Databac

Auguste, Imperator Caesar Augustus

Auguste, Imperator Caesar Augustus (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.) ; empereur romain [27 av. J.-C.-14ap. J.-C.].

Né à Rome le 23 septembre 63 d'un père homo novus (préteur en 60, mort l'année suivante), C. Octavius (Octave) est par sa mère, Atia, le petit-neveu de César. Très tôt, ce dernier s'intéresse à l'enfant, veille à son éducation et l'introduit dans la vie romaine. En 51, il prononce la laudatio funèbre de sa grand-mère Iulia qui l'avait élevé. En 48, il entre dans le collège des pontifes. En 46, il participe au triomphe africain de César, une façon officieuse de le désigner comme un héritier. En 45, il guerroie en Espagne aux côtés du dictateur qui l'adopte mais ne le lui dit pas. En mars 44, inscrit parmi les patriciens, Octave se trouve à Apollonie, en Epire, autant pour parfaire ses études que pour préparer la future campagne contre les Parthes. Lorsqu'il apprend l'assassinat de César, le contenu de son testament, Octave décide de venger son père adoptif, d'en revendiquer l'héritage et de se rendre à Rome accompagné de quelques amis (Agrippa). En mai, il est dans la capitale. Il y découvre que Lépide et Marc Antoine surtout, se réclament de César, que les meurtriers se sont enfuis, que le Sénat, inspiré par Cicéron, s'oppose à Marc Antoine et rêve d'une restauration sénatoriale, que son nouveau nom - C. Iulius Caesar - est populaire, ce qui lui permet de recruter une petite armée parmi les vétérans de César. Commence alors une prodigieuse aventure politique : animé à l'origine d'un sentiment de vengeance, le jeune homme (« l'enfant », dit Cicéron), qui connaît fort mal le jeu politique, s'adapte rapidement aux circonstances, dévoile une habileté et une volonté extraordinaires, conquiert le pouvoir, le conserve et, sur une conception élevée et austère des fonctions et du rôle de l'État romain, établit un régime qui durera cinq siècles et qui marquera de façon décisive l'histoire des hommes. À travers des alliances politiques subtiles et fugaces, des trahisons suivies de repentirs, des guerres civiles brutales, Octave, instruit par l'expérience césarienne et utilisant sans vergogne le fait d'être le fils du divinisé (juill. 44), louvoie comme un vieux routier, garde le cap sur l'essentiel, la conquête du pouvoir, trouve dans les thèmes que chantent, à partir de 36, Virgile et Horace (la paix, la religion traditionnelle, les vertus d'antan, la terre, la renaissance et la mission de Rome) des mots d'ordre politiques aussitôt traduits en action. Accord tout d'abord avec le Sénat et Cicéron contre Antoine : c'est la guerre de Modène, la première des cinq guerres civiles de 44 à 31. Antoine battu, Octave qui a obtenu un imperium prétorien est salué imperator, y gagne l'attachement de huit légions. De quoi faire pression sur le Sénat, d'être, contre toutes les règles, élu consul (août 43) et de faire reconnaître légalement son adoption. Puis retournement de situation : avec Marc Antoine, et Lépide, il forme pour cinq ans une magistrature à trois, sanctionnée par un texte officiel (loi Titia, nov. 43), à pouvoir constituant : c'est le triumvirat qui sera renouvelé en 37. Trois effets immédiats : une nouvelle proscription qui élimine les ennemis politiques (Cicéron) ; un premier partage du monde, Italie exceptée, entre les trois hommes ; la guerre contre les Césaricides qui sont battus à Philippes (oct. 42). Nouveau partage du monde : Octave récupère l'Occident sauf l'Afrique qui revient à Lépide ; Antoine, l'Orient. En Italie, Octave se heurte au problème des vétérans à qui des terres avaient été promises, à une crise financière et au frère d'Antoine qui croit le moment favorable pour se soulever. Avec la guerre de Pérouse (40), Octave réduit le révolté et prend comme prénom le titre d'Imperator. Antoine n'avait pas bougé. Au traité de Brindes (40), le partage du monde est confirmé et pour sceller cette entrevue, Octave marie sa soeur Octavie à Marc Antoine. En 36, par la victoire de Nauloque gagnée par Agrippa, Octave élimine le fils de Pompée, Sextus, qui s'était taillé un royaume en Sicile, d'où il tenait la mer et affamait l'Italie. Une erreur d'appréciation du rapport de forces conduit Lépide qui perd son pouvoir de triumvir, en résidence surveillée (36). Restent face à face Octave et Marc Antoine. Ce dernier, en Orient, se conduit avec Cléopâtre en prince hellénistique, en prince « oriental » affirme la propagande octavienne qui le présente comme le jouet de l'Égyptienne. En 35 apparaissent les premiers signes de rupture entre les deux hommes. Le 1er janvier 33, elle est consommée. En juillet 32, par sénatus-consulte, la guerre est déclarée à Cléopâtre tandis qu'Antoine est déchu de ses pouvoirs. Octave se fait alors élire consul pour l'année 31 et