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CHARLEMAGNE. Charles, dit le Grand

CHARLEMAGNE. Charles, dit le Grand. Empereur d'Occident. Né en 742, probablement le 2 avril, mort au palais d'Aix-la-Chapelle, le 28 janvier 814. Son père était Pépin, dit plus tard le Bref; sa mère Bertrade, était fille de Caribert, comte de Laon. Charles naquit plusieurs années avant la célébration du mariage de ses parents qui n'eut lieu qu'en 749. Un autre enfant, Carloman, devait naître de cette union en 751. Charles avait neuf ans lorsque Pépin, jusqu'alors maire du palais du dernier Mérovingien, Childéric III, se fit proclamer, en novembre 751, à Soissons, roi des Francs. C'est le jeune garçon, alors âgé de onze ans, qui salua, de la part de son père, le pape Etienne II à son arrivée en France; quelques mois plus tard, à Saint-Denis, le pontife procédait au renouvellement du sacre de Pépin et sacrait ses deux fils, Charles et Carloman : il défendait aux Francs, sous peine d'excommunication, de se choisir un souverain hors de la descendance de Pépin. Lorsque ce prince mourut, après avoir affermi son autorité par plusieurs campagnes militaires, il laissait le royaume à ses deux fils : Charles reçut l'Austrasie et la Neustrie, Carloman, la Provence, la Septimanie, l'Alsace et l'Alémanie. Des difficultés inévitables surgirent immédiatement entre les deux rois, difficultés qui durèrent jusqu'à la mort de Carloman en 771. L'opposition entre les papes et Didier, roi des Lombards, amena Charles à faire, en 773, une campagne en Italie où la puissance lombarde fut écrasée; il en remporta le titre de patrice des Romains, qui lui fut décerné par le pape, et la couronne de fer de roi des Lombards. Désormais, les destins de l'Église et de la monarchie franque étaient étroitement liés. La Saxe, païenne et insoumise, faisait peser une menace constante sur l'Etat franc; au cours de campagnes menées de 772 à 785, Charles imposa le régime franc à ces tribus belliqueuses et les fit baptiser. De même, il réduisit le trop indépendant duc de Bavière, Tassilon, et soumit le pays des Avars (Hongrie). Le royaume avait pour frontières celles qui furent les limites de la Chrétienté médiévale. Le jour de Noël 800, aux acclamations de la foule qui crie : « A Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique, empereur de Rome, vie et victoire », Léon III met sur la tête du roi la couronne impériale. C'était marquer la résurrection de l'Empire d'Occident disparu en 476. Toutefois, l'Empire « n'est point un régime, mais un idéal moral; il signifie l'unité de l'Occident sous un chef qui exerce la plénitude du pouvoir temporel dans l'intérêt de la république chrétienne » (J. Calmette). Il convient en effet de noter que Charles ne revêtit qu'une fois le costume impérial romain et ce sur la demande expresse du pape. Il est avant tout le roi des Francs et des Lombards. La conquête, en 803, de Barcelone, qui marquait la fin des guerres d'Espagne et complétait la marca hispanica (la future Catalogne), semblait une revanche pour l'expédition manquée où fut vaincue à Roncevaux l'arrière-garde de l'armée et où mourut Roland le 10 août 778 — v. Chanson de Roland. La bonne entente qui régnait entre Charles et le puissant khalife de Bagdad, Hâroûn al-Rachid — v. Mille et une nuits —, la reconnaissance finale de l'empire d'Occident par les souverains byzantins, la lutte contre les Tchèques de Bohême, les Slaves de la rive droite de l'Elbe, les Danois, enfin contre les pirates sarrasins, devaient encore consolider cette énorme puissance qui, sous des successeurs indignes de lui, fit bientôt la preuve de sa fragilité. Nous connaissons mal la personnalité de Charlemagne. Il était certainement grand (sept pieds, dit Éginhard, ce qui en ferait un géant; il est vrai qu'il ajoute « de taille élevée sans rien d'excessif ») et corpulent, il ne portait pas la barbe contrairement à la légende. « D'une physionomie gaie et ouverte... toujours affable, il donnait une forte