Boisguillebert. Pierre Le Pesant, sieur de
Boisguillebert. Pierre Le Pesant, sieur de (Rouen 1646- 1714); économiste français de la fin du règne de Louis XIV. B. nous est connu surtout par ses oeuvres. De sa vie, nous savons peu de choses, en dehors des anecdotes que rapporte Saint-Simon et de quelques renseignements tirés des registres d'état civil. Né à Rouen en 1646, devenu lieutenant général du bailliage de Rouen, B. est sensible aux défauts du système économique et financier que révèle la crise de la fin du règne de Louis XIV. Il fait paraître en 1697 Le Détail de la France dans lequel, se penchant sur la misère populaire, il en examine les racines fiscales et économiques. Sans mettre en cause le montant global des impôts - moins lourd, dit-il, qu'à la fin du XVIe siècle - il critique et sa répartition et son mode de recouvrement, qui favorise la rapacité des traitants. Il propose qu'on unifie et généralise la taille, qu'on réduise les droits de douane, qu'on supprime les impôts indirects - aides et douanes intérieures. Vauban, qui ne l'aime pas, lui rend pourtant hommage dans la préface de la Dîme royale pour avoir « développé et mis au jour fort naturellement les abus et malfaçons qui se pratiquent dans l'imposition et la levée des tailles, des aydes, et des douanes provinciales ». En 1707, B. se fait plus audacieux : son Factum de la France préconise la substitution d'un impôt unique égal au dixième du revenu mobilier et immobilier à toutes les aides et douanes. Il est condamné à un exil en Auvergne et son livre est interdit. B. est surtout apprécié par les économistes du XVIIIe siècle pour ses vues sur la richesse, la terre, le commerce des grains, qui constituent une rupture par rapport au mercantilisme. Dans sa Dissertation sur la nature des richesses comme dans ses Causes de la rareté de l'argent, B. souligne la priorité de la production sur l'abondance métallique. S'il arrive que l'argent se cache, c'est parce qu'on n'accorde pas au peuple la liberté de « labourer, de commercer, en d'autres termes de s'enrichir ». Priorité à l'agriculture : « La terre, que l'on compte pour le dernier des biens, donne le principe à tous les autres, et ce sont principalement les blés qui mettent toutes les professions sur pied. » Encore faut-il que le prix du blé soit suffisant, donc que l'on accorde sa libre circulation et l'entière liberté de son commerce. Par là B. est parfois considéré comme un lointain précurseur de Quesnay et des physiocrates.
Bibliographie : Pierre de Boisguilbert ou la Naissance de l'économie politique, 1966, 2 vol., I - Biographie, Correspondance, II - uvres manuscrites et imprimées.