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CARPENTIER Alejo

CARPENTIER Alejo. Ecrivain cubain. Né à La Havane le 24 décembre 1904, d'un père français et d'une mère russe, émigrés en 1902 à Cuba. Il passe son enfance dans le cadre somptueux et désuet de la vieille ville coloniale et, après des études classiques, décide de se consacrer au journalisme. En 1924, il devient rédacteur en chef de la revue Carteles; en 1927, il est emprisonné pendant sept mois pour avoir signé un manifeste contre le dictateur Machado. En 1928, on lui interdit de sortir du pays. Mais un peu plus tard, par l'intermédiaire du poète Robert Desnos, il part pour la France, où il restera onze ans. Passionné par la magie et la musique, il devient l'ami des poètes surréalistes et collabore à la revue La Révolution Surréaliste. La notion de « merveilleux » élaborée par Breton lui permet d'aborder le « merveilleux » que recèle la culture latino-américaine. Carpentier prend peu à peu ses distances avec le mouvement surréaliste, mais assimile ses leçons : continent où régnent « l'absurde et le paradoxal », l'Amérique Latine ne peut être captée que par un « réalisme magique ». Après un bref séjour en Espagne (1937), Carpentier revient à Cuba et entreprend de « peindre le monde de l'Amérique ». Son premier roman, Ecue-Jambo-0 (1933) avait déjà essayé de décrire de l'intérieur la culture afro-cubaine, mais il manquait à l'écrivain une connaissance approfondie de cette culture. (Mais il pourra écrire quelques années plus tard La Musique à Cuba [La Mûsica en Cuba, 1946], ouvrage de musicologie qui fait encore autorité.) A partir de la publication du Royaume de ce monde en 1949, Carpentier va écrire à Cuba, puis au Venezuela ou en France (où il est attaché culturel de l'ambassade cubaine) une série de grands romans, Le Partage des eaux(1953), La Chasse à l'homme (1957), La Guerre du temps (1958), Le siècle des lumières (1962), Le Recours de la Méthode [1975], qui abordent tous une triple dimension : le monde des Caraïbes (Cuba, Haïti, Saint-Domingue), l'Amérique Latine et le monde européen qui domine culturellement et politiquement celle-ci, et enfin — du point de vue historique — la période qui va de la « Colonie » à l'indépendance. De par ses origines, Carpentier est partagé entre le monde européen et le monde latino-américain. A cet égard, Le Partage des Eaux représente la métaphore même de toute son oeuvre d'écrivain : un musicologue latino-américain qui traîne une vie morne à New York est envoyé au Venezuela rechercher au fond de la jungle amazonienne des instruments de musique primitifs. La rencontre avec l'univers convulsé, tragique, tellurique et paradoxal qui a été celui de sa lointaine enfance sera pour lui un choc, une révélation : après un bref retour à New York, il repartira au Venezuela, prêt à affronter son destin de Latino-Américain. Alejo Carpentier, dont la prose est à la fois classique, baroque et surchargée, paraît l'un des précurseurs — avec le Guatémaltèque Miguel Angel Asturias — de ce roman latino-américain parti depuis vingt ans, comme le héros du Partage des Eaux, à la recherche de ses racines et de son identité. Son oeuvre est à la fois une peinture profonde du monde latino-américain (et plus particulièrement des Caraïbes) et une critique impitoyable du « Vieux Monde ». En ce sens, sa lecture est fort instructive pour le lecteur européen. ANTOINE BERMAN. « Alejo Carpentier s'est mis à explorer notre monde de long en large, essayant de s'assimiler tout ce qu'il y trouvait. Il a travaillé plus dur que n 'importe qui à suivre les empreintes des pas sur le sable, déchiffrant des inscriptions sur les vieux monuments et des signes sur les arbres. Le résultat est une oeuvre d'une envergure et d'une vigueur exceptionnelles. Son but est d'enregistrer ce qui est caractéristique et en même temps archétypique dans l'expérience latino-américaine... » Luis Harss.

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