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CAILLOIS Roger

CAILLOIS Roger. Essayiste français. Né à Reims le 3 mars 1913, mort à Paris le 21 décembre 1978. Après des études classiques, il entre à l'Ecole Normale Supérieure et passe une agrégation de grammaire. En 1908, il fonde avec Georges Bataille et Michel Leiris le « Collège de Sociologie », destiné à étudier les manifestations du sacré dans la vie sociale. De 1940 à 1945, il séjourne en Amérique du Sud, où il crée l'institut Français de Buenos Aires et lance une revue, Les Lettres Françaises. De retour en France, il crée chez Gallimard la collection « La Croix du Sud », qui publiera de grands auteurs latino-américains comme Borges, Neruda ou Asturias. En 1948, il assume la direction de la division des lettres, puis du développement culturel à l'UNESCÔ, et fonde, dans le cadre de celle-ci la revue de sciences humaines Diogène. En 1971, il est élu à l'Académie Française, au fauteuil de Jérôme Carcopino. En 1978, peu de temps avant sa mort, il reçoit successivement le Grand Prix national des lettres, le prix Marcel Proust pour son ouvrage le Fleuve Alphée, et le prix européen de l'essai. Cette triple consécration vient honorer une oeuvre déjà fort abondante, et essentiellement composée d'essais : La Mante religieuse (1937), Le Mythe et l'homme (1938), L'Homme et le sacré (1939), Le Rocher de Sisyphe (1945), Les Impostures de la poésie (1945), Babel (1948), Description du Marxisme (1950), Poétique de Saint-John Perse (1954), L'Incertitude qui vient des rêves (1956), Art poétique (1958), Méduse et Cie (1960), Ponce Pilate (1961), Esthétique Généralisée (1962), Bellone ou la pente de la guerre (1963), Au coeur du fantastique (1965), Pierres-images, images (1966), Anthologie du Fantastique (1968), Cases d'un échiquier (1970), La Pieuvre (1973), La Dissymétrie (1973), Approches de l'imaginaire (1974), Pierres Réfléchies et Obliques (1975), Le Fleuve Alphée (1978), Approches de la poésie (1978), Rencontres (1978) et Le Champ des Signes (1978). Né littérairement à la fois sous le signe de Paul Valéry et sous celui d'André Breton, Roger Caillois restera tout au long de son oeuvre marqué par cette double appartenance apparemment contradictoire. De Paul Valéry, il retient une certaine leçon de classicisme et de clarté du langage, un certain cartésianisme presque didactique et militant. Mais des Surréalistes (et peut-être de Georges Bataille), il garde une certaine fascination pour ce qui déborde les cadres du rationnel : les rêves, les mystères du monde minéral ou animal, les secrets de la poésie, l'univers du fantastique. Sa passion pour la littérature latino-américaine — qu'il a introduite en France — ressortit également à cette fascination, bien qu'ici, également, on le voie plus attaché au fantastique intellectuel d'un Borges qu'au tellurisme presque primitif d'un Asturias. L'oeuvre de Roger Caillois manoeuvre, tel un navire, entre ces pôles contradictoires, et finit par se résoudre à une entreprise qui peut paraître elle-même contradictoire : plonger avec les armes de la clarté logique et cartésienne dans ces règnes qui, depuis toujours, la récusent. En quoi, sans doute, il reste profondément fidèle à Paul Valéry. Le résultat est une langue bizarrement double, bizarrement déchirée dans sa structure même, où passion de clarté et passion de l'obscur à la fois s'épousent et se combattent, sans qu'on sache jamais qui des deux, finalement, va l'emporter. Quand Caillois paraît un instant se rapprocher des Romantiques allemands qui, comme lui, se sont penchés sur les mystères des règnes naturels, des rêves et des correspondances cachées entre le monde et l'esprit, on le voit quasiment s'effrayer et se réfugier presque dogmatiquement dans le plus traditionnel des rationalismes. Grammairien de formation, il opte résolument, en matière d'écriture, pour le classicisme le plus « inactuel ». Mais il s'agit, on le sent, d'un rationalisme et d'un classicisme de solitaire, soucieux de ne pas sombrer dans ce qui pourtant, le hante. Le résultat est une écriture à la fois désincarnée et passionnée, grouillante d'Idées (ce qui est le propre de l'essayiste) et en même temps vide de pensées théoriques : au moment même où Caillois s'affiche théoricien, il est poète, ou inversement. Double figure, Janus obsédant et obsédé, il a su produire une oeuvre étrange, presque intemporelle dans son propos et son écriture.

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