocatholicisme à prendre une position violente contre l'Allemagne luthérienne : il dénonça Les Crimes de l'Angleterre [1915], c'est-à-dire tout ce qui, depuis la Réforme, avait rapproché son pays du monde germanique protestant. Peu après il scandalisait les historiens par la spirituelle originalité de sa Petite Histoire d'Angleterre [1917]. En 1918, a la mort de son frère Cecil, tombé au front, il prit sa suite à la rédaction en chef de la revue The New Witness, qui devint en 1925 le G. K.'s Weekly et parut jusqu'en 1938. Un voyage à Jérusalem acheva de rapprocher Chesterton de l'Eglise et en juillet 1922, le Père O'Connor recevait sa conversion définitive au catholicisme. Peu après paraissaient les célèbres essais : Saint François d'Assise (1923), L'Homme éternel (1925), L'Homme qu'on appelle le Christ (1927), Saint Thomas d'Aquin (1933), une pièce de théâtre : Le Jugement du Dr Johnson [1927], des critiques littéraires comme R.L. Stevenson (1927). Vers la fin de sa vie, ses causeries à la B.B.C. allaient faire de Chesterton un des hommes les plus populaires d'Angleterre, tandis que les universités américaines lui demandaient des séries de cours et qu'il faisait des conférences à travers l'Europe et le Canada. Enfin, l'année de sa mort, paraissait son autobiographie, L'Homme à la clef d'or (1936). « Païen à douze ans, agnostique à seize », Chesterton ne s'est pas converti au catholicisme pour des motifs philosophiques : ce qui lui a plu, au contraire, dans le message de l'Eglise, c'est son caractère scandaleux pour la sagesse humaine. Il s'enfiévra de voir la révélation humilier la science et défier la logique. Ce qui n'empêchait pas cet Anglais jovial, rubicond, gros mangeur et solide buveur, taillé en géant, d'être lui-même un dialecticien redoutable : il s'ingénia seulement à donner du christianisme des preuves inattendues, d'allure souvent baroque, mais dont il savait bien, avec son génie qui fut celui d'un journaliste bien plus que d'un écrivain, qu'elles pouvaient frapper l'imagination de l'homme de la rue. Hanté, comme la plupart des catholiques européens de l'après-guerre 1918, par le mythe du Moyen Age à reconstruire, Chesterton avait incontestablement quelque chose de la race des chevaliers croises, peut-être aussi des inquisiteurs. Il a souvent reconnu ce qu'il appelait son « romantisme », son penchant naturel pour l'exaltation et les extrêmes. Il s'est également dépeint comme « une sorte de Torquemada réactionnaire dont la joie ténébreuse est la seule défense de l'orthodoxie et la poursuite des hérétiques ». Ni philosophe, ni théologien, ni mystique, trop prolixe sans doute (il a écrit plus de cent ouvrages !), il reste le plus puissant tempérament littéraire de l'Angleterre contemporaine. ? « Apologiste, à coup sûr, mais d'une espèce à part : jamais abstrait, ni grave, ni docte, jamais superficiel non plus, cet esprit pénétrant et singulier a réalisé ce paradoxe de mettre l'humour au service de la foi. » Joseph de Tonquédec. ? «Parler de lui, c'est évoquer l'image d'un poly-graphe assailli par une demi-douzaine de muses; d'un jongleur de Notre-Dame, dont les cabrioles étaient devenues un peu automatiques, dont l'humour s'était fait laborieux, mais aussi d'un univers dominé par la Croix... Ce Jupiter tonnant, cet Anglais typique, malgré le sang français, aimait la bière, la bonne chère, les cigares, haïssait l'hypocrisie, la tyrannie, la ploutocratie, et se regardait lui-même avec une humilité de saint, avec un haussement d'épaules. Il avait trop crevé de baudruches, brisé trop d 'idoles, fracassé trop de dessus de pendules pour se dresser lui-même sur un piédestal. » G. M. Tracy.

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