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Boniface, saint (v. 675-754) ; évangélisateur.

Boniface, saint (v. 675-754) ; évangélisateur. L'évangélisateur de la Germanie naît dans le Wessex anglo-saxon ; il est maître des études dans un monastère quand le désir de pérégriner pour le Christ le saisit. Après une première mission solitaire en Frise, qui n'aboutit pas, faute d'appuis, il rentre en Angleterre. Il refuse d'être élu abbé et part pour Rome. Le pape Grégoire II l'envoie en mission et il change son nom de Wynfrid pour celui, latin, de Boniface (719). Il se rend à nouveau en Frise, où œuvre son compatriote Willibrord ; celui-ci veut en faire son successeur, mais il le quitte en 721 pour la frontière saxonne. Puis le pape l'appelle et le consacre évêque en mission sans siège fixe ; il le recommande à Charles Martel, qui le prend sous sa protection (723). Quoiqu'il ait dépouillé nombre d'églises, Charles a tout à gagner à l'évangélisation de la Germanie, grâce à laquelle l'Austrasie cessera d'être une marche et le Rhin une frontière. Ainsi est réalisée l'alliance des trois grandes forces de l'Occident : papauté (elle a pour elle son souci d'universalité), Église anglo-saxonne (ses clercs sont très cultivés, remplis d'ardeur missionnaire et très liés à Rome) et jeune dynastie pippinide-carolin-gienne. B. entreprend la création d'une Église nationale, multiplie les fondations monastiques et est nommé par le pape archevêque avec le droit de consacrer des évêques (732) ; il œuvre également à la constitution de l'Église bavaroise. Il est aidé par de nombreux compatriotes attirés par sa mission. L'avènement des fils de Charles Martel, Pépin et Carloman, en 741, marque une nouvelle étape : avec eux B., représentant du pape, s'attache à réformer le clergé franc. Il préside alors une série de conciles où l'on renvoie les débauchés, cherche à rétablir les évêchés et la hiérarchie des métropoles, tout en condamnant les pratiques païennes, en interdisant la chasse et le port des armes aux clercs : toute une réforme morale et disciplinaire. En 747, son influence est à son apogée : il préside un synode général, non lié au Champ de Mars et en l'absence des maires du palais, où le clergé franc prend conscience de son unité nationale. Le pape y envoie un recueil de canons et l'action de B. tend à uniformiser la liturgie sur le modèle romain. Il s'attaque au problème de la restitution des biens ecclésiastiques spoliés par l'aristocratie, dont il s'attire ainsi l'hostilité, alors que les évêques francs renâclent devant cet étranger. En 742, il fonde les évêchés de Büraburg, Würzburg et Erfurt ; en 744, c'est l'abbaye de Fulda, qui devient aussitôt un grand centre monastique. Tout cela, avec la destruction des lieux de culte païens, aboutit à la christianisation de la Germanie. B., dont l'influence est moindre en France, où Chrodegang évêque de Metz poursuit son œuvre, se retire à Fulda puis décide finalement de repartir pour la mission frisonne. Il y trouve le martyre espéré ; son corps est ramené à Fulda pour y être inhumé et c'est là, symboliquement, que les évêques allemands se réunissent encore aujourd'hui.

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