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BLASCO-IBANEZ Vicente

BLASCO-IBANEZ Vicente. Romancier espagnol. Né à Valence (Andalousie) le 28 janvier 1867, mort à Menton (Alpes-Maritimes) le 28 janvier 1928. Fils d’un petit commerçant d’origine aragonaise, il fit ses premières études dans sa ville natale où il se signala autant par son intelligence précoce, que par sa combativité et sa passion de liberté. Désertant le toit familial dès l’âge de seize ans (1883), il se rendit à Madrid, dans l’espoir d’y vivre de sa plume. Après y avoir fait ce qu’on nomme l’apprentissage de la misère, il put tâter du journalisme (1885). Devenu peu après le secrétaire de Fernandez y Gonzalez (1830-1888), feuilletoniste alors très en vogue dont la manière rappelait celle de Dumas père, il s’initia aux dessous de la composition romanesque, sans, malheureusement, apprendre en même temps l’art de châtier son style : défaut dont Blasco-Ibanez ne se guérit jamais par la suite. Si tenté que fût le jeune homme par la carrière d’écrivain, il devait se faire connaître d’abord dans le domaine politique. Hostile à la monarchie, il fut, dès sa majorité (1889), compromis dans quelque mouvement révolutionnaire et par là même contraint de chercher refuge à Paris. Amnistié en 1891, il revint dans sa patrie, mais, loin de tempérer sa fougue, il fonda un journal, Le Peuple, organe qu’il saura maintenir pendant dix ans. En 1892, il fut élu députe de Valence, sa ville natale. Ce n’est donc qu’après s’être acquis un nom dans la politique militante qu’il débuta dans les lettres en publiant un recueil de nouvelles où il évoque la vie des habitants de la huerta de Valence : Contes Valenciens (1899). Avec ce recueil « aux couleurs fortes et d’une faconde un peu vulgaire » (P. Baroja), l’auteur inaugurait la série de romans régionaux qu’il allait donner par la suite sans désemparer : Riz et Tartane [1894], Fleur de mai (1895), Terres maudites (1898), Dans les orangers (1900), et enfin Boue et roseaux (1902). Tout en écrivant ces romans, l’auteur n’avait rien relâché de son action révolutionnaire. Dès le début de l’année cruciale (1898), s’étant élevé violemment contre l’entrée en guerre de l’Espagne, il fut jeté en prison et n’en sortit qu’à l’heure même où fut consommé le désastre qu’il avait prévu. Vers sa trente-cinquième année, désireux de se renouveler, il aborde le roman social : Dans l’ombre de la cathédrale [ 1903], L’Intrus [1904], La Cité des futailles [1905], La Horde (1905), Arènes sanglantes (1908). Peu après la parution de ce dernier roman (1909), le fameux agitateur renonce à la politique pour se rendre en Argentine et en divers autres pays de l’Amérique espagnole. Ce séjour lui fournira l’occasion d’enrichir sa matière romanesque, comme en témoigne le roman intitulé La Terre de tous [1912], Les Argonautes [1914], et plusieurs nouvelles pleines de vigueur. Si loin qu’il fût de l’Europe, Blasco-Ibanez allait pourtant y revenir au début de la grande guerre de 1914-1918 pour s’y faire le farouche défenseur de la France et de ses Alliés. De là sa fameuse trilogie qui, traduite en de nombreuses langues, obtint un succès fabuleux : Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse (1916), Mare Nostrum (1918), Les Ennemis de la femme [1919]. En 1920, il fut reçu docteur « honoris causa » de l’université George Washington. Plus que jamais fidèle à l’idéal de sa jeunesse, il osa s’opposer, en 1923, à la dictature que le général Primo de Rivera avait instaurée en Espagne avec l’assentiment du roi Alphonse XIII. Contraint de quitter son pays, il alla s’installer en France, sur la Côte d’Azur. C’est là qu’il écrivit ses derniers ouvrages : Le Maître de la Mer [1925], Le Tour du monde d’un romancier [1927] et enfin un livre posthume intitulé A la recherche du grand Khan [ 1929]. Quoique, de fait, il appartienne à la fameuse « génération de 98 » et que son œuvre se recommande du réalisme, Blasco-Ibanez n’en conserve pas moins la figure d’un romantique, tant dans le domaine des lettres que dans son rôle d’agitateur. Chez lui, l’instinct valait mieux que l’intelligence. Dynamisme, couleur, violence : tels sont ses moyens d’expression, lesquels étaient assez puissants pour faire oublier parfois la négligence du style.




♦ «Prestige de l’éloignement, fascination de l’inconnu, goût de l’exotique, tout cela est de notre fait et non de celui de l’auteur. Il ne s’agit pas davantage exclusivement d’un intérêt né de la rencontre d’êtres très réels, mais pourtant exceptionnels de dessin et d’aspect physique ou moral. Il s’agit surtout d’un don de vie merveilleux, d’une façon énergique, sobre et toute-puissante de faire valoir les choses, d’un choix du détail accusant le relief des personnes et des sites avec la dernière vigueur, d’une expression condensée et large qui est en littérature analogue à la touche des meilleurs peintres espagnols. Ce sont parfois les scènes de Sorolla y Bastida, autre peintre des pêcheurs de la côte, mais avec moins de mouvement et plus de vie, une vie plus grave, plus rude et moins gesticulante. Certains traits évoquent instantanément des figures de Zuloaga, mais dans beaucoup plus de soleil, car le paysage de Zuloaga est gris et castillan. » W. Ritter. ♦ « Seuls le connaissent ceux qui l’ont lu en espagnol et ce sont ceux-là qui savent le juger. » C. Pitollet. ♦ « Ce besoin ingénu de battre des records, cette passion du risque, cette vitesse cinématographique, tous ces traits sont bien péninsulaires, et on les a trop souvent négligés pour ne voir chez Blasco qu’un disciple attardé du naturalisme français. Ce cosmopolite, il faut le rendre à sa patrie et voir désormais en lui un type magnifique et achevé de l'homo hispanicus. » J. Cassou.

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