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BULTMANN Rudolf

BULTMANN Rudolf. Philosophe-théologien allemand. Né le 20 août 1884 à Wiefel-stede, dans l'ancien Grand-Duché d'Oldenburg, mort le 31 juillet 1976 à Marburg. Il fut l'initiateur de la « démythologisation » du christianisme, dont la pensée inspire l'actuelle génération de ceux qu'on appelle « les théologiens de la mort de Dieu ». Fils d'un pasteur luthérien, R. Bultmann fit ses études a Tübingen, Berlin et Marburg. Sa carrière universitaire sans faille — habilitation comme « Privatdozent » en Histoire du Nouveau Testament à Marburg (en 1912), Professeur Ordinaire à Giessen (1920-1921), puis à Marburg (1921-1951), sorte de haut lieu du débat théologique depuis Luther et Zwingle — ne l'empêcha pas, aux heures sombres du nazisme, de prendre ouvertement position contre le régime hitlérien. La fécondité des analyses de R. Bultmann repose sur l'opposition qu'il dresse entre la pensée grecque — selon laquelle le ciel et la terre, les dieux et les hommes seraient régis par la toute-puissance de rapports rationnels — et la pensée biblique, qui laisserait place à ce qu'il désigne comme « l'inobjectivable » (le Tu humain et divin, l'Evénement, la rencontre avec l'Autre). C'est cette dualité qui guide sa lecture originale du Nouveau Testament, développée à travers toute son oeuvre, L'Evangile de Jean (1941), La Théologie du Nouveau Testament [1953], Jésus. Mythologie et démythologisation, (1968), seul ouvrage important de Bultmann paru jusqu'à ce jour en français et qui réunit sous un titre commun les traductions de Jésus (1926) et Jésus Christ and Mythology (1958). Selon R. Bultmann, les écrivains bibliques, pour rapporter l'apparition de Jésus de Nazareth, écrire « sa biographie surnaturelle », ont cherché à élaborer un langage nouveau, différent de la pensée rationnelle des Grecs. Mais leur langage a été parfois subrepticement contaminé par un matériel conceptuel inadéquat, hérité de la tradition grecque, et qui tend à objectiver, rationaliser la Révélation. Ici commence, selon Bultmann, la mythologisation du christianisme : « Le mythe objective l'Au-delà en un en-deça et par la même en une réalité disponible. » Il ne s'agit pas, comme certains en ont accusé Bultmann, de sélectionner aujourd'hui les textes, ou de rayer le merveilleux biblique. Il convient au contraire de retrouver l'intention spécifique du Nouveau Testament, de garder ce qu'il veut dire et de juger avec lucidité la manière dont il le dit, en considérant que les catégories de pensée en usage dans la communauté palestinienne et la communauté hellénistique à l'époque biblique devaient nécessairement se révéler inadéquates pour traduire authentiquement la Parole de Dieu. « La démythologisation est d'abord une exigence de la foi elle-même. » De cette approche originale dés Évangiles, Bultmann déduit une critique de l'institution « ecclésiastique : l'Eglise, avec sa hiérarchie, ses sacrements, « objective », c'est-à-dire en définitive dégrade le divin en réalité mondaine, dégradation qui culmine dans le système papal, mais qui touche également certaines formes du protestantisme. Position qui vaut à Bultmann de trouver des détracteurs aussi bien parmi les exégètes catholiques que parmi les conservateurs luthériens.

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