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CHÉNIER André Marie

CHÉNIER André Marie. Poète français. Né à Constantinople, où son père était consul de France, le 29 octobre 1762, mort le 7 thermidor an II (25 juillet 1794). C'est sa mère, une Grecque pleine d'esprit et de beauté, qui fut sa première initiatrice à l'Antiquité. Dès l'âge de quatorze ans, il traduisait Anacréon et Sappho. Ramené de Constantinople en France en 1773 et placé au collège de Navarre, il partit à vingt ans pour Strasbourg, comme sous-lieutenant au régiment d'Angoumois en garnison dans cette ville, mais il n'y resta que quelques mois, revint à Paris où il se lia avec le littérateur Palissot, avec Lavoisier, Florian, et les peintres David et Le Brun. Le Chénier de cette époque est un « jeune malade », contraint de quitter l'armée pour cause de coliques néphrétiques, mais aussi un convive épicurien des dîners de Grimod de la Reynière, un galant vorace de tous les plaisirs du siècle, qui commence à écrire un Art d'aimer et que nous retrouvons dans les Elégies. Il fréquente le monde, travaille en liberté, sans souci de publier, voyage en Suisse, s'attache quelque temps au comte de La Luzerne, notre ambassadeur en Angleterre, mais revient à Paris au début de la Révolution. A Londres, il s'est mis à lire les feuilles politiques. Il est ivre de liberté. Mais les premiers excès l'inquiètent et il entre bientôt dans la polémique : un cinglant poème de protestation contre l'apothéose de la révolte des Suisses de Chateauvieux lui attire déjà la haine des jacobins, « ces bourreaux barbouilleurs de lois ». Dans le Journal de Paris, qu'il a créé avec des amis, il publie des lettres attaquant avec violence les conventionnels Robespierre et Collot d'Herbois. Après le meurtre de Marat, il défend même Charlotte Corday, mais il reste poète et élève des Anciens jusque dans l'invective et l'indignation douloureuse des Odes et des ïambes. Menacé par la Terreur, Chénier est contraint de s'éloigner de Paris, à Rouen d'abord, puis à Versailles, où il découvre Mme Laurent Lecoulteux, la Fanny des Odes amoureuses. Mais, un de ses amis ayant été arrêté, Chénier voulut aller réconforter sa famille, se découvrit, fut arrêté. Dans sa prison de Saint-Lazare, il retoucha ses ouvrages, composa La Jeune captive pour M^ de Coigny, et écrivit ses ïambes sur du papier pelure, qu'il faisait passer au dehors avec son linge grâce à la complicité d'un geôlier. Devant le tribunal révolutionnaire, il dédaigna de se défendre, fut condamné à mort, et exécuté deux jours avant la chute de Robespierre : dans la charrette, jusqu'à l'échafaud, il n'avait cessé de parler de poésie avec son ami Roucher et, au moment de leur supplice, ils achevaient de réciter en dialogue la première scène d'Andromaque. L'oeuvre de Chénier allait connaître quelques vicissitudes avant d'être livrée au public : le poète n'avait publié que deux ouvrages politiques. Après sa mort, sous la Révolution, parurent La Jeune captive et La Jeune Tarentine, et l'on vit Chateaubriand citer des fragments des Bucoliques et des Elégies dans son Génie du christianisme. Mais les manuscrits restaient propriété de la famille, et il semble que ni le frère d'André, le conventionnel poète Marie-Joseph Chénier, ni Daunou qui les posséda ensuite, n'en aient senti la beauté. Il fallut attendre 1819 pour que l'oeuvre soit livrée au public par Henri de Latouche, et encore de façon incomplète. Le dessein d'André Chénier ne paraît guère original : introduire le génie attique dans la poésie française, n'était-ce pas toute l'ambition de nos classiques ? Mais Chénier est moins sévère que ses prédécesseurs du XVIIe siècle : il cherche le charme, la naïveté plus que la grandeur, et c'est sur les courants réputés secondaires qu'il s'aventure et se divertit. Sa naissance coïncide d'abord avec un renouveau général de l'Antiquité en Europe : c'est l'époque des premières fouilles d'Herculanum et de Pompéi, de la publication en 1754 de la deuxième Anthologie de Cephalas, puis des Analecta de Brück. Mais on échappe encore au plaqué et au faux du genre « antique » de l'époque révolutionnaire et impériale. Dès 1760, et parfois chez un Malfilâtre, l'académisme semble céder à une admiration de l'Antiquité plus vécue, plus passionnée. Que demande d'abord Chénier aux Grecs ? Non pas des règles, mais un esprit, un ton, la simplicité dans la nature, une leçon de liberté. Son originalité, c'est d'avoir été formé par l'Anthologie : son Antiquité est aussi loin de l'hellénisme spiritualisé de Fénelon que de l'hellénisme gaillard de Ronsard, mais elle est plus sensuelle, plus charnelle que celle de Racine. Il lui arrive de donner dans le libertinage. Son Antiquité montre les corps; elle brille d'« une lumière amoureuse nouvelle », elle dédaigne les thèmes scolaires, les allégories figées; elle ne se lasse pas de caresser les formes sensibles, non pas contemplées dans un musée, mais retrouvées, éternelles, chez les jeunes vivantes du XVIIIe siècle que le poète amoureux allait rencontrer au Palais-Royal ou au Cours-la-Reine. Mais ce Chénier, qui semblait ne penser qu'à la galanterie et au divertissement, rêvait aussi à de vastes projets : selon le goût de son temps, il aurait voulu intégrer la science à la poésie, écrire un Hermès qui eût conté la création du monde et de l'homme, une Amérique qui eût décrit la géographie et l'histoire du monde; il songeait enfin au théâtre, à une tragédie nouvelle, a la fois grecque et shakespearienne, à une comédie nouvelle, dans la tradition d'Aristophane... La passion politique a empêché tout cela; elle a empêché aussi la seconde Renaissance dont Chénier aurait pu être l'initiateur. En tout cas, lorsque ses poèmes commencent à paraître, en 1819, les jeunes romantiques découvrent leur langueur, leur mélancolie, et même leur grande leçon de classicisme formel. ? « Cet Orphée républicain, déchiré pour sa modération par les femmes thraces de la Terreur. » A. de Lamartine. ? « C'est bien un poète mort, il est vrai, mais c'est aussi une poésie nouvelle qui vient de naître. » Victor Hugo. ? « Loin d'être un initiateur, A. Chénier est la dernière expression d'un art expirant. C'est à lui qu'aboutissent le goût, l'idéal, la pensée du XVIIIe siècle. Il résume le style Louis XVI et l'esprit encyclopédique. Il est la fin d'un monde... Il est le moins romantique des poètes. » Anatole France. ? «Nous n'avions rien de pareil depuis Ronsard, et du temps de Ronsard, la langue n'était pas mûre. » Charles Maurras. ? « Chénier est un de nos grands poètes. Il a pris place parmi nos classiques et il le mérite. Il y a ceci de singulier dans son sort, qu'il est à lui seul toute une révolution, mais une révolution qui n'a pas abouti. » Edmond Schérer.



CHÉNIER, André de (Constantinople, 1762-Paris, 1794). Poète français. D'abord favorable à la Révolution, il condamna ensuite les excès de la Terreur dans de violents articles, fut condamné à mort et exécuté. Ses oeuvres sont pour la plupart posthumes. On peut notamment citer La Jeune Captive et une violente satire lyrique et politique, Les ïambes.

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