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Arnaud de Brescia (mort en 1155) ; hérétique.

Arnaud de Brescia (mort en 1155) ; hérétique. Né à la fin du XIe ou dans les premières années du XIIe siècle, brillant prédicateur et clerc lettré, A. est l'un des plus farouches propagandistes du thème de la « pauvreté évangélique » qui devient une hérésie en attaquant l'Église établie, toute-puissante après la victoire de la Réforme grégorienne. C'est aussi un enfant de l'Italie du Nord, où arrive à maturité un mouvement communal qu'il croit rencontrer aussi à Rome. Élève d'Abélard, chanoine régulier à Brescia, il se fait remarquer en attaquant dans sa prédication l'évêque de la cité, Manfredo. Sans doute condamné au concile du Latran (1139), il l'est ensuite au concile de Sens (1140) où Bernard de Clairvaux attaque Abélard. Bernard ne cesse alors de le pourchasser dans les différents endroits où il s'installe, précisant sa doctrine et radicali-sant son opposition : Paris, dont le roi Louis VII le chasse ; Zurich, dont l'évêque l'expulse. Il se rend en 1145 à Viterbe, auprès du pape Eugène III [1145-1153], dont il obtient le pardon. Parti en pèlerinage expiatoire à Rome, il y découvre le mouvement communal, en lutte ouverte contre le pape. A. exacerbe les sentiments anti-pontificaux de la population romaine. Une fusion s'opère alors entre les thèmes religieux d'A. (ascétisme inspiré, refus du pouvoir temporel de l'Église) et le mythe de la rénovation de la Ville, où, par tactique mais aussi par idéologie, l'on promeut la figure de l'Empe-reur. Conrad II évite de se prononcer. Mais Frédéric Barberousse, tout juste élu (mars 1152), sacrifie les Romains à une alliance, pour l'heure indispensable, avec la papauté. Le pape anglais Hadrien IV [1154-1159] porte le coup final en jetant l'interdit sur la Ville le 23 mars 1155. Les Romains se soumettent et expulsent A. Celui-ci, remontant au nord, est capturé par le cardinal Odon, saisi ensuite par les vicomtes de Campagna-tico, remis enfin à l'Église avec l'assentiment de Barberousse. Il est exécuté, dans des circonstances obscures, par le préfet de Rome. Sa mémoire reste vivace au XIIe siècle, même si l'on n'a guère de renseignements sur les « arnaldistes » qui sont condamnés avec d'autres sectes hérétiques au concile de Vérone en 1189. Oubliée, même de la polémique protestante, la figure du martyr A. est tard exhumée, avec des vues antiromaines, par les jansénistes de Lombardie puis par les anticléricaux italiens du xixe siècle.

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