impression d'autorité et de dignité » (Eginhard). La simplicité de sa mise était fort grande, « son costume différait peu de celui des hommes du peuple » (id.). Il n'avait que peu de goût pour l'apparat. Robuste, Charles pratiquait les sports, surtout l'équitation, la chasse et la natation. Il avait épousé, en premières noces, probablement en 770, une fille de Didier, roi des Lombards, mais il la répudia l'année suivante; il se maria ensuite avec Hildegarde qui appartenait à la maison ducale alamane — il en eut plusieurs enfants, dont trois fils : Charles, Pépin et Louis — et mourut en 783, puis Fastrade qui était de la race des Francs orientaux et, à la mort de celle-ci, une Alamane, Liutgarde (796). A sa mort, Charles ne laissait qu'un fils légitime, Louis, le futur Louis le Débonnaire, roi d'Aquitaine, couronné empereur par son père en septembre 813. Il avait eu de plusieurs concubines — nous connaissons le nom de Quatre d'entre elles — de nombreux bâtards, dont Pépin, dit le Bossu, lequel, exaspéré par les duretés de la reine Fastrade, se révolta contre son père. S'il est un des traits de Charlemagne qu'il convient de souligner ici, c'est le goût sincère et profond qu'il a toujours marqué pour les lettres et les arts, ainsi que le rôle personnel déterminant qu'il joua dans le renouveau qu'on appelle la Renaissance carolingienne. Charles n'avait cependant reçu qu'une éducation sommaire. C'est à l'âge d'homme qu'il apprit le latin et s'efforça de comprendre, sinon de parler, le grec. Il voulut également apprendre à écrire mais malgré une bonne volonté dont Eginhard nous a donné de touchants témoignages, les résultats furent peu encourageants. Profitant de la présence en son palais de savants éminents qu'il avait attirés de fort loin, il se mit à l'étude de la grammaire sous la direction de Pierre de Pise, de la rhétorique, de la dialectique, et de l'astronomie sous celle d'Alcuin. Cet amour des lettres et des arts, Charles voulut le faire partager à l'élite de son peuple. La première mesure qui s'imposait était de rénover l'instruction du clergé qui, sous les derniers Mérovingiens, était dans un état de décadence lamentable; pour ce faire, le roi des Francs ordonna la fondation d'écoles dans les monastères, destinées à enseigner les rudiments, tandis que dans les écoles épiscopales nouvellement créées, on enseignait les arts libéraux (trivium et quadrivium). L'École du Palais, où des jeunes gens étaient instruits aux frais de l'empereur, et l'Académie palatine dont celui-ci était le premier élève, montraient l'exemple. Mais, surtout, Charles sut s'entourer des hommes les plus éminents de son temps, d'où qu'ils vinssent, et leur témoigna toujours non seulement sa faveur mais sa déférence. Parmi eux et au premier rang il faut citer l'Anglo-Saxon Alcuin qui eut le mérite insigne de sauver de l'oubli une grande part de l'héritage intellectuel de l'Antiquité; l'Italien Pierre de Pise, grammairien; le Germanique, élevé d'ailleurs en Italie, Paul Diacre, grammairien et historien; l'Espagnol Théodulf, évêque d'Orléans et organisateur de l'enseignement. Leur oeuvre fut continuée par les disciples d'Alcuin dont le plus éminent fut Raban Maur qui eut lui-même pour élèves, à Fulda, Walahfrid Strabo, Loup de Ferrières et Otfrid. Si Charles n'a laissé aucun écrit personnel, au témoignage d'Éginhard, il aurait composé ou plutôt dicté une grammaire de la langue nationale (franque), des transcriptions d'anciens « poèmes barbares où étaient chantées l'histoire et les guerres des vieux rois », des recueils, enfin des lois de tous les peuples placés sous sa domination et c'est sous son inspiration que furent rédigés les Capitulaires et les Annales royales — Histoire de France —, ces dernières par les clercs de la chapelle palatine. Enfin, parce qu'aussitôt après sa mort, la figure de l'empereur était devenue légendaire, elle n'a cessé d'occuper pendant plusieurs siècles une place de tout premier plan dans l'histoire littéraire.

