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Bérenger II (mort en 966) ; marquis d'Ivrée, roi d'Italie [950-964].

Bérenger II (mort en 966) ; marquis d'Ivrée, roi d'Italie [950-964]. Le règne de B. met fin à la période dite bien à tort, dans l'ambiance nationaliste de l'historiographie du xixe siècle, des « rois italiens ». Le royaume d'Italie, couvrant schématiquement l'Italie centrale et septentrionale, avec une autorité plus ou moins effective sur les terres directement dominées par la papauté (« patrimoine de Saint-Pierre »), retrouve en effet, avec d'autres, son autonomie lorsque l'empereur carolingien Charles le Gros est déposé en 887. Dans les années 887-888, les « royaumes » (éléments de base du « royaume des Francs ») se donnent des « rois », « tirés de leurs entrailles » : y voir l'affirmation de la « France », de l'« Italie », de 1' « Allemagne » est un grave contresens. Partout s'ouvre en effet une compétition serrée, à base d'élection (choix par les grands) et au détriment de la famille carolingienne. Mais les nouveaux « rois » (qualifiés de « roitelets » par les derniers légitimistes carolingiens) sont tous issus d'une internationale de l'aristocratie de fonctions, d'autant moins « française », « italienne » ou « allemande » qu'elle hésite encore souvent à enraciner ses ambitions dans une région précise. L'Italie en forme précisément le meilleur exemple, puisque les deux premiers rois, concurrents, sont le marquis de Frioul Bérenger (couronné à Pavie en janv. 888 ; issu d'une famille de la vallée de la Meuse) et le marquis Guy de Spolète (couronné à Pavie en févr. 889 ; lié aux comtes de Nantes), qui en 888 avait d'abord recherché la couronne de Francie occidentale (la future « France ») avant de la céder au roi Eudes. L'Italie forme aussi le cas le plus complexe, où les rois se succèdent et s'opposent en de longues guerres civiles et où le mythe impérial est même brandi (Guy se fait couronner empereur à Rome en févr. 891 et s'associe son fils Lambert dans cette dignité en avr. 892), alors qu'en Francie occidentale l'on revient assez vite à la dynastie carolingienne (896/898-922, 936-987) et qu'en Germanie tout rentre dans l'ordre avec la dynastie saxonne d'Henri Ier, dont le fils Otton Ier met définitivement au pas les. derniers rois italiens. Après une période particulièrement confuse, où aux ambitions de Guy et Lambert se joignent celles d'Arnulf, roi de Germanie (roi d'Italie en 894, empereur en 898) puis de Louis III, roi de Provence (roi d'Italie en 900, empereur en 901), Bérenger Ier s'affirme comme seul souverain d'un royaume ravagé, de 905 à 922 ; il accroît son prestige en se faisant couronner empereur en 915. En deux ans (922-924), il perd le pouvoir et la vie. Deux compétiteurs l'assaillent, Rodolphe II, roi de Bourgogne (épisode italien, 922-926), et Hugues de Provence (présent dès 923, couronné roi d'Italie le 6 juill. 926). Associé à son fils Lothaire II en 931, Hugues dès 940 subit les assauts d'un nouveau rival, B., marquis d'Ivrée, petit-fils maternel de Bérenger Ier, gendre du duc de Toscane. Une première fois vaincu, B. se réfugie en 941 auprès du roi de Germanie Otton Ier. En 945 et 946, deux nouvelles expéditions lui permettent de chasser Hugues et de diriger de fait le royaume au nom de Lothaire II. Celui-ci mourant sans enfant en 950, B. se fait couronner roi d'Italie à Pavie, associé à son fils Adalbert (15 déc. 950). Presque aussitôt son ancien protecteur, Otton Ier, prenant prétexte des appels d'Adélaïde de Bourgogne, fille de Rodolphe II et veuve de Lothaire II, se jette sur l'Italie, se fait couronner roi à Pavie le 23 septembre 951 et épouse Adélaïde. Bientôt contraint de remonter en Germanie, Otton doit composer et accepte en 952 que B. et Adalbert se déclarent ses vassaux. Dès l'année suivante, mettant à profit les troubles de Germanie, B. travaille à regagner son indépendance jusqu'à ce qu'Otton ait les mains libres pour une nouvelle descente. A nouveau couronné roi d'Italie en novembre 961, puis empereur en janvier 962, Otton porte le coup final à B. Capturé à la fin de 963, B. est transféré en 964 en Germanie avec son épouse Willa, et meurt à Bamberg dès 966.

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