reçoit des villes d'Italie un serment (coniuratio) par lequel, d'un consentement unanime, elles le prennent pour dux, lui confiant le commandement de la guerre. Le 2 septembre 31, à Actium, une bataille navale décide du sort du monde. Cléopâtre s'enfuit, suivie par Antoine. Tous deux se tuent à Alexandrie en 30 pour ne pas tomber aux mains d'Octave qui réduit alors l'Égypte en province. À la fin de l'été 30, Octave quitte l'Égypte. Il est le maître unique de tout le Bassin méditerranéen. Retour à Rome, fermeture du temple de Janus (pour la 3e fois de son histoire le peuple romain est en paix), triple triomphe (29), le héros d'Actium dont la légende commence, après avoir rétabli la paix, rétablit l'ordre. Ses moyens ? Le prestige que lui confère sa victoire, son armée (même s'il en démobilise plus de la moitié), sa richesse, sa famille, ses amis et collaborateurs (Agrippa, Mécène), la protection d'Apollon et son sens politique qui lui dicte sa conduite : instaurer un pouvoir personnel mais conserver la République, consolider les dehors de ses institutions afin de mieux les vider de leur contenu. Et de 28 à 23, s'organise un compromis institutionnel au bénéfice d'Octave. En 28, il est « prince du Sénat » et a les pouvoirs censoriaux qui lui permettent, entre autres, de réorganiser l'Assemblée. En janvier 27, au cours d'une séance mémorable au Sénat, il abandonne tous ses pouvoirs mais accepte de nouvelles propositions révolutionnaires : il reçoit un imperium proconsulaire pour dix ans (il sera renouvelé jusqu'à sa mort) sur les provinces où stationnent des troupes alors que le Sénat assure la gestion des provinces sans armée, sauf exception (l'Afrique, par ex.) ; le surnom d'Augustus qui augmente d'une qualité divine tout ce qu'il entreprend, les lauriers et la couronne civique qui évoquent sa victoire, son rôle de sauveur de la patrie et ses vertus - celles de la tradition nationale enrichie par l'apport de la philosophie grecque, à savoir la virtus, la clementia, la iustitia, la pietas - sont proposés comme exemples à la collectivité. Sans en avoir le titre, il est roi et apparaît comme le nouveau fondateur de Rome. De 23 avant J.-C. à 14 après J.-C., A. renforce ses pouvoirs : s'il renonce au consulat (sauf en 5 et en 2 av. J.-C.) il reçoit la puissance tribunicienne, renouvelée chaque année à partir de 23 ; en 12 avant J.-C., il est élu Grand Pontife ; en 2 avant J.-C., il est salué « père de la Patrie ». Cela en restant simple citoyen, en laissant fonctionner le jeu normal des institutions. Parallèlement, ce créateur d'un régime politique original réforme la société romaine, ébauche un ordre sénatorial, contrôle les élections traditionnelles, réorganise l'ordre équestre qui devient, comme l'ordre sénatorial, une pépinière de hauts fonctionnaires, transforme l'armée en une force permanente où se distinguent nettement légions et unités auxiliaires, répartit les troupes dans les provinces, met en place une nouvelle stratégie, élabore une administration qui touche Rome, l'Italie et les provinces, embellit la Ville par des constructions qui symbolisent la grandeur du régime et célèbrent la Pax Augusta, esquisse un gouvernement central de l'Empire avec des bureaux spécialisés, établit des recensements et des cadastres, précise les domaines fiscaux, restaure et rénove la religion traditionnelle dont il relève la dignité des sacerdoces en prenant pour lui les principaux d'entre eux et fonde une religion nouvelle - la religion impériale - que ses successeurs étendront à tout l'Empire. Cette oeuvre intérieure, immense, se complète par une politique extérieure qui dessine un monde nouveau dont l'essentiel restera en place pour plusieurs siècles. Au sud, la première cataracte devient la frontière de l'Empire ; des expéditions sont lancées en Arabie, dans le Fezzan ; la Maurétanie est un royaume allié et, malgré quelques mouvements, la sécurité du désert est assurée. A l'est, une série de royaumes alliés (de futures provinces) qu'encouragent des offensives militaires, maintient la paix : les Parthes restituent les enseignes prises à Crassus et à Marc Antoine. A l'ouest, la péninsule Ibérique est pacifiée ; l'Elbe et même le Brandebourg sont atteints mais le rêve d'une grande Germanie s'effondre avec l'échec de Varus contre Arminius, dans le Teutoburg Wald (9 ap. J.-C.). Au nord, sur la frontière danubienne, un ensemble d'opérations militaires permet de soumettre les Alpes, de créer les provinces de Rhétie, de Norique, de Mésie et de mater une forte révolte en Pannonie (6-9 ap. J.-C.). Le sort de l'Empire dépendait en fait de la succession. Or l'auctoritas et les qualités personnelles étaient intransmissibles. Impossible également de désigner ouvertement un successeur sans admettre la réalité d'une monarchie, ce qu'A. refuse de reconnaître.