? « Le trait peut-être le plus essentiel du caractère de Charlemagne est son attachement profond à la religion chrétienne. Non seulement il croit et il pratique avec assiduité, mais la diffusion et la défense du christianisme sont sa préoccupation constante. » F.L. Ganshof.

Charlemagne (742-814) ; roi des Francs [768-814], empereur [800-814].

Charlemagne (?), statuette IXe Xe. Paris, Musée du Louvre. Fils de Pépin III le Bref et de Berthe au Grand Pied, Charles (surnommé Charlemagne, Charles le Grand, a posteriori) est sacré le 28 juillet 754 à Saint-Denis par le pape Étienne II, en même temps que ses parents et son frère cadet Carloman, et fait « patrice des Romains ». Au cours de l’été 768, il reçoit de son père une grande partie de l’Austrasie, la Neustrie, une partie de l’Aquitaine, tandis que Carloman se voit attribuer la Bourgogne, la Provence, la Septimanie, l’Alsace. À la mort de Pépin le Bref (24 sept. 768), C. et Carloman sont élevés à la royauté, respectivement à Noyon et à Soissons. Puis, après la mort prématurée de Carloman (déc. 771), C., qui occupe le royaume de son frère et se fait reconnaître par les grands, rétablit l’unité de la monarchie franque. C. va mener à bien une oeuvre considérable, en démontrant des qualités de stratège, de fin politique et d’homme de culture. Grâce à une grande mobilité, rendue possible par l’amélioration des communications, il intervient rapidement dans diverses régions. Après s’être bien entendu avec Didier, roi des Lombards, dont il épouse la fille (au reste vite répudiée), C. est appelé à l’aide par le pape Hadrien Ier, menacé par les Lombards ; comme protecteur du Saint-Siège, il intervient contre Didier à l’automne 773 et assiège Pavie, prise au bout de plusieurs mois (juin 774), ce qui met fin au royaume lombard et lui permet d’ajouter à ses titres celui de roi des Lombards. La conquête systématique de la Saxe, jamais entreprise encore par ses devanciers, nécessite près de vingt ans d’efforts et des campagnes militaires presque annuelles. Dès 772, il détruit l’idole du sanctuaire de l’Irminsul, puis à compter de 775 fait évangéliser la Saxe à partir de Paderborn. En 778, apparaît le chef saxon Widukind, dont les agissements entraînent une réaction violente de C., avec la mise à mort de 4 000 Saxons à Verden et la promulgation de lois impitoyables. En 782, lors de l’assemblée de Lippspringe, C. ébauche l’organisation administrative de la Saxe, puis, après une nouvelle insurrection de Widukind (marquée par le désastre des Süntelgebirge, automne 782), met trois ans pour triompher des rebelles : l’année 785 voit la soumission de Widukind à Attigny et la promulgation de la Capitulatio de partibus Saxonie qui s’efforce de prévenir toute nouvelle révolte. De nouvelles campagnes militaires, en 794-797, sont suivies d’importantes déportations de populations. Pour mener à bien ses campagnes saxonnes, C. ne s’est pas contenté d’attaques terrestres, mais a pris ses ennemis à revers par voie maritime, en utilisant les flottilles frisonnes. Aux frontières, C. mène diverses campagnes ponctuelles avec des fortunes diverses. En 778, son attaque contre les Arabes est marquée par la prise de Huesca et de Barcelone, l’échec devant Saragosse, mais surtout le coup de main des Basques sur l’arrière-garde de l’armée franque à Roncevaux (exploité et amplifié plus tard dans la Chanson de Roland) ; en 801, C. prend Barcelone et constitue la « marche d’Espagne ». À l’est, C. doit faire face à la peuplade mongole des Avars, installée en Pannonie [Hongrie], qui, grâce à des razzias, amasse de gros butins dans le « Ring » ; en 791, par la prise de ce trésor, il provoque la soumission des Avars et leur libre conversion. Enfin, au nord, C. a affaire aux Danois (Normands), dangereux par leurs courses maritimes, contre lesquels il organise une flotte (800). Tout en étendant son pouvoir, C. sait ménager les susceptibilités : en 781, afin de briser la résistance aquitaine, il donne comme roi aux Aquitains son fils Louis, le futur Louis le Pieux, alors âgé de trois ans ; ou encore, en 785, il est parrain de Widukind, baptisé à Attigny. C. va tirer un grand profit de sa politique vis-à-vis de l’Église et de la papauté pour accroître son prestige. En 794, il réunit un synode d’évêques à Francfort, qui condamne l’hérésie adoptianiste et surtout les canons du concile de Nicée de 787 relatifs à la vénération des images. Puis surtout, après l’agression commise à l’encontre du pape Léon III (799), il se rend à Rome pour mener son enquête (fin 800) ; là, le pape se disculpe (23 déc.), puis, le 25 décembre, tandis que C. est en prière à Saint-Pierre de Rome, le couronne empereur « par surprise » et l’ « adore », en même temps que la foule l’acclame (selon le rituel en usage à Constantinople). Cet événement suscite le mécontentement (feint ou réel ?) de C., qui s’intitule empereur dans ses actes seulement à compter de mai 801, et plus encore de l’empereur d’Orient qui ne reconnaît pas l’empereur d’Occident avant 812. En 813, profitant de ces circonstances favorables, C. transmet le titre impérial à son fils, sans intervention de l’Église. Enfin, C. reste pour la postérité l’instigateur, l’âme de la « renaissance » carolingienne, caractérisée par la multiplicité de ses origines (esthétique avec désir d’imitation de l’Antiquité, religieuse, liturgique, politique) et de ses implications : C. qui a besoin de nombreux agents développe l’école palatine, où ils pourront se former ; pour cet enseignement, le besoin de manuscrits nombreux et bien écrits est impérieux, d’où la mise au point de la minuscule Caroline, écriture simple et claire, imitée de l’Antiquité ; une architecture nouvelle à l’ordonnance « trinitaire », correspondant aux normes dogmatiques du moment, est créée (ex. : Saint-Riquier) ; le chant liturgique grégorien est rénové, avec la création des séquences ; des structures nouvelles, remarquables par leur longévité, sont mises en place, dans des domaines aussi divers que la monnaie ou l’administration des comtés. Pour cette oeuvre immense, C. sait s’entourer de personnes de très grande qualité, venues de l’Europe entière, telles que l'Anglo-saxon Alcuin, le Wisigoth Théodulf ou le Lombard Paul Diacre.

