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Charles IV ; roi allemand [1346-1378] et empereur [depuis 1355].

Charles IV ; roi allemand [1346-1378] et empereur [depuis 1355]. L'une des personnalités les plus marquantes du xive siècle, C. est d'abord un héritier : du côté de son père Jean l'Aveugle, c'est un Luxembourg ; par sa mère Elisabeth, un Przemislide. Petit-fils d'Henri VII, il est à la fois arrière-petit-fils de Rodolphe de Habsbourg et d'Ottokar de Bohême. C'est aussi un homme ouvert à de nombreux horizons : né à Prague en 1316, il est élevé à Paris (son parrain le roi Charles IV change son prénom de Venceslas pour celui de Charles) par le futur pape Clément VI [1342-1352], avant d'épouser une princesse de France, Blanche ; il s'est formé à la guerre et à la diplomatie en Italie, où il a soutenu les entreprises de son père (1330-1332). Devenu marquis de Moravie, il a aussi administré le Tyrol avant de seconder Jean en Bohême, non sans tensions ; il est encore aux côtés de son père quand celui-ci trouve la mort à Crécy (26 août 1346). De lui, il hérite le royaume de Bohême (couronné le 2 sept. 1347). Mais depuis deux mois déjà, il a été élu roi par une partie des princes allemands pour faire pièce à Louis le Bavarois (11 juill. 1346 ; couronné le 26 nov. à Bonn, après de délicates négociations avec le pape, son ancien précepteur). Le conflit entre les deux souverains est vite réglé par la mort de Louis (11 oct. 1347). C. engage, avec prudence et habileté, une reprise en main de ses États patrimoniaux. Le coeur en est la Bohême ; le roi agrandit et embellit sa capitale Prague et son château (le « Hradschin ») ; il y fonde un archevêché détaché de Mayence (1344) et une université, pépinière d'administrateurs mais aussi foyer de diffusion de l'humanisme (1348). Les possessions des Luxembourg sont étendues. C. fait confirmer en 1346 l'acquisition de la Haute-Lusace par le Wittelsbach Louis l'Ancien, qui en échange obtient l'inféodation officielle du Brandebourg ; en 1349, un deuxième mariage lui apporte des terres dans le Haut-Palatinat ; un troisième en 1353 lui donne la Silésie ; un quatrième en 1363 étend son influence à la Poméranie ; il achète en 1367 la Basse-Lusace ; en 1373, il acquiert, après plusieurs péripéties, le Brandebourg. Le dispositif est complété par l'érection du Luxembourg en duché au profit de son demi-frère Venceslas, marié à l'héritière du Brabant et du Limbourg ; plus tard, par le mariage de son cadet Sigismond avec la fille aînée de Louis de Hongrie. Cette politique met très tôt C. aux prises avec les Wittelsbach ; il parvient à détacher des Wittelsbach de Bavière la branche des comtes palatins du Rhin. C. se voit momentanément opposer par ses adversaires (Bavière et Brandebourg) un antiroi en la personne de Gunter de Schwarzburg (30 janv. -26 mai 1349), qui pousse C. à se faire recouronner, cette fois à Aix (25 juill. 1349). Pendant plusieurs années, C. prépare son couronnement impérial à Rome. Plutôt que de se laisser entraîner par Cola di Rienzo, il descend en Italie en septembre 1354 en multipliant les signes de pacifique humilité. Il est couronné empereur à Pâques (5 avr.) 1355 par le cardinal-évêque d'Ostie. Lors d'un second voyage (1368-1369), il rencontre Urbain VI, momentanément rentré à Rome, et confirme les Visconti comme vicaires de l'Empire en Italie du Nord. C. développe aussi une vaste politique impériale, promeut la paix publique, joue à un jeu de bascule entre princes laïques, prélats, villes ; mais il est limité par un manque chronique de ressources et l'absence de tout cadre administratif hors de celui de ses États patrimoniaux. Par le culte et le liturgie comme par l'orfèvrerie et la peinture, il exalte la personne de son lointain prédécesseur et homonyme Charlemagne ; il lui dédie la collégiale de Karlshof à Prague et son château de Karlstein, dont la chapelle devient l'écrin des insignes impériaux que lui ont remis les palatins du Rhin. Le 25 décembre 1356, il publie la célèbre Bulle d'or, essentiellement chargée de régler l'élection royale ; l'assemblée électorale est limitée à sept princes-électeurs, les trois archevêques de Mayence, Trêves et Cologne, et quatre princes laïques héréditaires habilement choisis en fonction des systèmes d'alliance de C. : Saxe-Wittenberg (contre les Saxe-Lauenburg), comte palatin du Rhin (contre les Wittelsbach de Bavière), roi de Bohême, marquis de Brandebourg. Les dispositions, qui devaient en être respectées jusqu'en 1806, servent à faire élire son fils Venceslas le 10 juin 1376 (couronné le 6 juill.). Une autre disposition impose aux princes laïques de connaître, outre le latin, les langues de leurs sujets, selon les cas le français, l'allemand, le slave : C., profondément cultivé, et dont le tchèque est la langue maternelle, l'a depuis longtemps mise en pratique. En 1361, il soumet directement à l'Empire les comtés de Genève et de Savoie ; en 1365, il se fait couronner roi de Bourgogne à Saint-Trophime d'Arles. L'alliance avec la France est une donnée fondamentale du règne, renforcée par le mariage de Jean le Bon avec une soeur de C., Bonne. Charles V de France, qui a prêté hommage à son oncle pour le Dauphiné et a reçu de lui d'utiles conseils lors de la révolte d'Etienne Marcel, est fait vicaire du royaume d'Arles en 1378. La dernière décennie du règne est assombrie par les troubles croissants en Allemagne, surtout dans le Sud (coalition des Princes en 1371 ; Ligue des villes de Souabe en 1376-1377, qui défie l'armée impériale avant d'écraser le comte de Wurtemberg à Reutlingen, 14 mai 1377), et par le début du Grand Schisme. La succession de C., dont les Etats patrimoniaux ont été partagés entre six enfants et parents, est lourdement hypothéquée quand il meurt à Prague le 29 novembre 1378 et que son fils Venceslas échoue à diriger avec autant de brio une fragile construction.

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