Databac

Bourgeois, Bourgeoisie (thème littéraire)

1 Moyen Âge et XVIe siècle. Les bourgeois (artisans, marchands et titu-laires de charges, habitant les bourgs et les villes, étrangers à la fois à la noblesse, au clergé et au travail de la terre) sont dépeints dans les oeuvres d'inspiration réaliste : Le Roman de Renard; Fabliaux; la Farce de Maître Pathelin; Navarre, L'Heptaméron.

2 XVIIe et XVIIIe siècles. Les valeurs bourgeoises fondamentales (économie, travail et vertu) s'opposent aux valeurs aristocratiques (héroïsme, ostentation, dissipation). Cependant, la bourgeoisie, gagnant en importance, tend à imiter la noblesse avec qui elle entre en rivalité. Le bourgeois est tantôt ridiculisé (inélégance, avarice, vanité), tantôt loué (sérieux, solidité morale) : Molière, comédies; La Bruyère, Les Caractères. La haute bourgeoisie est englobée dans les critiques qui visent les abus sociaux (fortunes insolentes des fermiers généraux) : La Bruyère, Les Caractères; Diderot, Le Neveu de Rameau.

3 Après la Révolution de 1789 qui a consolidé la puissance de la bourgeoisie, le roman de moeurs peint abondamment cette classe. Celle-ci est parfois encore jugée en fonction des usages aristocratiques, mais plus souvent au nom de principes plus généraux : on lui reproche son amour de l'argent, son matérialisme, son Conformisme moral et intellectuel, son égoïsme social. a) XIXe siècle : Stendhal, Lucien Leuwen (haute bourgeoisie parisienne); Balzac, La Comédie humaine, surtout Eugénie Grandet, César Birotteau, Le Cousin Pons, Les Paysans; Flaubert, Madame Bovary, L'Éducation sentimentale; Labiche, Le Voyage de Monsieur Berrichon; Zola, Les Rougon-Macquart (La Curée, Pot-Bouille') ; Maupassant, Contes et Nouvelles. b) XXe siècle : France, Crainquebille et autres récits; Gide, Les Caves du Vatican; Proust, À la recherche du temps perdu (les Verdurin); Martin du Gard, Les Thibault; Mauriac, Thérèse Desqueyroux, La Fin de la nuit, Le Noeud de vipères; Aragon, Les Cloches de Bâle, Aurélien; Anouilh, La Sauvage; Sartre, La Nausée, Le Mur; Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée.

BOURGEOIS nom masc. et adj. - 1. Moyen Âge. Habitant d’un « bourg » et donc citadin par opposition au « vilain », l’habitant des campagnes. Le « bourgeois », en tant qu’habitant du « bourg », jouissait de droits particuliers, ce qui le rendait plus indépendant de la noblesse que le paysan.

2. Du XVIe au XVIIIe siècle. Classe moyenne intermédiaire entre le peuple et la noblesse. Le mot avait pris, dans ce cas, un sens plutôt privatif, puisqu’il désignait celui qui jouissait d’une certaine aisance, mais non des privilèges attachés à la noblesse. Tout bourgeois, de ce fait, cherchait à devenir « gentilhomme ».

3. Chez les romantiques et leurs successeurs. Catégorie sociale s’opposant aux artistes par sa peur du risque, son souci de l’apparence, son mauvais goût, son absence de jugement artistique, la tendance à ne s’en tenir qu’aux critères matériels et pratiques. Déjà chez Molière, dans Les Précieuses ridicules apparaît ce mépris pour le prosaïsme du bourgeois : « Ah ! mon père, ce que vous dites là est du dernier bourgeois. »

4. Chez Marx. La classe des capitalistes (ceux qui possèdent le capital et les outils de production) par opposition aux « prolétaires » qui ne possèdent rien d’autre que leur force de travail. Le sens courant du mot aujourd’hui est un composé du troisième et du quatrième sens. Il comporte l’idée d’aisance, mais aussi celle d’une absence d’idéal et d’originalité.

—> Bohème - Romantique.

Liens utiles