Bibliographie : K.-F. Werner, Histoire de France. Les origines, 1985, p. 373-395 ; P. Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l’Europe, 2e éd., 1992, p. 93-145.

SACRE DE CHARLEMAGNE • 25 décembre 800 En avril 799, le pape Léon III se trouve être en délicatesse avec les Romains. Sans doute faut-il voir derrière leur animosité la main de Byzance, qui considère d’un très mauvais œil les bonnes relations que le souverain pontife entretient avec le puissant roi franc Charlemagne. Toujours est-il que ces troubles vont pousser un peu plus le Saint-Père vers son protecteur occidental, au point que celui-ci entre triomphalement dans Rome à la fin de l’année 800 et se voit décerner par un concile le titre d’empereur. Le jour de Noël, au sein de la basilique Saint-Pierre de Rome, Léon III couronne Charlemagne, qui devient ainsi empereur d’Occident.




CHARLEMAGNE ou CHARLES Ier LE GRAND (747-Aix-la-Chapelle, 814). Roi des Francs (768-814) et des Lombards (774-814) et empereur d'Occident (800-814). Charles Ier, plus connu sous le nom de Charlemagne (du latin Carolus magnus, c'est-à-dire Charles le Grand) est l'un des souverains les plus célèbres du Moyen Âge. Grand conquérant, défenseur du christianisme et protecteur de l'Église, il domina une grande partie de l'Occident. Restaurateur des études, il encouragea le mouvement de la renaissance carolingienne. Fils aîné de Pépin le Bref et de Berthe (dite au Grand Pied), il succéda à son père, conjointement avec son frère Carloman (768). Après la mort de Carlo-man (771), Charles, devenu seul roi des Francs, mena durant tout son règne un grand nombre d'expéditions militaires. Il annexa le royaume des Lombards en Italie du Nord et se fit le protecteur des papes à Rome. Sa lutte contre l'Espagne musulmane (à l'origine de la légende de Roland) aboutit au contrôle de la Catalogne et de la Navarre. Mais les guerres les plus rudes eurent lieu en Germanie. La Bavière annexée (788), Charlemagne mena une lutte acharnée contre les Saxons, païens menaçant son royaume à l'est. La Saxe fut finalement conquise et ses habitants convertis de force au christianisme. Afin de consolider ses frontières, il annexa la Frise (Pays-Bas actuels) et mena des campagnes contre les Avars installés en Hongrie. Aux limites de ses conquêtes furent établies les marches, zones de protection solidement gardées par l'armée. Devenu souverain chrétien de presque toute l'Europe, Charlemagne fut, le 25 décembre 800, couronné par le pape empereur d'Occident, dignité disparue depuis 476. Désormais protecteur de la Chrétienté en Occident dont la capitale n'était plus Rome mais Aix-la-Chapelle, Charlemagne donna à son empire une solide organisation. Il fut divisé en 300 comtés dirigés par des comtes réunis chaque année avec les évêques en assemblée (le plaid général). Les missi dominici (envoyés du maître) circulaient dans les provinces afin de veiller aux décisions de l'empereur consignées dans les capitulaires. Pour remédier au trop petit nombre de fonctionnaires, Charlemagne développa les liens d'homme à homme à tous les échelons de la société (vassalité). L'empereur encouragea enfin le renouveau des études en créant des écoles et en attirant à sa cour les meilleurs savants de son temps.

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