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Bourguiba, Habib

Bourguiba, Habib (né à Monastir en 1903) ; père de l'indépendance tunisienne. Par sa famille et par sa formation (études de droit à Paris de 1924 à 1927), B. appartient à la petite bourgeoisie moderne de Tunisie. Dès 1927, il milite au parti Destour (« constitution », parti nationaliste modéré fondé en 1920) dont il critique l'allégeance au souverain traditionnel : le bey. En 1934, il fonde le parti Néo-Destour qui lutte pour une Tunisie indépendante, démocratique et laïque. En 1936, l'Union générale des travailleurs tunisiens apporte à B. le soutien des syndicats. En 1945, le Néo-Destour est dans une situation critique : certains dirigeants sont arrêtés pour collaboration avec les Allemands, présents en Tunisie jusqu'en mai 1943. B. décide de partir au Caire où il reste jusqu'en 1949, laissant à Ben Youssef le soin de réorganiser le parti. Il fonde en 1947 avec le prestigieux Abd el-Krim un Comité de libération du Maghreb qui a pour objectif l'indépendance et l'unité du «Grand Maghreb». En 1954, B. accepte l'autonomie contre l'avis de Ben Youssef qui veut continuer la lutte jusqu'à l'indépendance. La Tunisie devient indépendante en 1956. B. écarte le bey en 1957 et il est élu président de la République. De 1956 à 1964, il renforce son pouvoir en éliminant toute opposition (Ben Youssef, exclu du parti en 1955, est exilé en 1956 et assassiné en 1961). En 1964, le Néo-Destour devient le parti socialiste destourien, de fait parti unique. La politique socialiste menée après 1964 (développement des coopératives et du domaine public) est dénoncée en 1969. Suit une modeste libéralisation : le parti propose deux candidats par siège à partir de 1975 mais B. est président à vie. La répression sanglante de la grève générale de 1978 brise le consensus social et national qui faisait la force du « bourguibisme ». En 1987, incapable de gérer les tensions suscitées par la montée en puissance des islamistes et victime de son entourage, il est déposé en douceur par le Premier ministre Ben Ali.

Bibliographie : S. Bessis et S. Belhassen, Bourguiba à la conquête d'un destin, t.1 : 1901-1957, 1988 ; J.-F. Martin, Histoire de la Tunisie contemporaine, 1993.

DESTOUR. Parti politique tunisien fondé en 1920, il revendiquait la fin du protectorat français et l'établissement d'une constitution. Cependant, des conflits internes aboutirent en 1934 à la scission du parti entre le Néo-Destour, constitué de jeunes intellectuels occidentalisés favorables à la modernisation, la laïcisation et la démocratisation de la Tunisie, et le Vieux Destour regroupant des traditionalistes souhaitant l'indépendance de la Tunisie mais sur les bases religieuses et politiques de l'islam. Plus dynamique, le Néo-Destour, dominé par Bourguiba et Salah ben Youssef, mena avec vigueur et dans la clandestinité la lutte pour l'indépendance acquise en 1956. Depuis cette date, le parti est au pouvoir. Le Néo-Destour a pris, en 1964, le nom de Parti socialiste destourien (PSD), parti unique de la Tunisie jusqu'en 1981. Il est devenu, après la destitution de Bourguiba (1987) et l'arrivée à la présidence de Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique. Voir Bourguiba (Habib).

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