Ne rien faire, c'était peut-être ouvrir de nouveau le champ aux guerres civiles. Ce dilemme tourmente A., d'autant qu'il n'avait pas de fils mais une fille, Julie. Il s'oriente vers un système qui associe à son gouvernement celui sur qui porte sa préférence. Le hasard voulut que ces successeurs éventuels moururent avant lui : Marcellus son neveu en 23 ; Agrippa, ami et gendre, en 12 ; ses petits-fils, Caius et Lucius, adoptés en 17, respectivement en 4 ap. J.-C. et en 2 ap. J.-C. Restait un seul candidat possible, son beau-fils, Tibère, fils d'un premier mariage de Livie, sa troisième épouse. Choisi en désespoir de cause, ce fut pourtant lui que désigne A. comme son principal héritier. À sa mort, le 19 août 14 après J.-C., il lui succède sans difficultés. L'Italie pleure A. Il se flattait dans ses Res Gestae d'avoir rétabli la paix sur terre et sur mer, d'avoir « agrandi toutes les provinces du peuple romain, situées à la frontière des nations qui n'étaient pas soumises à notre Empire » et ne voulait qu'une récompense, « passer pour l'auteur du meilleur des régimes ».

Bibliographie : C. Nicolet, L'Inventaire du Monde, 1988 ; R. Étienne, Le Siècle d'Auguste, 2e éd., 1989 ; P. Grimal, Virgile ou la Seconde Naissance de Rome, 1985; M. Le Glay, Rome. Grandeur et déclin de l'Empire, 1992.




Res gestae (ou Index rerum a se gesta-rum). Résumé des faits et gestes d'Auguste rédigé par l'empereur lui-même, gravé sur bronze dans son mausolée. Des copies furent placées dans divers temples de l'Empire; l'une a été (imparfaitement) conservée dans le temple «de Rome et d'Auguste» à Ancyre (Ankara); il existe d'autres fragments.

Liens utiles