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Belinski, Vissarion Grigorievitch

Belinski, Vissarion Grigorievitch (Svea-borg, auj. Suomenlinna, Finlande, 1811-Saint-Pétersbourg 1848) ; philosophe et critique littéraire russe. Fils de médecin, B. grandit dans les conditions modestes d'une petite ville du gouvernement de Pensa. Il est le premier représentant important de l'intelligentsia radicale et roturière des Rasnotschinze qui, dans la seconde moitié du xixe siècle, ont profondément influencé la vie intellectuelle en Russie. Jeune homme passionné, il essaie de satisfaire sa soif de culture à l'université de Moscou ; mais il en est exclu en 1832 en raison de la censure opérée par un de ses professeurs sur une pièce dramatique dont il est l'auteur. Il adhère alors à un cercle hégélien dont font partie de futures célébrités, tels Katkov et Bakounine, qui l'initient à la philosophie de Schelling et Hegel. L'idéal de B. d'un art pour l'art, objectif et gratuit, et son indifférence politique à l'égard de l'autocratie viennent d'une interprétation réductrice de la fameuse phrase de Hegel : « Tout ce qui est réel est raisonnable. » Il réclame la liberté afin de servir à la recherche de la vérité mais non comme un droit du citoyen. En 1839, il part pour Saint-Pétersbourg où il aide le journal Feuilles patriotiques à acquérir un peu de prestige. Au prix d'un rude combat, B. se convertit vers 1840 à l'hégélianisme de gauche et à un socialisme radical de style proudhonien. Ecrasé sous les soucis matériels et miné par la tuberculose, il consacre avec fougue les quelques années qui lui restent à vivre à faire connaître les idées révolutionnaires. Il use de la critique littéraire comme vecteur de sa pensée (Aperçu de la littérature russe, 1847) et devient ainsi le fondateur d'une esthétique, qui sera déterminante en Russie dans les années suivantes. Son exigence principale est la représentation réaliste des conditions de vie ; il tend à une dénonciation socialiste des abus sociaux et prône le combat contre l'exploitation et l'humiliation de l'humanité. B. montre ainsi la voie à une littérature socialement engagée qu'incarnent des écrivains comme Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski et Tolstoï. En raison de son idéal de pensée et de sa manière d'être, B. inspire toute une jeunesse révolutionnaire russe et en devient le symbole pendant des décennies.

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